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Le Jagmeet Singh nouveau serait-il arrivé?

Le Jagmeet Singh nouveau serait-il arrivé?
Le Journal de Québec

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Jour 3 de la campagne électorale. Déjà, les surprises – ou pelures de bananes, c’est selon -, se multiplient.  

Bref, lorsque je note qu’en cette ère de multipartisme et de volatilité croissante des électorats, les campagnes sont devenues des bibittes politiques imprévisibles, en voici une preuve de plus parmi tant d’autres. 

Eh oui. Quatre surprises dès les deux premiers jours.  

De une, le débat sur la loi québécoise sur la laïcité de l’État est venu hanter la campagne sous l’angle des positions respectives des chefs de parti fédéraux. 

De deux, de manière tout à fait exceptionnelle pour un premier ministre du Québec au moment d’une élection fédérale, François Legault s’en est mêlé illico en sommant les chefs de parti fédéraux de s’engager à ne jamais contester cette loi devant les tribunaux.  

De trois, le jugement de la Cour supérieure renversant le critère de la mort «raisonnablement prévisible» pour l’aide médicale à mourir vient d’obliger les chefs de parti à se prononcer sur ce sujet des plus délicats. 

De quatre, jeudi soir, le premier débat des chefs de la campagne – tenu en anglais à Toronto et organisé par MacLean’s et CityTV -, a révélé un tout nouveau Jagmeet Singh.  

En l’absence du premier ministre sortant et chef libéral Justin Trudeau, le chef du NPD en a étonné plus d’un en se montrant affirmé, articulé et déterminé à changer les perceptions négatives à son endroit. 

Face au chef conservateur Andrew Scheer et à la chef du Parti vert Elizabeth May, Jagmeet Singh a réussi à s’imposer par son calme olympien, sa facilité surprenante à défendre les idées de son parti et son attitude foncièrement positive envers la politique. Le mot «positif» revient d’ailleurs souvent dans ses énoncés. 

Que ce soit sur les relations internationales, les Autochtones, l’environnement, l’économie, la loi sur la laïcité ou la fameuse «classe moyenne» - LA cible principale de tous les partis -, le chef néo-démocrate a réussi à faire sentir à la chef du Parti vert que le NPD était encore une option clairement progressiste. 

Pour les troupes néo-démocrates, découragées et démobilisées par la chute continue du NPD dans les intentions de vote, cette bonne performance de leur chef au premier débat de la campagne a de bonnes chances de les requinquer.  

Pour mieux comprendre l’état d’esprit morose qui les submerge depuis des mois, il faut lire la chronique de mon collègue Antoine Robitaille – De la vague orange à l’alerte orange. 

Il restera évidemment à voir si la performance de M. Singh à ce débat se sera avérée être une exception à la règle ou au contraire, l’annonce d’un chef plus prêt au combat politique qu’on ne le croyait. 

Rappelons qu’au scrutin fédéral de 2011 – celui de la vague orange -, le NPD raflait 30,63% de voix au Canada. Au scrutin de 2015, le NPD plongeait cependant à 19,71%, sauvant néanmoins les meubles. 

Rappelons aussi que selon le dernier sondage Léger, à travers le Canada, le NPD, à 11% seulement d’appuis, se retrouve nez à nez avec le Parti vert. En Ontario, le NPD vivot e à peine à 15%. Au Québec, huit ans après la «vague orange» sous Jack Layton, il s’écrase littéralement à 6% des intentions de vote. 

Sous Jagmeet Singh, la chute s’est donc accélérée. On peut même dire qu’elle est dramatique. Au point d’ailleurs où la survie du NPD est carrément en jeu.  

D’où l’importance pour les troupes néo-démocrates de voir un Jagmeet Singh «nouveau» émerger pendant la campagne. Un Jagmeet Singh capable de prendre sa place et d’intéresser à nouveau une partie de son électorat perdu. Ce qu’elles ont pu voir au débat de cette semaine. Est-ce que cela durera tout au long de la campagne? À suivre.