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Un mois après le drame de Saint-Sauveur, la femme brûlée vive s’est réveillée et a souri

Un long combat vers la guérison attend maintenant la mère de deux enfants qui ne peut toujours pas parler

La mère de famille a été transformée en torche humaine le soir du 9 août sur la rue Arago Ouest, dans le quartier Saint-Sauveur­­­. Son ex-conjoint, Frej Haj-Messaoud, a été arrêté quelques heures plus tard à Drummondville. Il fait désormais face à des accusations de tentative de meurtre et de voies de fait causant des lésions.
Photo d’archives, agence QMI La mère de famille a été transformée en torche humaine le soir du 9 août sur la rue Arago Ouest, dans le quartier Saint-Sauveur­­­. Son ex-conjoint, Frej Haj-Messaoud, a été arrêté quelques heures plus tard à Drummondville. Il fait désormais face à des accusations de tentative de meurtre et de voies de fait causant des lésions.

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La femme enflammée en pleine rue il y a un peu plus d’un mois a vécu une grande victoire il y a quelques jours : elle s’est éveillée et a regardé dans les yeux sa mère et son père. Puis, elle a souri.

La femme de 27 ans est récemment sortie d’un long coma dans lequel elle avait été plongée après avoir été transformée en véritable «torche humaine» sous les yeux horrifiés de nombreux témoins, dont sa mère et ses propres enfants, dans la soirée du 9 août.

«Elle va mieux, maintenant. [...] Elle nous sourit. On ne craint pas pour sa vie. Elle va s’en sortir. Elle est forte. Elle veut guérir le plus vite possible, mais il faudra du temps, beaucoup de temps. Ce n’est pas facile», révèle au Journal son père Abdeljalil Haj Amor.

Le Tunisien a rejoint au Québec son épouse il y a une semaine pour prendre soin de ses petits-enfants et se rendre au chevet de sa fille.

Brûlée au troisième degré

Frej Haj-Messaoud
Photo d’archives, capture d’écran TVA Nouvelles
Frej Haj-Messaoud

L’ancien mari de la victime, Frej Haj-Messaoud, 39 ans, est accusé de tentative de meurtre et de voies de fait causant des lésions dans cette affaire. Toujours incarcéré, il reviendra en cour la semaine prochaine. L’homme est à préparer son enquête caution qui lui permettrait de recouvrer sa liberté pendant les procédures.

La jeune mère, dont nous taisons le nom à la demande de sa famille, ne peut toujours pas parler, étant encore intubée pour quelques jours.

Brûlée au troisième degré, elle en a encore pour «plusieurs mois» de traitements à l’hôpital, soulignent ses parents.

La jeune femme est rassurée à l’idée que ses enfants, un garçon de cinq ans et une fillette de six ans, sont en sécurité auprès de leurs grands-parents, précise sa mère. Avec l’aide de médicaments, elle ne semble pas souffrir.

«Elle est bien. C’est fini, la peur», dit sa mère, qui souhaite aussi préserver l’anonymat.

La maman de la victime avoue être encore terrorisée par les événements. D’ailleurs, les images du terrible drame reviennent encore la hanter «tous les jours, toutes les nuits».

En vie

En dépit du cauchemar qu’ils vivent depuis plus de cinq semaines, les parents disent qu’ils ne sont plus habités par la colère. Le soulagement et la joie immense de savoir leur fille maintenant hors de danger ont pris le dessus.

«J’ai cru que je ne reverrais jamais ma fille. Maintenant, on sourit parce qu’elle est en vie. Elle nous parle avec ses yeux», se réjouit M. Haj Amor.

La victime a été blessée très gravement au dos. Elle est aussi blessée aux épaules et aux mains. Son visage semble avoir été épargné.

Selon toute vraisemblance, elle aurait été aspergée d’essence par-derrière. La police de Québec n’a jamais voulu confirmer ces informations, mais des témoins ont senti une forte odeur de carburant près de la femme en détresse ce soir-là.

Cette agression sauvage s’est produite rue Arago Ouest. Des voisins avaient dû déshabiller la malheureuse pour mettre fin à son calvaire. Ses vêtements ont fini en cendres sur la chaussée.

Une vague de soutien

Tanya St-Arnauld
Photo Chantal Poirier
Tanya St-Arnauld
  • De nombreux Québécois ont été touchés par l’histoire de la jeune mère immolée.
  • Une campagne de sociofinancement a notamment été lancée par Tanya St-Arnauld (photo), qui a vécu un drame similaire en 2012 quand son ex-copain l’a aspergée d’acide.
  • Plus de 4400 $ ont été amassés à ce jour.

Les femmes violentées doivent parler

Les femmes persécutées par leur conjoint ne doivent surtout pas s’enfermer dans le silence, insistent les parents de la jeune mère gravement blessée par le feu dans le quartier Saint-Sauveur.

Les parents d’origine tunisienne sont convaincus que l’accusé dans cette histoire, l’ex-mari de leur fille, était «contrôlant» avec cette dernière.

Frej Haj-Messaoud cherchait à tout savoir de ses sorties et de ses rencontres, allèguent-ils. Selon eux, il n’aurait jamais accepté la rupture avec leur fille il y a plus d’un an.

C’est pourquoi ils veulent lancer un «grand message» à toutes les femmes qui sont prisonnières d’une relation malsaine ou encore qui subissent les violences physiques ou verbales de leur conjoint.

«L’homme qui est bien, il aime sa femme, il la respecte», dit la mère de la femme agressée le 9 août, en entrevue avec Le Journal.

Chercher de l’aide

Surtout, les victimes de violence conjugale ne doivent pas hésiter à se confier et à aller chercher de l’aide, disent-ils.

«Il faut que [la victime de violence conjugale] parle à ses amis, à sa famille, pour recevoir du soutien et des conseils», renchérit Abdeljalil Haj Amor, le père de la femme brûlée vive.

Sécurité

Il ne faut pas non plus hésiter à appeler la police au moindre doute que sa sécurité pourrait être compromise, conseille-t-il. «S’il n’y a pas de solution, il faut appeler la police à la moindre des choses.»

«Une petite chicane, ce n’est rien du tout, précise-t-il. Tout le monde se chicane. Mais quand [une femme] ne se sent pas en sécurité, elle doit appeler la police.»