/finance/business
Navigation

Québec prête 12 M$ à Mitsubishi et espère... ne pas être remboursé

L’entreprise n’aura pas à remettre l’argent si elle crée, comme promis, 250 emplois

Coup d'oeil sur cet article

Le gouvernement Legault fait un prêt sans intérêt de 12 M$ à Mitsubishi en espérant que la multinationale japonaise ne le remboursera jamais !

Mitsubishi Aircraft a confirmé hier l’ouverture, cet automne, d’un centre d’ingénierie à Boisbriand, non loin des installations de Bombardier Aviation, situées à Mirabel.La société mère de l’avionneur, Mitsubishi Heavy Industries, a engrangé des profits nets de 1,2 G$ CA l’an dernier.

Le centre de Boisbriand se concentrera sur la préparation de l’entrée en service des avions régionaux SpaceJet de Mitsubishi, qui doit s’étaler de 2020 à 2023. Il doit employer une centaine de personnes l’an prochain et jusqu’à 250 d’ici 2024.

Du Québec, du Japon et de Seattle

Une partie des salariés proviendra de Bombardier, qui a annoncé en juin la vente de sa gamme de jets régionaux CRJ à Mitsubishi pour 550 M$ US. Quelque 700 Québécois travaillent actuellement sur les CRJ, dont 300 qui doivent être transférés à Mitsubishi.

D’autres travailleurs arriveront de Nagoya, au Japon, où se trouve le siège de Mitsubishi Aircraft, et de Seattle, la base américaine de l’entreprise.

Environ 90 % des postes seront occupés par des ingénieurs spécialisés en homologation d’aéronefs, mais il y aura aussi des gestionnaires de projets et des employés de soutien à la clientèle.

Présent à la conférence de presse, le premier ministre François Legault a reconnu que Mitsubishi pourrait recruter d’ex-travailleurs de Bombardier, mais, selon lui, les 250 postes seront tous de « nouveaux emplois ».

« Si Mitsubishi [ne s’installe pas] ici, il n’y a pas ces 250 emplois-là », a-t-il affirmé.

L’avionneur n’aura pas à rembourser les 12 M$ s’il crée les 250 postes promis en cinq ans. Il devra remettre au gouvernement une partie des fonds qu’il aura reçus s’il ne respecte pas son engagement en totalité.

« Si les retombées sont là pour les 250 emplois payants, eh bien on se paye à même l’argent qui entre du côté du ministère des Finances [avec l’impôt sur les salaires]. C’est gagnant-gagnant », a expliqué M. Legault, en précisant que son gouvernement prévoyait offrir ce type d’aide financière à d’autres entreprises.

Gros salaires

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a indiqué que l’aide de 12 millions $ représentait environ 7 % de la rémunération totale des 250 salariés de Mitsubishi sur cinq ans. Cela donne des émoluments annuels moyens de plus de 135 000 dollars par employé.

Notons toutefois que l’État de Washington, où Mitsubishi Aircraft compte des centaines de salariés, n’a versé que 3,6 millions de dollars américains en aide financière à l’entreprise de 2015 à 2017, selon des données officielles.

Alex Bellamy, chef du développement des produits chez Mitsubishi Aircraft, a rappelé que l’entreprise a connu de nombreux problèmes avec le développement du SpaceJet.

« L’industrie aéronautique est l’une des plus difficiles à percer, a-t-il reconnu. [Le centre de Boisbriand] nous permettra de construire une solide fondation et d’avancer rapidement. »

Le SpaceJet de Mitsubishi en bref

  • Avions de 76 à 81 places
  • Programme lancé en 2007
  • Sept ans de retard
  • Entrée en service prévue en 2020 ou en 2021
  • Coûts de développement : au moins 5,5 G$ US