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Les philosophies madeliniennes que je me promets d'honorer: récit d'un voyage marquant aux Îles-de-la-Madeleine

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 J’ai mangé une méchante claque au visage aux Îles de la Madeleine.  

 Déguster du homard fraichement pêché. 

 Surfer sur des vagues qui s’échouent sur des plages désertes.  

 Contempler des paysages à couper le souffle.  

 Les ingrédients parfaits pour permettre à ma blonde Laurie et moi de décrocher de notre quotidien asphalté. Mais ma claque, c’est les gens de la place qui me l’ont chaleureusement servie.  

 En côtoyant les Madelinots pendant 2 semaines, j’ai mieux compris le malaise qui me grouillait en dedans depuis un bout : le rythme de vie effréné, la pression professionnelle, la consommation écervelée, c’est juste pas moi pantoute. 

Il n'y a pas seulement que du kite-surf ou de la planche à voile aux Îles. Il y a aussi du bon surf quand les conditions le permettent!
Crédit: Laurie Chouinard
Il n'y a pas seulement que du kite-surf ou de la planche à voile aux Îles. Il y a aussi du bon surf quand les conditions le permettent!

  

 «Ici, on a pas l’heure. On a le temps» 

 «Tu vas voir. En quelques jours, ton stress de gars de la ville va s’évaporer complètement», me glisse mon beau-père en guise d’au revoir avant qu’on prenne la route dans notre campervan

 Je suis un voyageur aguerri. J’ai foulé plusieurs continents. Un imminent citoyen du monde comme moi (lol) ne se laissera certainement pas impressionner par une bande d’insulaires mollos. 

 Je la vois tellement pas venir la claque. 

 Après 15 heures de route et 5 de traversier, Laurie et moi mettons à exécution notre plan de journée bien rempli. 

 On passe à travers la to-do list. «Hein?! On est allés à la plage, on a fait une balade de vélo, piqueniqué sur les dunes, pris un café au petit bar du village. Il est même pas 13h encore?!» On doit réévaluer notre notion du temps. 

Crédit: Laurie Chouinard

  On est tellement habitués «d’accomplir» notre quotidien en cochant des bullet points que l’idée de n’avoir autre chose à faire que d’observer la vie passer nous semble anormale. 

 Après quelques jours, on apprend à «prendre le temps de prendre le temps», comme le dit Sylvie, la barmaid d’un des restaurants populaires de Cap-aux-Meules, la «grosse ville» de la place. 

Crédit: François Breton-Champigny

 «Ici, on a pôs l’heûre. On a le temps», nous sert-elle fièrement avec un clin d’œil complice. Une devise madelinienne que l’on retrouve sur les t-shirts, aimants à frigidaire et tasses à souvenir. 

 Dans une routine métro, boulot, dodo, ça peut être difficile de lâcher la pédale de gaz. Mais je me promets d’injecter un peu plus de cette philosophie dans mon quotidien. 

 Vivre en communauté 

 Comme tout bon touriste, Laurie et moi arpentons le Circuit des saveurs, qui permet aux visiteurs gourmands de butiner entre les commerces locaux afin de goûter aux produits du terroir. 

Club au homard et poutine: un classique revisité qui en vaut les calories gagnées.
Crédit: Laurie Chouinard
Club au homard et poutine: un classique revisité qui en vaut les calories gagnées.

 On s’arrête au Fumoir d’Antan pour déguster du hareng fumé. Dans une pièce adjacente à la boutique, une artiste expose ses toiles et répond aux questions des badauds qui admirent ses oeuvres. 

 Le temps d’une jasette, je découvre qu’elle est originaire de mon patelin, Sherbrooke. Elle a déménagé aux Îles il y a quelques années après être tombée en amour avec l’endroit. 

 «Vous ne vous sentez pas seule parfois?», je lui demande. 

 «En fait, je me sentais plus seule en ville même si j’avais ma famille et mes amis à proximité. Ici, l’esprit de communauté est très fort. On a l’impression de faire partie de quelque chose d’important», me confie-t-elle. 

 Elle me raconte comment, en plein hiver, les Madelinots se rassemblent pour jouer de la musique et chanter toute la nuit. «Les murs des maisons bougent tellement ça brasse là-dedans!» 

 Dans mon 3 et demi du Plateau, c’est juste quand le camion de vidange passe que les murs tremblent. L’aspect le plus communautaire du voisinage est de partager un bout de trottoir pour y déposer nos poubelles. 

Crédit: Laurie Chouinard

  

 Profiter de la nature et en prendre soin 

 Pendant notre traversée en direction de l’Île d’Entrée en partance de Cap-aux-Meules, notre guide Hugues nous livre ses secrets sur l’éducation particulière des Madelinots. 

 «On grandit avec la nature tout ôtour. On apprend à nos enfants à en prendre soin dès leurs premiers pôs. On leur dit qu’elle mérite du respect et d’en profiter autant qu’ils le peuvent». 

Crédit: Laurie Chouinard

 Bien entendu, l’écosystème de l’archipel est différent de celui d’une ville. Les enjeux et le rapport à la nature ne sont donc pas les mêmes. 

Avec un lever de soleil comme ça, un selfie s'imposait.
Crédit: François Breton-Champigny
Avec un lever de soleil comme ça, un selfie s'imposait.

 Cependant, ça ne coûte pas cher de lever son nez de son écran et apprécier la nature qui nous entoure. Tout comme y faire attention. 

 Investir dans ce qui est important 

 «Tu vouas ces gôrs-lô? Ils travaillent tous sur mon batô! On est des pêcheurs de hômards!», lance Henry à Laurie lors d’une de nos rares soirées dans un bar. 

 Après une pinte de rousse et quelques shooters, l’homardier nous dévoile le montant que lui rapporte chaque crustacé récolté. 

 À l’aide de savants calculs, je détermine que son salaire se situe dans les six chiffres. 

 «Chaque année, ma blonde et moi nous payons un voyage pour nous gôter. Mais sinon, on fa pôs de folie avec notre argent. Même si j’en ai les moyens, ça m’intéresse pôs d’acheter des patentes, m’explique-t-il entre deux gorgées de «mousse». 

 «Pour être heureux, fô juste dépenser dans ce qui est vraiment important», conclut-il avant de payer une tournée à ses collègues. 

 Concentré à essayer de capter tout ce qu’il dit, ça me prend un petit moment avant d’assimiler la sagesse de ses paroles. 

 Ça me rappelle une leçon que notre guide Hugues nous a donnée quelques jours plus tôt concernant les pêcheurs de homard. 

 «Les gens pensent qu’ils sont pôvres ou qu’ils ne savent pôs gérer leur argent parce qu’ils ont pôs de grôsse maison ou de grôs char. Mais c’est pôs parce qu’ils ont pôs un beau balcon qu’ils ont pôs un grôs matelôs». 

Crédit: Laurie Chouinard

 En termes non madelinots : faut être naïf ou avoir les valeurs aux mauvaises places pour juger les autres en se basant sur leurs biens matériels. 

 Au moment d’écrire ces lignes, ça fait plus de deux semaines que je suis de retour à Montréal. Suis-je un nouvel homme après ce périple? Pas tout à fait. 

 Mais j’ai le goût en maudit de «prendre le temps de prendre le temps» en regardant les oiseaux qui chantent, juchés sur les branches devant mon appartement. 

 Et quand j’aperçois mes voisins entrer chez eux, je me dis que je devrais les inviter à venir souper en fin de semaine. 

  

 

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