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Des entreprises d’ici craignent l’«expropriation déguisée»

Ces firmes s’apprêtent à poursuivre la Ville de Boucherville pour plus de 100 M$

Michel Gaudreau
Photo Francis Halin Michel Gaudreau, président des Propriétés Miricorp Inc., devant son immeuble de Boucherville, évalué à 1,6 million $, mais qui pourrait perdre de 30 % à 70 % de sa valeur, selon lui, avec les nouvelles règles de zonage de la Ville de Boucherville.

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Des entreprises bien établies du Québec inc., comme le Groupe Robert ou Canam, ont l’impression de se faire « exproprier en cachette » par la Ville de Boucherville qui vient gruger leur terrain au profit de compagnies de haute technologie.

« Ça sent l’expropriation déguisée. On nous enlève la valeur de notre bâtisse », déplore Michel Gaudreau, président des Propriétés Miricorp Inc., porte-parole de la vingtaine d’entreprises en colère qui viennent d’envoyer une mise en demeure au maire.

Depuis mars dernier, des entreprises traditionnelles de fabrication ou de transport du coin sentent que la Ville veut se débarrasser d’elles en exigeant que les terrains soient désormais loués à des sociétés de haute technologie, une fois leur bail échu. Un changement de zonage qui risque de faire chuter la valeur des terrains de 30 % à 70 %, selon Michel Gaudreau, ce qui signifie que la valeur foncière totale du parc industriel de près de 246 millions $ pourrait fondre de 74 millions $ à 172 millions $.

Fleurons à risque

« On a perdu nos droits de louer à ce type de locataire là [traditionnel]. Ça nous cause un préjudice assez sérieux », avance Michel Gaudreau, qui ne voit pas pourquoi une techno branchée viendrait s’installer dans un parc industriel de la Rive-Sud dans des locaux aménagés pour la transformation ou l’assemblage.

Selon lui, le mot « technologie » ne doit pas servir à exclure les entreprises traditionnelles de l’économie, ce qui est le cas avec le nouveau règlement de la municipalité de la Rive-Sud de Montréal.

« C’est rêver en couleurs. Les entreprises de haute technologie ne viennent pas dans des parcs industriels au bout du monde », ajoute Michel Gaudreau, en donnant l’exemple du Technoparc Montréal de Saint-Laurent, qui a pris vie avec des terrains, et non en expropriant des entreprises, souligne-t-il.

D’après lui, la Municipalité se tire dans le pied avec ce nouveau zonage qui va refroidir les ardeurs de nos fleurons, qui vont reporter ou carrément abandonner leurs projets d’agrandissement et l’embauche de nouveaux travailleurs dans la région.

« Je n’ai jamais vu ça. Je suis en immobilier depuis 1972. Je n’ai jamais vu un comportement cavalier comme ça », laisse tomber M. Gaudreau, qui va même jusqu’à prédire une délocalisation d’entreprises si rien n’est fait rapidement.

Joint par Le Journal, le maire de Boucherville, Jean Martel, a refusé toutes demandes d’entrevues. Ses communications ont préféré transmettre un mot de son directeur général, Roger Maisonneuve.

« Les canaux de communication sont toujours ouverts. On va évaluer ce que l’on peut faire pour répondre aux attentes des différents industriels en fonction de leurs demandes », s’est-il limité à dire.