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Hausse inquiétante chez les jeunes adultes

Girl and weight loss
Photo Adobe Stock Le poids représente un facteur important dans le développement du cancer colorectal.

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Une analyse montre que les jeunes Canadiens nés dans les années 1980 sont presque trois fois plus à risque d’être touchés par un cancer colorectal avant l’âge de 50 ans que les générations précédentes.

Le risque de l’âge

L’âge représente le principal facteur de risque de cancer : alors qu’à peine 1 % de la population âgée de moins de 40 ans est touchée par un cancer de stade avancé et invasif, cette proportion grimpe de façon exponentielle avec le temps pour atteindre près du tiers des hommes et du quart des femmes âgés de plus de 60 ans.

Cette hausse marquée de l’incidence des cancers en vieillissant est due au fait que la progression du cancer est un processus très lent, au cours duquel une cellule anormale doit accumuler plusieurs mutations pour parvenir à atteindre un stade suffisamment avancé pour menacer l’équilibre de l’organisme. Dans le cas du cancer colorectal, par exemple, il peut s’écouler plus d’une trentaine d’années entre l’apparition d’une cellule mutée ayant un potentiel cancéreux et la présence d’une masse cancéreuse cliniquement détectable. Si l’âge augmente à ce point le risque de cancer, c’est donc essentiellement parce que le vieillissement donne le temps aux cellules cancéreuses d’acquérir les caractéristiques nécessaires à leur progression en cancer mature.

Nouvelle tendance

On aurait cependant tort de penser que le vieillissement est le seul paramètre qui influence le risque de cancer. Ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne le cancer colorectal ». Les données récentes indiquent qu’une nouvelle tendance est en train de s’établir : l’incidence de ces cancers est globalement à la baisse en Amérique du Nord en raison d’une diminution du nombre de personnes âgées qui développent la maladie, mais, curieusement, le nombre de personnes jeunes qui sont touchées par un cancer colorectal est au contraire en constante augmentation depuis les dernières années. Par exemple, une étude réalisée aux États-Unis a montré que chez les jeunes adultes âgés de 20 à 30 ans, l’incidence du cancer du côlon a augmenté de 1-2 % par année entre 1990 et 2013 (1). La situation est encore pire pour le cancer du rectum, avec une hausse annuelle de 3 % au cours de cette période.

Les données récentes récoltées au Canada confirment cette nouvelle tendance (2). En analysant 688 515 cas de cancers colorectaux qui ont été diagnostiqués au Canada entre 1971 et 2015, des chercheurs albertains ont montré que même si l’incidence de ces cancers a significativement diminué chez les personnes âgées, de plus en plus de jeunes adultes sont paradoxalement touchés par cette maladie. Depuis 2010, l’incidence de cancer colorectal augmente annuellement de 4,5 % chez les femmes de moins de 50 ans, tandis que chez les hommes on observe une hausse de 3,5 % par année depuis 2006. Cette augmentation du cancer colorectal chez les jeunes adultes est également apparente lorsqu’on examine le risque de cancer selon les années de naissance : les hommes et les femmes nés dans les années 1980 ont deux à trois fois plus de risque d’être touchés par ce cancer avant l’âge de 50 ans que les personnes des générations précédentes, nées dans les années 1960, par exemple.

Mode de vie

On estime que seulement 7 % des cancers colorectaux qui surviennent en bas âge sont dus à une prédisposition génétique acquise par hérédité. Le bagage génétique de la population n’a évidemment pas changé au cours des 30 dernières années, ce qui implique nécessairement que la hausse d’incidence que l’on observe actuellement provient directement de modifications récentes au mode de vie. Selon une étude réalisée auprès de femmes américaines, il semble que le surpoids représente un important facteur de risque (3). Le risque de développer un cancer colorectal avant 50 ans est augmenté de 37 % chez celles qui souffrent d’embonpoint (IMC entre 25-30) et de 93 % chez celles qui sont obèses (IMC ≥ 30), comparativement aux femmes minces (IMC entre 18 et 23). Il semble également que l’alimentation de type occidental (beaucoup de produits industriels transformés, riches en gras et en sucres ajoutés) augmente considérablement le risque de cancer colorectal, fort probablement en raison de son caractère pro-inflammatoire (4).

Étant donné le temps de latence normalement très long pour le développement du cancer colorectal (jusqu’à 35 ans), le diagnostic de ce cancer chez un jeune adulte signifie que les premières cellules cancéreuses sont apparues très tôt dans la vie de ces personnes et sont parvenues à évoluer très rapidement. La hausse d’incidence du cancer colorectal chez les jeunes adultes doit donc être considérée comme un signal d’alarme montrant à quel point le mode de vie actuel, en particulier la hausse du poids corporel et la mauvaise alimentation, est toxique pour le corps et peut accélérer de façon extraordinaire le développement du cancer. Cancer Colorectal Canada fait un travail extraordinaire dans la lutte contre ce cancer. Venez participer à l’événement Bougeons pour le côlon, le 22 septembre à Montréal (voir le site : bougeonspourlecolon.ca)

(1) Siegel RL et coll. Colorectal cancer incidence patterns in the United States, 1974-2013. J. Natl Cancer Inst. 2017 ; 109 : djw322109.

(2) Brenner DR et coll. National trends in colorectal cancer incidence among older and younger adults in Canada. JAMA Netw Open. 2019; 2: e198090.

(3) Liu PH et coll. Association of obesity with risk of early-onset colorectal cancer among women. JAMA Oncol. 2019; 5 : 37-44

(4) Tabung FK et coll. Association of dietary inflammatory potential with colorectal cancer risk in men and women. JAMA Oncol. 2018; 4: 366-373.