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Le vol du MBAM: l’énigme de 50 millions de dollars

Le vol du MBAM: l’énigme de 50 millions de dollars
Tête (huile sur bois) d’Honoré Daumier

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Si les énigmes vous passionnent, il y a un cambriolage extraordinaire qui s’est déroulé ici à Montréal, et qui est toujours, près de 50 ans plus tard, entouré du plus profond mystère.  

C’est le plus important vol d’œuvres d’art de l’histoire du Canada. Le magazine National Geographic le présentait l’année dernière comme un des plus importants vols d’œuvres d’art du 20e siècle.  

Le Musée des beaux-arts de Montréal était en rénovation durant le week-end de la fête du Travail de 1972. Dans la nuit du lundi 4 septembre, trois cagoulards prennent une échelle laissée sur place par l’entrepreneur en construction et montent sur le toit de l'édifice. Ils hissent ensuite l’échelle sur le toit et la portent vers un puits de lumière en réparation curieusement non verrouillé dont le système d'alarme est, comme par hasard, désactivé. Ils descendent rapidement dans le musée où ils maîtrisent sans difficultés les trois gardiens de sécurité. Parfaitement renseignés sur la disposition des lieux et sur l’emplacement des œuvres, ils procèdent au pas de course pour s’emparer des tableaux cotés les plus chers de l'institution. 

En passant, un des truands s’emplit les poches de bijoux pris dans un présentoir. Un autre brise une vitrine et s’empare de petits objets d’art. Tout à coup le bruit strident d’une sonnette d’alarme, déclenché par inadvertance par un des voleurs, se fait entendre. C’est la panique. Mal informés, ils pensent que le système de sécurité du musée est relié au poste de police numéro 10 situé non loin de là, au coin de Saint-Mathieu et de Maisonneuve. Devant ce qu’ils croient être l’imminence de l’arrivée de la police, ils abandonnent plus de la moitié de la quarantaine de tableaux qu’ils avaient décrochés des cimaises et qu’ils avaient entassés près de la sortie. Les voleurs n’ont le temps de fuir qu’avec 18 toiles et 39 bijoux. 

Parmi les tableaux volés figurent des œuvres de Rembrandt, Rubens, Gainsborough, Delacroix, Tintoret, Corot, El Greco et Daumier. La réclamation du Musée auprès de ses assureurs est de 1 943 000$. 

André DeQuoy, à l’époque chargé de l'enquête sur le vol par les assureurs du Musée, m’explique qu’à son avis la rançon était le mobile du vol. Sam Schecter, alors consultant en arts de Montréal déclare à la CBC: «Il est tout à fait évident qu’ils vont conclure un accord avec les compagnies d’assurance».   

Les truands prennent en effet contact avec le Musée dans les semaines qui suivent le cambriolage. Pour établir leur crédibilité, ils déposent dans un casier de la gare Centrale un tableau de Bruegel l'Ancien volé au Musée. Ce n'est que 10 ans plus tard que le Musée admettra l'avoir récupéré. Le Musée s'est aperçu que le tableau n'était pas un authentique Brueghel. 

Les cambrioleurs pouvaient donc compter sur de fins connaisseurs d’arts pour les conseiller. Ceux-ci se sont rendu compte qu'il ne s'agissait pas d'un authentique Brueghel l'Ancien, mais possiblement d'un de ses fils, Brueghel dit «de velours», donc une œuvre de moindre valeur. 

Dans une autre tentative pour établir le contact, les voleurs feront courir André DeQuoy pendant 14 heures de cabine téléphonique en cabine téléphonique dans le nord de Montréal. Une somme de 10 000$ leur sera versée sans autre résultat que de convaincre l'enquêteur que les cambrioleurs sont des Montréalais bien au fait de la géographie de la ville. 

Depuis ces tentatives d'approche de 1973, les cambrioleurs ne se sont jamais plus manifestés. Du moins, c’est ce que nous en savons. 

Les 17 tableaux disparus il y a 47 ans valent aujourd'hui entre 50 et 100 millions de dollars. Si jamais ils refaisaient surface, ils appartiendraient légalement aux assureurs. Le groupe Lloyds de Londres qui a agi à la fois comme assureur primaire et réassureur semble avoir assumé les pertes les plus importantes.  

Cette affaire me fascine depuis des décennies. Au début des années 80, pendant la longue de grève au service des nouvelles de la SRC, j’ai mené une enquête personnelle sur le vol du MBAM. J’y suis revenu dans un reportage de Radio-Canada en 1992, lors du 20e anniversaire du cambriolage.   

La piste la plus intéressante que j’ai suivie voulait que les toiles aient été transportées en Europe cachées à bord d’un voilier pour aboutir dans la région de Nice pour ensuite passer en Italie où elles auraient fait l’objet d’une transaction. L’affaire aurait causé des frictions entre les factions italiennes et montréalaises de l’organisation mafieuse qui a réalisé le vol aboutissant à une tentative de meurtre. Mais je n’ai jamais pu aller au bout de ces allégations faute d’informations confirmatives fiables. De quoi, en tout cas, écrire un thriller policier.