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Transition parentale

La première journée, j’ai pleuré. Pas parce que j’avais peur pour lui, mais parce que je me sentais coupable de laisser à d’autres le soin de lui enseigner.

bloc bébé enfant
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Ça y est, je suis de retour de mon congé parental. Dix mois à m’occuper à temps plein de mon fils, à être une «géo», à m’inquiéter pour ses nuits, ses activités dans le jour, à jongler avec les ingrédients pour introduire les aliments et favoriser son éveil. Surtout, 10 mois à apprendre à le connaître, à le câliner, pour le laisser tranquillement se décoller.   

Il a fait son entrée en CPE dernièrement et cela nous a pris un mois pour qu’il puisse faire une journée complète. Entre le pieds-mains-bouche, le rhume et la poussée dentaire, l’adaptation à ce nouvel environnement lui a pris du temps.   

Moi qui prévoyais du temps pour moi, j’ai eu un choc. Pourtant, je suis au courant des difficultés des transitions. J’ai étudié et enseigné le développement de l’enfant. Mais vivre une réalité nous permet souvent de tester les théories.  

  

Culpabilité parentale  

La première journée, j’ai pleuré. Pas parce que j’avais peur pour lui, mais parce que je me sentais coupable de laisser à d’autres le soin de lui enseigner. Je me suis ressaisie depuis et je le vois tranquillement créer de nouveaux liens avec ses éducatrices, et je le trouve beau.   

Cependant, j’avais toujours un petit pincement au cœur. Jusqu’au jour où un monsieur m’a arrêtée dans la rue pour me dire à quel point il trouvait ça beau, une maman avec son enfant.   

Il voulait valoriser le fait que j’étais une maman à la maison qui s’occupait de son petit, pas comme les autres ingrates qui vont travailler. Le pauvre, il a frappé à la mauvaise porte. Poliment, je lui ai dit que les femmes avaient fait de belles avancées, que grâce à leur entrée sur le marché du travail, l’économie du Québec se porte mieux qu’ailleurs et que je comptais bien y retourner, moi aussi, apporter ma contribution. De plus, on va se le dire, avoir 11 enfants, comme il me le suggérait, quand le premier est arrivé à mes 37 ans, c’est tout un contrat.   

Cette conversation impromptue m’a rassurée et m’a surtout libérée de cette culpabilité parentale que je portais malgré mes convictions profondes d’émancipation féminine.  

Abnégation parentale  

Donner naissance à un enfant, c’est déjà faire un sacrifice énorme de son temps, de son énergie et de soi-même. J’étais de ceux qui se disaient que ça ne serait pas si pire que ça. Que j’arriverais à faire quand même certaines tâches et blogues tout en m’occupant à temps plein d’un tout-petit.   

Aujourd’hui, je ris de ma naïveté. Mon fils n’est pas un enfant difficile, il peut s’amuser seul, mais il requiert quand même de l’attention, il a seulement 10 mois. Depuis qu’il a fait son entrée au CPE, il attrape tous les virus qui passent et nous devons, mon conjoint et moi, prendre beaucoup de temps pour le soigner et le rassurer. Je n’ose même pas imaginer l’année à venir et le nombre de congés que je devrai prendre, ça m’étourdit. Je me demande comment font les parents qui travaillent en entreprise, qui n’ont pas la latitude que j’ai pour travailler à la maison. Le gouvernement a beau avoir ajouté des journées d’obligations familiales, ces 10 journées, à la vitesse où se propagent les virus, seront vite écoulées. On va se le dire, il reste encore beaucoup à faire pour permettre une réelle adéquation entre la vie familiale et professionnelle, surtout dans les premières années de vie de l’enfant.