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Les conservateurs se mouillent un peu plus pour la Davie

Les conservateurs se mouillent un peu plus pour la Davie
Photo d'archives, Stevens LeBlanc

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Après avoir refusé de s’engager, la veille, à inclure un troisième chantier maritime comme la Davie à la Stratégie nationale de construction navale, les conservateurs se sont finalement mouillés, mercredi, promettant de poursuivre le processus entamé par les libéraux s’ils sont élus.

Soucieux de clarifier sa position, au tout premier jour de la campagne électorale fédérale, le député de Lévis Steven Blaney a assuré que le parti conservateur, s’il accède au pouvoir, ne se contentera pas d’octroyer un seul contrat au chantier Davie pour la construction d’un deuxième navire ravitailleur baptisé Obélix, après l’Astérix.

«Soyons très clair, au lieu d’assister à des centaines de pertes d’emplois au chantier comme c’est le cas avec les libéraux depuis quatre ans, notre gouvernement s’engage non seulement à respecter le processus pour intégrer un troisième chantier dans la Stratégie mais aussi à octroyer l’Obélix dès l’élection d’un gouvernement conservateur», a-t-il fait savoir dans une déclaration transmise par courriel, mercredi après-midi.

«À mon avis, il ne fait aucun doute que le chantier Davie est le mieux placé pour se qualifier dans un processus ouvert et transparent», a-t-il ajouté. En entrevue avec Le Journal, mardi, M. Blaney avait pourtant expliqué qu’il préférait donner des contrats à la pièce à la Davie, doutant de la stratégie libérale. «Une promesse d’intégrer la stratégie navale, il n’y a rien de concret là-dedans. Il faut entamer un processus», avait-il déclaré. 

L’Obélix, c’est «insuffisant»

Le maire de Lévis, la CSN et les fournisseurs du chantier avaient dénoncé en chœur la sortie de M. Blaney dans nos pages plus tôt dans la journée, lors d’un point de presse dans un hangar du chantier Davie, avant d’être informés de sa nouvelle prise de position.

«De dire qu’on s’engage à faire l’Obélix, c’est nettement insuffisant, c’est de maintenir l’insécurité et de maintenir le chantier Davie dans l’incertitude. Ce n’est pas l’Obélix qui va faire la différence. Ça, c’est une patch. Les patches, c’est terminé», avait tonné le maire Gilles Lehouillier.

«On demande aux partis politiques de se compromettre le plus rapidement possible et avec un échéancier très clair. Nous demandons, dans les meilleurs délais, l’intégration de la Davie dans le cadre de la Stratégie canadienne de construction navale», avait-il renchéri.

L'erreur «historique» de 2011

Ann Gingras, du Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches pour la CSN, avait écorché à son tour le député de Lévis, rappelant que M. Blaney était au pouvoir lorsque la Davie a été écartée de la Stratégie nationale, en 2011, contrairement à Seaspan et Irving, une «erreur historique».

«La personne qui était porte-parole pour le parti et qui a dit non, en 2011, c’était Steven Blaney, a-t-elle exprimé. Qu’est-ce que les conservateurs ont fait pour le chantier ici ? Zéro puis une barre. Ce qu’ils ont fait avec l’Astérix, c’est une lettre d’intention annoncée à la veille du déclenchement des élections en 2015. L’Obélix, on va le prendre parce que ça mettrait du monde à l’ouvrage tout de suite mais c’est loin d’assurer la pérennité du chantier», avait-elle renchéri.

L’inclusion de la Davie à la Stratégie nationale de construction navale pourrait permettre au chantier Davie d’hériter de contrats de plusieurs milliards pendant des décennies, a-t-on rappelé en point de presse mercredi.

«En étant retenu comme troisième chantier, déjà en partant, c’est six brise-glaces et vraisemblablement le brise-glace Diefenbaker. On parle pratiquement de 5 milliards $, à court terme. Par la suite, ça ouvre la possibilité pour ce qu’il reste à être octroyé au niveau des contrats, donc on parle d’à peu près 17 milliards $», a indiqué André Komlosy, président de l’Association des fournisseurs de Chantier Davie.

Inquiétudes pour la suite

M. Lehouillier et Mme Gingras n’ont pas été tendres non plus envers les libéraux qui ont «changé les règles du jeu à la dernière minute» pour le processus lancé en juillet, à la demande du chantier ontarien Heddle, qui voulait soumissionner. La date limite a été repoussée et le chantier Davie, qui s’attendait à un dénouement avant le déclenchement de la campagne électorale, est toujours dans le néant.

«Ça nous a un petit peu heurtés de voir qu’on a changé les règles du jeu parce que moi, quand j’étais allé à Ottawa en 2011 avec Clément Gignac, on nous avait refusé tout changement à la procédure. Ça nous inquiète un peu», a laissé tomber M. Lehouillier.

«Là, on a Heddle qui arrive de nulle part. C’est un petit chantier qui n’a pas les installations, qui n’a pas l’expertise ni les capacités pour faire de la construction. Ils sont dans la réparation de petits navires. Et là, maintenant, ils veulent construire des brise-glaces et ils s’associent à Damen, un chantier naval des Pays-Bas qui a déjà été jugé coupable par la Banque mondiale pour le versement de pots-de-vin», a souligné Mme Gingras.