/opinion/blogs/columnists
Navigation

Guérilla sémantique

Pierre Nantel est, dans son propre parti, un infréquentable!

Guérilla sémantique
GUILLAUME ST-PIERRE/AGENCE QMI

Coup d'oeil sur cet article

Souverainiste? Indépendantiste? Ou, comme se plaisait à le dire l’ex-premier ministre Jean Chrétien... Séparatisssse!  

  

Guérilla sémantique
Pierre-Yvon Pelletier / Le Journal de Montreal

Tout est question de connotation  

Dis-moi quel terme tu utilises, je te dirai de quel côté de l’argument constitutionnel tu es. Car en ce débat, et depuis longtemps, les adversaires de l’indépendance du Québec ont cherché à imposer une connotation négative aux termes liés à l’indépendance.   

Si on a fait un mauvais parti aux termes indépendance et souveraineté en tentant de toutes les façons de leur adjoindre la connotation négative de la «séparation», on peut dire la même chose du terme «référendum», lequel est devenu, au cours de nos longs débats, un infréquentable.   

Jean-Martin Aussant, en 2013, alors chef d’Option nationale, écrivait ceci dans Le Devoir:   

«Jean Chrétien prenait grand soin d’utiliser le mot séparatiste. [...] Sans doute M. Chrétien trouvait-il que la connotation quelque peu négative et péjorative du mot séparatiste, surtout dans sa bouche, pouvait donner mauvaise image à ceux qui veulent simplement faire en sorte que le Québec possède la capacité de choisir son propre destin.»  

Tu fais usage du terme «séparatiste»? T’es surement un adversaire féroce, convaincu, de l’indépendance.  

  

Guérilla sémantique
AFP

Souverainisme n’est pas indépendantisme?  

Mais nous voilà, en ce début de campagne électorale fédérale, dans un tout nouveau registre. L’affaire c’est que la chef du Parti vert du Canada, Elizabeth May, est pognée avec une patate chaude dont elle ne sait plus quoi faire.   

Je parle ici, évidemment, du fait que Mme May ne sait plus comment justifier le fait qu’il se trouve dans son parti un méchant séparatisssse. Si, pour elle, il n’y a aucun problème à ce que son parti abrite des «anti-choix» (ou pro-vie) par rapport à l’avortement; il en va tout autrement d’un candidat – toute vedette soit-il – qui serait indépendantiste.   

Pierre Nantel par exemple.   

L’ex-député du NPD n’y est pas allé par quatre chemins pour répondre aux tractations concernant ses convictions constitutionnelles: «Il faut faire l’indépendance; et le plus vite sera le mieux!»  

Voilà qui a le mérite d’être clair.   

Surtout, on ne pourra reprocher à Nantel de faire le jeu de son ex-chef Jagmeet Singh et de dire une chose en français et quelque chose de bien différent en anglais... Questionné par la CBC, Nantel a réaffirmé ses convictions: «Of course, I’m a sovereignist!» («Bien sûr que je suis un souverainiste!»)  

Ne sachant plus où donner de la tête, Elizabeth May a tenté de brouiller les cartes en affirmant, le plus sérieusement du monde, ceci:   

 

Traduction: «Souverainisme et séparatisme sont ... on dirait que c'est couper les cheveux en quatre, mais beaucoup de Québécois sont souverainistes - ils respectent la souveraineté du Québec. Ils ne sont pas intéressés par la séparation. Pierre n'est pas séparatiste.»  

Wow! Comme le dit Chantal Hébert... REALLY?  

Je reviens au texte de Jean-Martin Aussant, sur le lien entre souveraineté et indépendance:   

«Dans le Larousse, le mot indépendance est défini à l’aide du mot souveraineté et, sans surprise, le mot souveraineté est défini à l’aide du mot indépendance. Peut-on laisser les gens utiliser le mot qu’ils veulent et passer au vrai travail, soit celui de convaincre les Québécois des avantages pour le Québec d’être un pays qui contrôle tous ses leviers décisionnels, comme 193 pays membres des Nations unies le font actuellement sans jamais regretter d’être maîtres chez eux?»  

Les explications alambiquées de Mme May ne convaincront personne. Elle devra s’y faire, il y a un méchant «séparatissse» dans son parti. Et dans la langue de la chef du Parti vert, qui use du terme «séparatiste», Pierre Nantel est, dans son propre parti, un infréquentable.