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Il faut baisser le prix des médicaments, envers et contre certains

Il faut baisser le prix des médicaments, envers et contre certains
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D’abord les faits  

Parmi les pays développés où les médicaments brevetés coûtent le plus cher, le Canada se situe au troisième rang, après les États-Unis et la Suisse (deux pays avec de grosses compagnies pharmaceutiques). Les Canadiens paient environ 25% plus cher que le prix médian de ces pays pour des médicaments identiques. Les States sont le pays où le système de santé est le plus privatisé (hôpitaux, cliniques, assurances, etc.), mais c'est pourtant, de loin, celui où la santé par habitant coûte le plus cher, et des millions d’Américains ne jouissent d’aucun soutien en santé, pourtant un service essentiel. Dans ce cas, où se situe la liberté individuelle des citoyens, si chérie par les politiciens républicains, Donald Trump en tête? Les ténors de l’économie de marché dit libre ne claironnent-ils pas tout le temps que le privé est moins cher que le public, tout en lui étant supérieur, grâce à une féroce (pas toujours) compétition entre plusieurs (parfois, ce n'est pas le cas) agents économiques?  

L’industrie pharmaceutique mondiale est composée de quelques mastodontes (Pfizer, Mercks, Johnson & Johnson) plus gros que les États, qui financent généreusement des partis politiques, des chercheurs universitaires, des organisations de recherche patronale, des organisations défendant supposément les malades et prétendant parler en leur nom. Sans compter qu’ils gâtent les pharmaciens et les médecins. Et quand on ne se soumet pas à leurs diktats, ils provoquent des pénuries artificielles de médicaments sans que nos élus réagissent pour la peine: «Risque de pénurie: Ottawa surveille les médicaments contre les cancers».  

Des médicaments en pénurie, pas contre les érections ou le rhume, mais contre le cancer: juste ça! Rien à leur épreuve quand il s’agit de choses très sérieuses comme les profits engrangés, les dividendes déclarés à leurs actionnaires et les rémunérations versées à leurs dirigeants. Ces faits indéniables sont très bien documentés et j’y reviendrai dans mes prochains textes. Le gouvernement va «surveiller», mais il y aura quand même des pénuries.   

Pression sur les budgets des individus et des États  

Bien évidemment, le prix élevé des médicaments – le Canada est troisième au monde à ce chapitre, je le répète – exerce une pression épouvantable sur les dépenses publiques de l’État en santé et sur les budgets des individus qui ont peu d’assurances privées. Alors, il n’est pas seulement souhaitable, mais obligatoire que nos gouvernements agissent pour réduire ces prix gonflés qui s’assimilent à une arnaque en règle. Et c’est ce que le gouvernement libéral veut timidement faire. Il faut, à ce sujet, féliciter Justin Trudeau d’avoir le courage d’agir pour que cesse cette imposture: «Santé: Ottawa [PLC] se donne les moyens pour abaisser le prix des médicaments brevetés».  

Il faudrait aussi diminuer le prix des médicaments génériques de l’oligopole pharmaceutique.   

Le Parti libéral du Québec de Philippe Couillard et de Jean Charest a plutôt choisi de varger dans le salaire des employés ordinaires en santé et de couper dans le nombre d’employés à tous les niveaux, tout en augmentant généreusement le salaire et les à-côtés des médecins et en ne touchant point au prix shylockien des médicaments brevetés. Ils appelaient ça des mesures de rigueur budgétaire en vue de moderniser le Québec...  

Et le party continue  

Que vois-je comme titre d’article du Journal de Montréal du 9 avril 2014? «Médicaments. Les Québécois paient trop cher [30%]».   

Et puis, pourquoi s’arrêter en si bon chemin? se disent les cupides pharmaceutiques. C’est un buffet à volonté: «Le coût des nouveaux médicaments [qui, souvent, sont très semblables aux anciens et n'apportent que peu d’avancées médicales] explose».   

