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Apport d’oxygène aux patients: un appareil «révolutionnaire» développé à Québec

Le FreeO2 ajuste en continu la dose d’oxygène au patient et promet de diminuer les coûts de santé

Apport d’oxygène aux patients: un appareil «révolutionnaire» développé à Québec
Photo Jean-François Desgagnés

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En automatisant l’apport d’oxygène aux patients, une entreprise de Québec s’apprête à créer une véritable révolution dans le domaine des soins de santé avec son appareil développé à l’IUCPQ.

OxyNov vient d’obtenir l’approbation de Santé Canada pour la mise en marché du FreeO2. À partir du traditionnel capteur au bout de l’index, le FreeO2 mesure le taux d’oxygène dans le sang à toutes les secondes et ajuste en continu le niveau requis par le patient.

Il procure également d’autres données, telles que le rythme cardiaque et la fréquence respiratoire. À la fine pointe de la technologie, il permet aussi à l’équipe médicale de suivre à distance le patient.

Dr François Lellouche
Photo Jean-François Desgagnés
Dr François Lellouche

«Il a été développé au complet à IUCPQ et il va révolutionner la façon dont l’oxygène va être utilisé par les équipes médicales dans le futur. Il fait rayonner notre institution, notre université et la région de Québec à la grandeur de la planète. C’est un accomplissement majeur», a estimé le Dr François Maltais, directeur de recherche en pneumologie à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ). 

Deux médecins et chercheurs de l’IUCPQ ont créé l’entreprise OxyNov et codéveloppé la machine; les Dr François Lellouche et Erwan L’Her. Ce dernier est depuis retourné au centre hospitalier de Brest, mais il continue à participer au développement avec une équipe en France.

Dr François Lellouche et son patient Jacques Millot
Photo Jean-François Desgagnés
Dr François Lellouche et son patient Jacques Millot

Un remède

«L’oxygène est le médicament le plus utilisé, devant les antibiotiques et les bronchodilatateurs, lance le Dr Lellouche. Depuis 2010, de plus en plus d’études démontrent que l’oxygène peut augmenter la mortalité dans certaines circonstances si on en donne trop. Les pédiatres savent depuis les années 1940 que trop d’oxygène peut causer des problèmes de cécité chez les enfants. Il est donc important d’en donner la bonne dose et de le considérer comme un médicament.» 

L’appareil utilisé actuellement pour contrôler l’apport en oxygène a été inventé en 1910. Il doit être réglé manuellement, une charge importante de travail pour les infirmières estime le Dr Lellouche. En autogérant l’oxygène, l’appareil s’adapte aussi à l’effort physique et au degré de rétablissement du patient.

En plus de permettre le suivi à distance du patient, il diminue, dans plusieurs cas, de 30 à 50% le temps d’hospitalisation avec tous les effets qui y sont reliés; baisse des coûts et des listes d’attente.

Médecine 3.0

Jacques Milot, de Québec, a été le premier patient à profiter du retour précoce à la maison. Souffrant l’an dernier d’une pneumonie, il a été hospitalisé durant quelques jours avant de retourner à son domicile. Il a été sous oxygène à temps plein durant deux semaines et durant la nuit pour deux semaines supplémentaires.

 «Les données (de mon appareil) étaient envoyées par télétraitement au centre de recherche. On est monitoré 24 heures par jour. Je me sentais en sécurité. J’ai rapidement senti les bienfaits de l’appareil. C’était accompagné d’un programme d’exercices physiques avec une kinésiologue et un vélo stationnaire. Elle pouvait aussi me suivre par Facetime sur mon ordinateur et corrigeait mes exercices», raconte M. Milot.

«On développe une espèce de relation avec l’appareil. On devient curieux de voir les réactions sur notre taux d’oxygène en faisant de l’exercice par exemple.»

«Le moniteur a permis de découvrir que je faisais de l’apnée du sommeil, ce qui ne m’avait jamais été diagnostiqué. Je fais beaucoup de vélo et au début de ma pneumonie, je pensais que je ne serais plus en mesure d’en faire», ajoute M. Milot, qui se sent mieux aujourd’hui que lorsqu’il est tombé malade. 

Dans le cas d’une pneumonie comme celle de M. Milot, le Dr Lellouche estime que l’appareil peut réduire à deux ou trois jours une hospitalisation qui en aurait duré jusqu’à 10.

La bonne quantité

C’est pour parvenir à ce dosage parfait que le Dr Lellouche et son collègue ont mis sur pied leur entreprise. Ils ont d’abord travaillé avec des étudiants finissants en génie électrique à l’université Laval début 2009. Dès avril de la même année, l’équipe accouchait d’un premier prototype.

«Auparavant, la technologie n’était pas au point. Il fallait aussi une alchimie particulière. On a eu la chance d’être ici, d’avoir des bons jeunes ingénieurs, des pneumologues qui nous soutiennent depuis le début et il fallait trouver de l’argent», a expliqué le chercheur.

L’appareil actuel a vu le jour en 2016. Le Dr Lellouche estime qu’en tout une centaine de personnes au Québec et en France ont participé au développement technique. Une partie du développement a aussi été fait à Trois-Rivières. Actuellement, l’appareil est construit par une entreprise à Laval.

Il est déjà utilisé en Europe, où l’homologation est plus rapide. Environ 800 patients ont testé l’appareil.

Futur prometteur

La mise en marché au Canada n’étant pas encore complétée, le Dr Lellouche ne pouvait donner un prix auquel l’appareil serait vendu. Il estime à près de 10 millions de $ l’argent investi depuis le début. Une demande d’homologation a aussi été faite du côté des États-Unis.

«Nous avons commencé avec des anges investisseurs. Des collègues, des patients se sont ajoutés, et d’autres investisseurs», révèle le Dr Lellouche, qui estime que le financement a été le plus gros défi. Il a aussi pu profiter de l’aide de fonds de recherche, dont la Fondation de l’IUCPQ.

Bien que l’appareil sera disponible très bientôt au pays, il s’attend à ce que son adoption en milieu hospitalier ne se fasse pas immédiatement, «le temps de changer les pratiques».

L’appareil connaîtra d’autres phases de développement estime son cocréateur, qui constate que son équipe découvre continuellement de nouvelles applications.

Il pourra aussi remplacer certains instruments de monitoring actuellement utilisés, ce qui en diminuera le coût réel. L’entreprise travaille actuellement sur une version portative pour utilisation personnelle.

Le FreeO2 

  • Premier prototype en 2009 
  • Modèle actuel créé en 2016 
  • Homologation Canada 2019 
  • Développé au coût de près de 10 M$ 
  • Testé sur plus de 800 patients 
  • Diminution de la durée d’hospitalisation de 30 à 50 % 
  • Réduction des coûts de 20 %