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Des séquelles graves après avoir accouché

La jeune femme ne pourra plus avoir d’enfant et elle a perdu de la sensation dans sa main droite et ses pieds

Carolane Michaud
Photo PIerre-Paul Poulin Carolane Michaud, 25 ans, a dû être opérée d’urgence pour une virulente bactérie après avoir accouché à l’hôpital de Saint-Eustache, le 23 décembre dernier. Elle a craint pour sa vie, et en garde de lourdes séquelles physiques. 

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Une jeune mère de 25 ans qui a cru qu’elle allait mourir d’une grave infection après avoir accouché en décembre dernier déplore les lacunes dans les soins qu’elle a reçus à l’hôpital de Saint-Eustache.

« J’en ai voulu à la terre entière. Pourquoi il a fallu attendre que je sois à l’article de la mort pour agir ? Si je suis en vie aujourd’hui, c’est parce que mon corps a décidé de se battre. Au point où j’étais, c’était pile ou face », confie Carolane Michaud, encore ébranlée.

Le 23 décembre, cette jeune mère de Sainte-Anne-des-Plaines, dans les Laurentides, a donné naissance à sa deuxième fille, Stella, à l’hôpital de Saint-Eustache.

Or, l’heureux événement a rapidement viré au cauchemar. En soirée, la femme a eu d’intenses douleurs au ventre.

« C’était pire qu’un accouchement », se rappelle-t-elle.

Durant deux jours, la mère s’est sentie incomprise et mal soignée par le personnel médical.

« Je sais qu’il y a eu de la négligence, répète-t-elle. Ils n’ont pas cherché plus loin. Pour eux, tout était normal. »

« J’ai fait mes adieux »

Dans la nuit du 25 au 26 décembre, Mme Michaud a été opérée d’urgence. Son corps était infecté par un streptocoque A, elle a fait un choc septique, et plusieurs organes vitaux dépérissaient, montre un document médical obtenu par Le Journal.

La bactérie streptocoque A a entraîné des nécroses sur ses bras et ses jambes. La jeune femme a subi quatre chirurgies depuis janvier dernier.
Photos courtoisie, Dany Viau
La bactérie streptocoque A a entraîné des nécroses sur ses bras et ses jambes. La jeune femme a subi quatre chirurgies depuis janvier dernier.

La patiente n’a aucune idée de quand et comment elle a contracté la bactérie.

« J’avais trois litres de pus dans le ventre [...], j’étais vraiment en train de mourir. Mes reins avaient cessé de fonctionner », dit celle qui croyait que son heure était venue.

« J’ai appelé ma mère et ma sœur, et je leur ai fait mes adieux. J’étais sûre que j’allais mourir », confie-t-elle.

Carolane Michaud a passé six jours dans le coma après avoir été opérée d’urgence à la suite d’un accouchement à l’hôpital de Saint-Eustache. 
Photos courtoisie, Dany Viau
Carolane Michaud a passé six jours dans le coma après avoir été opérée d’urgence à la suite d’un accouchement à l’hôpital de Saint-Eustache. 

Dans l’urgence, Mme Michaud a subi une hystérectomie (retrait de l’utérus) et ne pourra donc plus jamais enfanter. Transférée à l’Hôpital du Sacré-Cœur à Montréal, elle a passé six jours dans le coma.

Amputation évitée

À son réveil, ses jambes et son bras droit nécrosés étaient couverts de marques de crayon-feutre, parce que les médecins craignaient de devoir l’amputer.

Heureusement, les bons soins lui ont permis d’éviter ce drame. Grâce à la dialyse, ses reins ont aussi pu être sauvés.

Après quatre chirurgies, dont des greffes de peau, les multiples cicatrices et taches sur sa peau témoignent encore aujourd’hui de la virulence de l’infection.

« Je vais en payer le prix pour le reste de ma vie », dit celle qui a dû réapprendre à marcher.

