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La politique étrangère américaine à la dérive

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La démission du conseiller à la sécurité nationale John Bolton expose le caractère désorganisé et désorienté de la politique étrangère de Donald Trump.

Le président prétend qu’il l’a congédié. Bolton insiste avoir démissionné. Peu importe qui dit vrai, cette controverse n’est qu’une vaguelette dans la tempête constante qu’est la politique étrangère sous la gouverne erratique de Donald Trump.

Si l’engagement de ce faucon notoire avait été accueilli avec appréhension par les spécialistes de la politique étrangère, il a fait preuve d’une certaine constance dans son rôle et sa sortie suscite aussi sinon plus d’inquiétude que son entrée.

Sans équipage ni gouvernail

Le conseiller à la sécurité nationale occupe un poste-clé en politique étrangère et il est loin d’être certain que Donald Trump arrivera à trouver une personne qualifiée et expérimentée pour remplacer Bolton.

Plusieurs autres postes-clés sont vacants et les capacités d’analyse du gouvernement américain en politique étrangère sont sérieusement compromises par le chaos chronique qui règne à la Maison-Blanche et par l’exode d’analystes peu enclins à travailler pour une administration qui dédaigne leur expertise.

Le Conseil de sécurité nationale (NSC) sert à présenter au président un portrait clair et objectif de ses options de politique étrangère. On peut se demander si un tel rôle peut encore être rempli.

Si une crise majeure surgissait, il n’est pas clair que l’appareil de décision pourrait garder sur les rails un président dont l’impulsivité n’a d’égal que son ignorance des enjeux de politique étrangère.

Risques réels

Certains se réjouissent du départ de Bolton, dont on disait qu’il avait la gâchette facile. Comme Donald Trump l’a souligné hier en vilipendant son ancien conseiller, Bolton avait été un architecte de l’invasion catastrophique de l’Irak en 2003. Par conséquent, les partisans de Trump encore bercés par l’illusion que l’actuel président représente une force de modération dans l’utilisation de la force se félicitent de le voir partir.

Les apologistes de Trump le présentent souvent comme un modéré en rappelant que son prédécesseur utilisait massivement des bombardements aériens par drones et qu’on n’entend plus parler de ces bombardements. En fait, il y a eu plus de bombardements par drones dans les deux premières années de l’administration Trump que pendant les huit ans d’Obama.

Si les prises de position de John Bolton étaient éminemment critiquables, le fait que lui et d’autres, comme l’ex-secrétaire à la Défense James Mattis, pouvaient tenir tête à Donald Trump et désamorcer ses pires impulsions réduisait les risques liés au tempérament erratique du président.

Avec son taux d’approbation anémique et une économie qui ralentit, Trump pourrait envisager des coups d’éclat en politique étrangère pour améliorer ses perspectives d’élection.

Ce n’est pas très rassurant. Si le président confie le poste névralgique de conseiller à la sécurité nationale à un « yes-man », comme il a de plus en plus tendance à faire, le départ de John Bolton pourrait devenir encore plus inquiétant que ne l’avait été son arrivée.

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