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Québec demande à la VG d’enquêter sur le «F.-A.-Gauthier»

Le retour du traversier à Matane n’est plus attendu avant décembre

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Les nouvelles révélations concernant les vices de construction du NM F.-A.-Gauthier et la surveillance de sa fabrication en Italie ont finalement convaincu le gouvernement de demander à la vérificatrice générale de faire enquête.

Au lendemain de la diffusion d’un reportage de l’émission Enquête, le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, a communiqué avec la vérificatrice générale pour lui demander de « faire toute la lumière » sur la saga du traversier de Matane.

Alors qu’il avait été question d’un retour du F.-A.-Gauthier à Matane en septembre, le ministre des Transports parle maintenant de décembre.
Photo d’archives
Alors qu’il avait été question d’un retour du F.-A.-Gauthier à Matane en septembre, le ministre des Transports parle maintenant de décembre.

Lors d’une mêlée de presse avec M. Dubé en marge du caucus de la CAQ qui se tenait à Rivière-du-Loup, le ministre des Transports, François Bonnardel, a expliqué que l’enquête de la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, portera sur le processus d’acquisition du F.-A.-Gauthier, la surveillance des travaux de construction et la façon dont les ressources humaines ont été gérées lors de la réalisation de ce projet.

« C’est important que les Québécois sachent exactement ce qui s’est passé », a souligné le ministre Bonnardel.

Le ministre des Transports, François Bonnardel
Photo Marc-André Gagnon
Le ministre des Transports, François Bonnardel

« C’est catastrophique ce qui est arrivé avec le F.-A.-Gauthier, a plus tard commenté le premier ministre François Legault. Alors moi, je veux savoir ce qui est arrivé et où y a-t-il eu un manque. Quels sont nos recours ? Est-ce qu’on a un recours pour vices cachés ? »

Facture salée

Comme le révélait en 2015 notre Bureau parlementaire, le ministre des Transports, François Bonnardel, évalue que le F.-A.-Gauthier a coûté environ 220 M$, en incluant les coûts associés à sa construction et à l’adaptation des quais de Matane, Baie-Comeau et Godbout.

Cette somme n’inclut pas tout ce que la Société des traversiers du Québec a dû dépenser en réparations depuis l’acquisition du navire. « Je n’ai pas les coûts finaux de tout ça. On va les avoir en temps et lieu », s’est limité à dire M. Bonnardel.

Le ministre a indiqué que « des sommes importantes » pourraient être versées par l’assureur du traversier en lien avec certains bris survenus au cours des derniers mois.

Depuis que le NM F.-A.-Gauthier a été retiré des eaux, en décembre dernier, la STQ a aussi déboursé d’importantes sommes pour noliser des autobus, des avions, des navires de remplacement. Son retour espéré pour septembre n’est plus attendu avant décembre. La société d’État a aussi dépensé environ 3,5 M$ sur le vieux Apollo, qui a été envoyé à la casse deux mois après son achat (au coût de 2,1 M$).

Le PQ veut une poursuite

Le PQ, qui demandait une enquête depuis février, réclame maintenant une poursuite contre le fabricant, sans attendre le rapport de la vérificatrice générale.

Celle-ci risque toutefois de se buter à certaines difficultés : plusieurs dirigeants ont depuis quitté le navire de la STQ. Le PDG par intérim, François Bertrand, a été congédié en début d’année, avant d’être remplacé par Stéphane Lafaut, l’homme de confiance du gouvernement Legault.

M. Bertrand avait succédé en mars 2017 à Jocelyn Fortier, qui a quitté ses fonctions dans des circonstances nébuleuses. M. Fortier avait lui-même succédé à Georges Farrah, après que ce dernier eut été nommé secrétaire général associé au Secrétariat à l’implantation de la stratégie maritime du Québec par le gouvernement Couillard. La CAQ, qui avait sévèrement critiqué sa nomination, l'a réaffecté au ministère des Transports, dans un rôle similaire.

Interrogé par notre Bureau parlementaire à savoir s’il collaborerait à l’enquête de la VG, « si on me sollicite, je me rendrai disponible sans problème », a assuré M. Farrah, dans un courriel.

 La saga du F.-A. Gauthier  

  • Septembre 2009: le ministre délégué aux Transports de l’époque, Norman MacMillan, annonce 400 M$ pour la construction de trois nouveaux traversiers : deux pour Tadoussac, et l’autre pour Matane. Livrés avec cinq ans de retard, les deux premiers coûteront finalement 200 M$ de plus que prévu. 
  • Octobre 2011: Le ministre MacMillan et Georges Farrah, alors pdg de la STQ, annoncent que le futur traversier de Matane sera un navire-prototype alimenté au gaz naturel liquéfié (GNL). 
  • Juillet 2012: la STQ obtient trois soumissions : STX France (160 M$), STX Finland OY (154 M$) et finalement la plus basse, du chantier italien Fincantieri (148 M$) qui emporte l’appel d’offres. 
  • Mars 2015: Les coûts d’adaptation des quais de Matane, Baie-Comeau et Godbout explosent de 10 M$ à 45 M$. 
  • Avril 2015: le NM F.-A. Gauthier arrive à Matane avec quatre mois de retard. La facture finale passe de 148 M$ à 175 M$. 
  • Juillet 2015: le NM F.-A. Gauthier entre officiellement en service entre Matane et la Côte-Nord. Rapidement, le système au GNL fait défaut : le navire n’est initialement propulsé qu’au diesel. 
  • Décembre 2015: plus de 200 défectuosités sont déjà répertoriées sur le navire. 
  • Février 2016: des bris aux génératrices perturbent de nombreuses traversées. 
  • Avril 2016: fin de la garantie du fabricant sur le navire. La CAQ qualifie ce navire de «Lada» et de «citron». 
  • Mars 2017: après le bris de l’une des portes de débarquement, au tour des 125 chaises de la cafétéria à être remplacées, pour cause d’usure prématurée. 
  • Avril 2017: le prédécesseur du F.-A Gauthier, le Camille-Marcoux, est envoyé au recyclage au coût de 2,3 M$. La STQ se retrouve sans navire de relève. 
  • Décembre 2018: les propulseurs cèdent et le NM F.-A. Gauthier est envoyé au chantier Davie, où il se trouve toujours, pour être réparé.  
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