Hospitalisée jusqu’à la mi-février, la mère n’a pu voir son bébé que deux fois durant ce temps.

« Ma fille a huit mois, et ses huit premiers mois de vie, je n’ai pas été là. [...] Ça a été vraiment difficile », confie-t-elle.

Carolane Michaud
Photos courtoisie, Dany Viau

Encore aujourd’hui, cette conseillère en financement commercial n’a presque pas de sensation dans ses pieds et sa main droite, et elle risque des brûlures ou des blessures. Elle n’a plus de flexion dans ses orteils non plus.

« J’ai dû réapprendre à tout faire », résume-t-elle, ajoutant qu’elle ne peut pas s’occuper de ses enfants seule.

« Ma fille, je pourrais l’échapper. J’en échappe des choses », avoue-t-elle.

Et par-dessus tout, elle dénonce le manque d’aide dans le réseau de la santé. Jusqu’ici, sa famille a déboursé plus de 25 000 $ en frais de toutes sortes (soins de santé, stationnement).

Économies épuisées

Ses réclamations financières auprès de sa compagnie d’assurance ont aussi été rejetées.

« Mes économies y ont passé complètement, dit-elle. De l’aide, il n’y en a pas. C’est épouvantable. »

Encore invalide, Mme Michaud craint de ne pas être apte à retourner travailler dans son domaine.

Par ailleurs, la jeune mère n’exclut pas la possibilité de poursuivre le centre hospitalier. Mais les milliers de dollars nécessaires pour payer un avocat la freinent et l’enragent.

« Un criminel aura droit à un avocat d’office. Mais moi qui subis l’injustice, il faut que je paie pour avoir le droit à la défense. Ça me sidère », rage-t-elle.

Une chose est sûre, Carolane Michaud regrette amèrement d’avoir « fait confiance au système ».

« Maintenant, mes filles font de la fièvre et je panique à l’idée de consulter. Je ne fais plus confiance à personne », avoue-t-elle.

Du côté de la direction de l’hôpital, on a refusé de commenter ce cas pour des raisons de confidentialité.

Des infirmières mal formées

La pénurie récurrente de personnel à l’hôpital de Saint-Eustache entraîne des lacunes dans la formation des infirmières, selon un syndicat.

« On les pousse à travailler sans la formation de base », avouait récemment le président par intérim du syndicat local des infirmières (Fédération interprofessionnelle de la santé), Denis Provencher.

Voilà deux ans que le problème de pénurie de personnel infirmier nuit au bon fonctionnement de l’unité d’obstétrique.

Fermée le week-end

La fin de semaine dernière, la salle d’accouchement a même été fermée durant trois jours, pour donner un répit aux infirmières.

Au total, 11 patientes ont été transférées dans un autre hôpital pour donner naissance. Malgré cela, le syndicat a enregistré 95 heures de temps supplémentaire obligatoire.

Selon M. Provencher, le manque de personnel criant fait en sorte que les nouvelles recrues n’ont pas le temps de compléter leur formation.

« Elle est pitchée comme une boule dans un jeu de quilles », avait-il comparé.

« On veut une accélération des gens qui puissent commencer à travailler avec une formation adéquate », exige-t-il.

Pas d’incident majeur

Malgré cela, la direction et le syndicat assurent que les problèmes de recrutement n’ont pas causé de problème de qualité et de sécurité des soins.

« Rien de grave ? Je vais en payer le prix pour le reste de ma vie ! » déplore la patiente Carolane Michaud, qui a été opérée d’urgence en décembre. Ce que j’ai ressenti, c’était qu’elles n’étaient pas formées pour ça. [...] Elles ne savaient pas ce que j’avais. C’était nébuleux. »

« C’est sécuritaire en tout temps, le jour, le soir, la nuit. C’est sans compromis pour nous », assure Myriam Sabourin, porte-parole du Centre intégré de santé et de services sociaux des Laurentides.