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L’État mammouth

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Chaque fois qu’un politicien émet le souhait de réduire la taille de l’État, il finit par se péter les dents.

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Au Québec, oser suggérer que l’État est obèse et qu’il y aurait peut-être lieu de réduire le nombre d’employés de la fonction publique, c’est commettre un crime de lèse-majesté.

«Quoi? Penser supprimer des postes syndiqués au gouvernement? Es-tu fou?»

Permettez-moi de désamorcer tout de suite la réponse classique des syndicats de la fonction publique. Non, je ne déteste pas les syndicats ni les syndiqués. Non, je ne veux pas sacrer à la rue des dizaines de milliers de pères et mères de famille sans aucune considération.

Je souhaiterais seulement que, pour une fois, nous puissions avoir une discussion éclairée sur la taille de notre gouvernement, sur l’utilisation judicieuse des deniers publics. Qu’il soit possible de poser des questions et d’émettre certaines hypothèses sans se faire traiter de sans-cœur.

Toujours plus

Par exemple, est-ce normal que, comme l’a démontré hier ma collègue Geneviève Lajoie, le nombre d’employés dans l’appareil gouvernemental ne cesse de croître, alors que les transformations technologiques devraient engendrer des gains d’efficacité importants, permettant d’avoir recours à moins de ressources humaines?

La grosseur de notre territoire n’a pourtant pas augmenté. Non, le Québec est le même, mais le nombre d’emplois fournis est en constante augmentation.

Imaginez un instant une entreprise privée qui desservirait toujours le même marché, qui n’augmenterait pas ses ventes, mais qui créerait constamment de nouveaux postes. Immanquablement, il y a un patron ou un comptable qui finirait par se questionner sur l’efficacité, sur la productivité.

Tabou

Or, au Québec, cela est impossible. Pourtant, il ne faut pas être un grand expert pour constater qu’il y a des lacunes à corriger, ou des retards tout aussi inexplicables qu’inexcusables. Pensons au réseau de la santé ou au système de justice, dans lesquels l’utilisation du fax est monnaie courante (pour les plus jeunes, je vous invite à consulter le web pour savoir ce qu’est un fax). C’est d’un ridicule consommé! Vous imaginez le temps perdu?

Pensons aussi à l’organisation archaïque du travail, alors que des ressources s’emploient chaque jour à orchestrer le gaspillage de dizaines de milliers de feuilles de papier.

Ce ne sont que deux exemples de gains d’efficacité potentiels, mais il y en a tant d’autres. Ajoutons à cela notre incapacité à évaluer la pertinence de postes existants, avec cette manie de tenir pour acquis que si un poste a été nécessaire un jour, il le sera pour toujours.

Malheureusement, chaque fois qu’un politicien émet le souhait de réduire la taille de l’État, il finit par se péter les dents. Tout indique que ce sera le cas aussi pour le gouvernement de la CAQ. Maintenant qu’elle est élue, le sacro-saint pouvoir syndical aura tôt fait de lui faire ravaler ses bonnes intentions.

Pourtant, la mission première d’un gouvernement devrait être de gérer efficacement notre argent, de mettre en place les conditions favorables à l’essor et au dynamisme économique. Pas de donner des jobs. On jase, là.