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Réjean Hébert le renégat

Il y a des limites à se renier

Réjean Hébert le renégat
Photo d'archives Jean-François Desgagnés

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En politique, tout le monde peut changer d’idée. Mais il y a une différence entre évoluer d’une position à une autre (par exemple passer du souverainisme à l’autonomisme, par réalisme stratégique, ou de la gauche radicale à la gauche modérée dans l’espoir de quitter l’opposition et de pouvoir appliquer au moins une partie de son programme) et se renier purement et simplement (passer du nationalisme québécois au trudeauisme, ou encore, de l’écologisme militant à une position favorable à l’exploitation des sables bitumineux) sans même prendre la peine de s'expliquer. Ceux qui sont disposés à retourner leur veste dans le simple espoir de faire carrière ou d’avoir un poste prestigieux représentent l’ambition dans ce qu’elle a de plus médiocre – c’est l’ambition des arrivistes, et ces derniers, on le sait, sont nombreux. Certains d’entre eux, toutefois, se distinguent par un arrivisme exemplaire, de classe mondiale. On aurait envie de leur décerner le trophée du renégat de la décennie. On encore, la médaille d’or des girouettes. Ils sont prêts à tout pour rejoindre les puissants et jouir du sentiment de leur importance.  

Vous l’aurez compris, j’entends consacrer ce texte à Réjean Hébert. L’ancien ministre péquiste, qui avait même pensé se présenter à la chefferie de son parti après les élections de 2014, a décidé de rallier il y a peu le Parti libéral du Canada. Pour cela, évidemment, il a dû renier ses convictions souverainistes. C’était apparemment simple. Il suffisait de dire que la question nationale n’était plus à l’agenda et qu’il était passé à autre chose – même si cela impliquait de s’engager à Ottawa dans l’espoir de voir le gouvernement fédéral envahir le domaine de la santé, qui est pourtant de compétence provinciale. Il n’est pas le seul dans cette situation au PLC. Steven Guilbault avait lui aussi participé activement à la Saison des idées du Parti québécois en 2003-2004. Dans une société qui a laissé la question nationale de côté, il ne faut apparemment pas faire de grands efforts pour oublier qu’on a un jour souhaité l’indépendance de son peuple et qu'on la croit désormais indésirable. Il suffit de dire qu’on est passé à autre chose, et que de nouvelles priorités nous amènent à voir le monde autrement. On passe facilement, ainsi du progressisme québécois au progressisme canadien.  

Mais Réjean Hébert a fait du zèle dans le reniement cette semaine en se retournant violemment contre la Charte des valeurs hier portée par le gouvernement péquiste et actualisée à sa manière par la CAQ avec la loi 21. La question de la laïcité est encore au cœur de l’actualité. Hébert ne peut prétexter, comme c’est le cas avec l’indépendance, que les Québécois ont tourné la page. Il ne peut se réfugier derrière l'argument du changement d'époque. Au contraire. Elle demeure au cœur de l’actualité, et elle prend une importance capitale au cœur des présentes élections fédérales - à travers elle, on touche à la fois à la question de l'identité québécoise et à celle de l'autonomie du Québec dans la fédération. On ajoutera que Réjean Hébert était un partisan affirmé de la Charte des valeurs, comme nous le rappelait Jean-François Lisée sur Twitter. Citons Lisée: «La vérité est que Réjean Hébert était parmi les plus enthousiastes promoteurs de la Charte, tenait absolument à ce que ça s’applique au réseau de la santé. De plus, il refusait l’idée d’une clause grand-père et préférait virer les récalcitrants.» Il ne se contente pas aujourd’hui de reformuler sa position en termes plus modérés. Il prend le contrepied de ce qu’il disait hier, sans même expliquer son basculement.   

En fait, comme il a su jeter l’indépendance à la poubelle, il crache aujourd’hui sur la laïcité. Comme le rapportait La Presse hier, il dit même être «inquiet pour les minorités et pour les personnes qui vont perdre leur emploi en raison de leurs convictions religieuses». En d’autres mots, il emprunte la rhétorique trudeauiste pour diaboliser le nationalisme québécois. On comprend aussi qu’il sera solidaire, après le 21 octobre, de Justin Trudeau, si le PLC est réélu, lorsqu’il engagera le régime fédéral dans une guérilla juridique contre le gouvernement du Québec pour jeter à terre une loi votée par notre Assemblée nationale et soutenue par une immense majorité de la population. Réjean Hébert plaidera ainsi pour que le régime fédéral neutralise la démocratie québécoise. Réjean Hébert ne s’est pas contenté de tourner le dos à l’indépendance et à la laïcité. Il a tourné le dos au Québec. Il y a là quelque chose de triste et surtout, de misérable.