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Des pancartes en 2019? Vraiment?

À l’ère des Facebook, Instagram et Google de ce monde, avons-nous vraiment encore besoin des pancartes électorales?

Des pancartes en 2019? Vraiment?
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Avec le déclenchement des campagnes électorales vient inévitablement l’apparition des fameuses affiches électorales des différents partis politiques. 

À l’ère des Facebook, Instagram et Google de ce monde, avons-nous vraiment encore besoin des pancartes électorales? Pendant qu’on commercialise des pailles en bambou et en silicone, doit-on encore vraiment habiller le plus grand nombre de poteaux possible de plastique? 

L’affiche, un mal encore nécessaire 

Avons-nous encore besoin des fameuses affiches électorales? La réponse est (malheureusement selon certains) oui. Tout comme les médias électroniques et les réseaux sociaux ne peuvent pas remplacer les médias traditionnels, les médias sociaux ne peuvent pas encore remplacer la bonne vieille pancarte électorale. 

D’une part, les affiches permettent aux électeurs d’avoir une exposition à tous les candidats des grands partis en lice dans leur circonscription. Certains petits partis n’ont pas le budget nécessaire pour acheter des affiches, mais on se demande alors si leur popularité en est affectée ou si c’est l’inverse qui se produit: pas d’affiche, pas populaire, pas populaire, pas d’affiche. 

Si on devait se fier aux algorithmes des réseaux sociaux, il se pourrait que les électeurs ne voient que le candidat du parti qu’ils préfèrent puisque Facebook et Instagram deviennent rapidement les chambres à écho de leurs usagers. 

D’autre part, les affiches ont cette qualité qu’elles se rendent partout, même chez celles et ceux qui n’ont tout simplement pas Facebook ou même l’internet haute vitesse. Les circonscriptions canadiennes sont immenses et leurs délimitations sont souvent méconnues des électeurs. Si votre candidat vous saute au visage quand vous sortez de la maison, il y a plus de chances que vous vous souveniez de sa p’tite face une fois rendu devant votre bulletin de vote. 

Une occasion de se démarquer 

Si, donc, la traditionnelle pancarte électorale est un incontournable encore en 2019, comment la mettre au goût du jour? Cette année encore, les partis ont traduit leur personnalité en image.  

Du côté du Bloc québécois, on a choisi le selfie individualisé en compagnie du chef. Bon point pour la personnalisation, moins bon point pour le résultat. Les images distordues autour des poteaux d’Hydro ne sont pas toujours heureuses. Le Bloc perd également le droit de critiquer l’utilisation des selfies par le premier ministre sortant. 

Au NPD, on a conservé les couleurs et le style de la dernière campagne, à l'exception du cadre blanc qui disparait. Fruit du hasard ou effort de séduction à peine voilé, les affiches du NPD sont à s'y méprendre semblables à celles de Québec solidaire l'an dernier. 2 pour 1 chez le graphiste, peut-être? 

Chez les conservateurs, on a choisi un concept en droite ligne avec l’image qu’on a du parti... conservateur. On aurait repris les mêmes affiches que lors de la dernière campagne et on n’y aurait vu que du feu.  

Deux différences, cependant. Cette fois, on ajoute un incitatif à l’action en ajoutant la mention VOTEZ, peut-être parce qu’en 2015 ça leur a manqué un brin. Cette année, on présente aussi le candidat sur fond de drapeau du Québec alors qu’en 2015 on présentait les deux drapeaux. Est-ce que les troupes d’Andrew Scheer veulent éviter d’irriter les électeurs nationalistes? Une question, au passage, est-il même permis à un parti politique de s’approprier l’image du drapeau dans ses affichages électoraux? Si vous connaissez la réponse, faites-moi signe. 

Chez les libéraux, on ne peut qu’applaudir l’idée ingénieuse de présenter les candidats sur une seule affiche recto verso. Avec ce concept novateur, le Parti libéral diminue instantanément de 50% son empreinte écologique sans affecter l’efficacité de son affichage. Il a choisi d'employer une encre moins pollutante et, dans certains endroits, les candidats choisisent d’employer des affiches plus petites, autant de propositions intéressantes qui chouchoutent l’environnement. 

On constate également la continuité dans le concept mis de l’avant par les libéraux, ce qui facilite l’identification rapide du parti. Alors qu’ils avaient fait un choix audacieux en 2015 avec des pancartes sobres et foncées, le PLC poursuit dans la même veine, mais avec une proposition plus enthousiaste dans l’attitude et le regard des candidats. L’utilisation des pictogrammes en bordure des affiches est à la fois moderne et efficace. Assez concrets pour que chacun les interprète à sa manière et assez flexibles pour permettre au parti de les exploiter pour parler tant de son bilan que de ses engagements et priorités.  

Enfin, mentionnons l’apparition dans le comté de Beauce d’une pluie d’affiches du chef du Parti populaire du Canada. Les pancartes un peu pâlottes ont littéralement défiguré le paysage beauceron dans la nuit de mardi à mercredi.  

Le député sortant n’avait presque pas utilisé d’affiches en 2011 et en 2015, prétendant que c’était pour des raisons environnementales et pour diminuer la pollution visuelle. Climatosceptique désormais avoué, le chef du PPC ne semble plus s’inquiéter ni de l’environnement ni de la pollution visuelle qu’il a créée au cœur de Saint-Georges, dans un secteur à caractère artistique en pleine revalorisation. En voyant la quantité d’affiches installées, plusieurs dans des endroits interdits, les mauvaises langues ont vite évoqué l’odeur de la soupe chaude et certains se sont même demandé s’il avait fallu payer des gens pour faire l’installation habituellement réservée aux bénévoles.