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La militante de l’ombre

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Vous savez, nous connaissons tous les René Lévesque, Pierre Bourgeault, Jacques Parizeau, Robert Bourassa, Jean Lesage, Pauline Marois, et les autres. Ce sont eux qui, depuis les années 60, nous ont parfois inspirés et convaincus, d’autres fois déçus et choqués.   

Ce sont eux qui ont marqué le Québec.  

Mais, ils ne sont pas seuls. Derrière tous ceux qui ont choisi le devant de la scène, il y a des milliers de militants et des militantes dévoués qui par leur travail dans l’ombre ont accompagné les grands moments et les petits moments de l’histoire du Québec.   

En ce début de campagne électorale, ils seront des milliers de bénévoles à travailler dans l’ombre, alors que les chefs sillonneront le pays. D’ailleurs, si vous voulez les voir, vous n’avez qu’à regarder par votre fenêtre pour les voir poser des pancartes et distribuer des tracts. Il se peut même que vous receviez des appels de leur part durant la campagne électorale.  

Ce sont eux qui ont consacré leur vie pour améliorer la société québécoise, souvent sans recevoir de félicitations, d’honneurs. Ils le font d’abord par conviction, par espoir de changer leur monde.  

Aujourd’hui, à l’occasion des 90 ans de naissance de ma grand-mère Léger, c’est d’eux que j’ai envie de vous parler. Parce que par l’histoire de ma grand-mère, vous reconnaîtrez d’autres militants de l’ombre qui se sont eux aussi investis dans des causes politiques ou sociales.  

Ma grand-mère, elle qui était dans l’ombre de son mari ministre, fait partie de ces militantes acharnées, dévouées et tenaces qui ont fait du Québec ce qu’il est aujourd’hui.   

Un Québec plus instruit, plus compétent et plus fier, mais pas tout à fait encore rendu au bout de sa route.   

Au jour J de la dernière élection provinciale, ma grand-mère tenait ardemment à se rendre au bureau électoral malgré son état de santé plus précaire qu’auparavant.  

Pas question de ne rien faire d’autre cette journée-là. Elle voulait absolument faire des appels toute la journée pour convaincre les indécis et mobiliser les électeurs pour s’assurer que la cause de sa vie reste bien vivante. Et ce, à 89 ans.  

Ma grand-mère a beau avoir un peu plus de difficulté à marcher qu’auparavant, elle se tient encore droite comme une barre pour le rêve collectif qu’elle a imaginé et en partie construit pour le Québec.   

Voilà ce qui devrait faire réfléchir à l’expression « avoir des principes » pour bien des jeunes qui rejettent trop souvent le blâme de leur problème aux générations précédentes.   

Mais bon, qu’est-ce qui a changé au Québec depuis les années 60, lorsque ma grand-maman a commencé à s’impliquer en politique avec André D’Allemagne à l’Alliance Laurentienne ? Beaucoup de choses, assurément.  

Nous avons tranquillement réussi à nous affranchir. À coup de petites batailles gagnées, on se définit moins par le rejet de l’autre.   

Les Québécois n’acceptent plus d’être les derniers de classe, comme nous l’avons déjà été. Nous exportons notre créativité partout dans le monde, en plus de voir émerger comme jamais de nouveaux créateurs qui dynamisent et renouvèlent notre culture.  

Nous nous lançons maintenant en affaire sans complexe ; mon père, Jean-Marc, est l’exemple de l’homme d’affaires québécois qui ne ressent pas ce sentiment d’infériorité face à un pouvoir économique qui n’était nécessairement pas ouvert aux francophones. L’âme fonceuse comme bien des entrepreneurs de sa génération, il réussit (presque) à tout coup. Il s’inspire de sa mère, ma grand-mère sans aucun doute.   

Nous réussissons aussi peu à peu à faire disparaître les inégalités entre les hommes et les femmes. Elle, qui a connu l’obtention du droit de vote des femmes au Québec à 11 ans, la permission pour les femmes d’ouvrir un compte de banque sans la signature de leur mari à 35 ans, la décriminalisation de l’avortement à 59 ans et une panoplie d’autres luttes gagnées, ne peut qu’être fière des nombreuses avancées par et pour les femmes. Fière, même s’il reste tant à accomplir.   

Or, toutes ces réussites qui forment le Québec d’aujourd’hui, l’endroit le plus égalitaire en Amérique du Nord, où il est relativement facile de s’instruire, où l’on se respecte mutuellement, et où il fait bon vivre, sont principalement le fruit des efforts des militants de l’ombre.    

Depuis que j’ai l’âge de raison, j’ai toujours vu ma grand-mère s’inquiéter du sort des Québécoises, des Québécois et de celui du Québec. Elle, qui a participé aux grands projets de la Révolution tranquille et accompagné la victoire du Parti québécois, voit bien que l’époque des grands projets collectifs semble être révolue.   

Pourtant, elle semble infatigable et croit que le Québec mérite toujours mieux.  

Parce que ma grand-mère sait mieux que quiconque que les rêves d’émancipation font partie de la route logique du Québec. C’est tout à l’honneur de sa génération qui a mis toute son énergie à l’édification de cette magnifique route, malgré le parcours parfois confus des Québécois.   

Je sais que ma grand-mère se demande si les jeunes Québécois ne sont pas en train de lâcher. Ce n’est pas la seule de sa génération qui s’en inquiète.  

Grand-maman, moi, je ne le vois pas comme ça.  

Je vois plutôt autour de moi des milliers de jeunes, intelligents, instruits, impliqués, fiers d’être québécois et déterminés à changer le monde. Des jeunes qui, dans les dernières années, étaient par centaines de milliers à prendre la rue pour l’avenir de leur planète et une éducation gratuite pour tous. Ce n’est pas rien. 

Et un jour ou l’autre, ce sera à mon tour de sauter dans l’arène et de me battre le plus fort que je peux pour faire avancer le Québec.   

Par la politique active ? Peut-être, peut-être pas. Il existe mille façons de changer le monde.  

Mais si un jour cela arrive, je penserai à toi en tout premier, la militante de l’ombre.   

Bon 90e anniversaire, grand-maman.

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