Puis-je vous inviter à lire la très bonne chronique de Loïc Tassé publiée dans Le Journal de Montréal du 13 mai 2019 et intitulée «Le scandale du prix des médicaments»?

Intervention de la milice patronale embrigadée  

Tout de même bizarre: le patronat milite toujours pour des baisses d’impôts et de taxes, mais jamais pour des diminutions du prix des médicaments, du pétrole, des services bancaires, des billets d’avion en région sous le joug d’Air Canada, des tarifs internet contrôlés par Telus, Rogers et Bell, etc.   

La défense des pharmaceutiques par leur brigade n’est même pas subtile, mais tout de même reprise par les médias, comme dans cette étude «biaisée» produite par cet organisme patronal, que l'on intitule sans rire – c’en est même insultant: «Des économies grâce aux médicaments plus coûteux. Une étude du Conference Board soutient que payer cher pour des médicaments efficaces rapporte».   

Rapporte à qui? Voilà la question.  

Et que dire de cette autre merveilleuse étude produite par l’Institut économique de Montréal, qui met les gouvernements en garde contre l’idée cruelle de vouloir s’attaquer aux vaches sacrées: «Une baisse risquée. Une nouvelle diminution [comme s’il y en avait eu une auparavant] de prix pourrait entraîner des problèmes» (Le Journal de Montréal, 16 avril 2013)? Entraîner des problèmes, comme amener nos pharmaceutiques magnanimes à s’arranger pour qu’il y ait des pénuries.   

Ma préférée vient de l’Ordre des pharmaciens  

La manifestation des pharmaciens contre une diminution du prix des médicaments relève de la dérision, eux que les pharmaceutiques traitent honorablement: «Médicaments brevetés: l’Ordre des pharmaciens s’inquiète de la réforme d’Ottawa. Il craint que cette mesure visant à faire baisser les prix fasse fuir les compagnies pharmaceutiques».   

Elle est drôle, n’est-ce pas? Moi, je la trouve très drôle. Tiens, pour complémenter votre savoir, pourquoi ne pas lire cet article du Journal de Montréal du 13 mai 2019: «Ristournes sur les médicaments: des pharmacies soupçonnées de déjouer les règles»?   

Tiens, pourquoi pas des publireportages?  

Il faut que les médias soient responsables face au comportement des pharmaceutiques. Et je considère que Le Devoir ne l’a pas été lorsqu’il a publié ce texte de goût douteux le 23 août 2019: «Médicaments. Des patients s’inquiètent des nouvelles règles sur les [baisses envisagées des] prix des médicaments».  

C’est un avocat torontois et un drôle d’organisme (Organization Rare Disorders) qui parlent supposément au nom des patients et que La Presse canadienne s’est limitée à interviewer. Le jupon dépasse. Des gens et des organisations qui s’inquiètent du bien-être des malades ou des pharmaceutiques?  

Résumons et posons-nous des questions  

Parmi les pays où le prix des médicaments est le plus élevé, le Canada vient au troisième rang. Ne rien dire justifie cela. Le gouvernement fédéral ne veut pas réduire les prix pour que ceux-ci deviennent les plus bas dans l'ensemble des pays développés. Non, le gouvernement de Justin Trudeau veut juste les ramener dans la moyenne mondiale sans tenir compte, comme base de comparaison, des prix démoniaques pratiqués aux États-Unis. Rien de plus normal que d’agir de la sorte, n’est-ce pas?  

Mais les pharmaceutiques ne veulent pas mettre fin au Klondike ou réfréner leur cupidité légendaire. Et pour les aider dans leur pèlerinage en vue de conserver leurs «droits acquis», arrivent leurs légionnaires, qu’elles financent, comme des organismes patronaux de recherche, des universitaires, des revues dites scientifiques, des pharmaciens, des médecins, etc. Les mêmes qui militent toujours farouchement pour des baisses d’impôts, de taxes, des privatisations et pour le maintien et même la hausse du prix des médicaments, du pétrole, des taux d’intérêt, etc.