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Iran: Le Canada, comme d’habitude, laquais des États-Unis

Canada working with USA
Karen Roach - Fotolia

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Question d’ambassade 

Il était dans l’ordre de la servitude volontaire de l’ex-premier ministre conservateur, Stephen Harper, allié inconditionnel des États-Unis, d’Israël et de l’Arabie saoudite, de fermer l’ambassade du Canada en Iran en évoquant des motifs idéologiques farfelus liés au terrorisme. 

Arrivé au pouvoir en 2015, Justin Trudeau avait promis, comme il se doit, de rétablir des relations diplomatiques normales avec l’Iran, comme le font les pays européens, la Chine, la Russie, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, etc. Et de rouvrir son ambassade dans ce pays comme dans ces autres pays indépendants. Alors voilà, nous sommes rendus à la fin de l’année 2019 et l’ambassade est toujours fermée. Afin de ne pas déplaire à certains et de ne pas les contrarier: «Le rapprochement entre Ottawa [le PLC] et Téhéran sur la glace» (Le Devoir, 9 mai 2018). Scandaleux! Le Canada, un pays souverain vous dites? 

Par contre, le Canada a des ambassades en Arabie saoudite, au Koweït, en Israël, aux Émirats arabes et en Égypte. 

Sortie unilatérale des États-Unis de l’accord nucléaire 

En 2015, l’Iran et les grandes puissances occidentales ont signé un accord nucléaire par lequel l’Iran s’engageait à ne pas chercher à se doter de l’arme nucléaire. Et même si Téhéran respectait en tous points ses engagements, Donald Trump décide de se «retirer de l’accord» (Le Devoir, 9 mai 2018), au grand dam de la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Russie et la Chine. En jouant le matamore: «Washington rétablit toutes les sanctions contre l’Iran». Et comme à son habitude, Trump menace l’Iran sur Twitter. «Le président américain y est allé d’un message d’une rare violence» (Le Journal de Montréal, 24 juillet 2018). Les autres pays ont protesté à ces attaques injustifiées des States, mais pas le Canada afin de ne pas irriter son maître. 

La Cour internationale de justice (CIJ) a ramené à l’ordre les États-Unis, mais celui qui se prend pour le chef du monde, avec ses lois que tous doivent respecter, n’en a rien à cirer des organismes internationaux comme l’Organisation des Nations unies et la Cour pénale internationale: «Sanctions contre l’Iran - Washington minimise le rappel à l’ordre de la justice internationale» 

Ah oui, Trump a aussi sanctionné, en 2019, le chef de la diplomatie iranienne (pourtant un modéré avec beaucoup d’humour et qui a étudié aux États-Unis), le guide suprême Ali Khamenei, sans oublier les gardiens de la révolution: «Le président Trump a placé l’armée idéologique sur la liste des organisations terroristes». 

Je dirais à l’Agence France-Presse d’arrêter de qualifier les soldats de l’armée iranienne «d’idéologiques». Avez-vous déjà vu une armée de n’importe quel autre pays ne pas être «idéologique» et «révolutionnaire»? On veut encore faire passer les soldats iraniens pour des révolutionnaires idéologiques comme on le fait pour le Venezuela, Cuba, la Chine, etc. L’armée américaine n’est pas idéologique... elle s’apparente à un organisme humanitaire, enfin je suppose? 

À ce propos, je ne suis pas le seul à penser ainsi. Il y a aussi l’ex-ambassadeur britannique aux États-Unis, Kim Darroch, qui a accusé Trump en 2019 d’avoir posé un acte de vandalisme diplomatique à l’endroit de l’Iran (Le Journal de Montréal, 14 juillet 2019). Vous vous rappelez de Kim Darroch? C’est lui qui avait traité Donald Trump de cinglé. Peut-on lui en vouloir pour ça? «L’ambassadeur britannique à Washington considère l’administration Trump inepte». 

Pour avoir dit tout haut ce que la majorité pense, il a été démis de ses fonctions diplomatiques à la suite des pressions de Trump. 

Comme en Irak et en Libye 

Grosse surprise qui fera plaisir à l’impérialiste américain et à ses grosses pétrolières Exon-Mobil, British petrolium, Chevron, etc.: «La décision de Trump de se retirer de l’accord du nucléaire iranien fait bondir les cours pétroliers». 

Et l’Arabie saoudite qui jubile. L’Union européenne pense aussi comme moi: «Derrière le nucléaire, l’UE voit aussi une guerre de gaz et de pétrole». 

L’Europe s’écrase devant les États-Unis 

Incroyable, mais vrai. Les É.-U. se retirent unilatéralement en 2018 d’un accord qu’ils ont pourtant signé avec d’autres puissances mondiales en 2015 et ordonnent à tous les pays du monde de ne plus faire affaire avec l’Iran. Les lois américaines ont-elles une portée internationale? Et ceux qui ne se plient pas aux dictats américains feront face à des accusations criminelles. Comme le cas de la dirigeante chinoise de Huawei arrêtée au Canada à la demande des É.-U. Et le Canada a obtempéré? Les États-Unis cherchent à diriger le monde et l’Europe. 

Une chance qu’il y a la Chine et la Russie pour faire contrepoids à l’hégémonie américaine: «L’Europe tente de sauver l’accord, mais sans vouloir bousculer son ami américain» (Le Devoir, 10 mai 2018). Vous m’en direz tant! Il n’y a pas eu de riposte des Européens et leurs entreprises se sont vite retirés de l’Iran: «Total se retire d’Iran». 

De vrais lâches! Bravo à nos amis russes qui eux démontrent plus de courage: «La Russie accuse les américains d’ingérence dans les affaires iraniennes». 

Tiens une drôle juste pour vous: «Trump met en garde contre le pouvoir déstabilisateur de l’Iran».   

Tout le monde sait ça: l’Iran, Cuba, le Venezuela sont les incontournables du mal et l’Israël, l’Égypte, le Brésil, l’Arabie saoudite sont le bien incarné. Il y a l’axe du mal et l’axe du bien. 

Les E.-U. font la loi  

«Donald Trump avertit les pays qui font des affaires avec l’Iran».  

Eh oui, ce sont les States qui décideront avec quel pays on doit commercer. Et attention à vous si vous n’obéissez pas: «Washington sanctionnera tout pays qui continue à acheter du pétrole iranien».  

Complètement surréaliste, on croirait rêver. Je le répète: les États-Unis sont de loin le pays le plus déstabilisateur dans le monde et de loin la plus grande menace pour la paix. 

Complètement Fou 

Dans les faits, Israël a des centaines d’ogives nucléaires et refuse d’adhérer à l’Agence nucléaire internationale et c’est très bien. L’Iran est soupçonné de vouloir fabriquer l’armement nucléaire, mais, dans les faits, est en règle avec l’agence Nucléaire internationale, mais les States s’en prennent à l’Iran. Pendant ce temps, le Canada n’ose pas critiquer son voisin et même refuse de rétablir ses relations diplomatiques avec l’Iran et tombe nettement dans le ridicule. Ils ne trouvent rien de mieux à dire que: «Ottawa (le PLC) appelle Téhéran à respecter les droits démocratiques».  

 Le droit démocratique des États-Unis de gérer le monde... s’entend.