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«Brèches» de Charlotte Gingras: être présente à toute chose

Charlotte Gingras
Photo courtoisie, Robert Desrosiers Charlotte Gingras

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Charlotte Gingras, lauréate de plusieurs prix pour ses romans en littérature jeunesse, raconte des fragments de son enfance à Québec et s’interroge sur le processus d’écriture et la nécessité d’être présente à toute chose pour créer, dans un carnet d’écrivaine intime, touchant et plein de vie, Brèches.

La belle écriture de Charlotte Gingras, son intériorité, sa capacité à ralentir le temps, par le choix des mots et le rythme des phrases, donne envie de prendre son temps et de savourer les petits plaisirs du quotidien.

«Brèches, c’est quelque chose qui s’est imposé à moi. Le dernier roman que j’ai écrit, No man’s Land, a été publié en 2014. Après, je me suis retrouvée sans projet», dit-elle. Prise de court, avec «zéro idées», elle a décidé d’écrire ce qui lui passait par la tête, sans idée précise de roman.

Les premières images qui lui sont venues à l’esprit ont été des souvenirs d’enfance. Charlotte Gingras a grandi à Québec – on reconnaît la ville, même si elle ne la nomme pas.

D’autres thèmes sont ensuite apparus. «Je prenais des notes sur mes classes de taï-chi – c’était mon quotidien», ajoute-t-elle.

«J’ai écrit avec des livres-amis à côté de moi, ce que je n’avais jamais fait. Des livres qui me parlaient, qui pouvaient dépasser ma propre pensée et aller plus loin. Souvent, je faisais des citations. C’est une écriture exploratoire.»

Un atelier d’écriture présenté par l’écrivain et comédien Robert Lalonde lui a apporté énergie et réconfort. «J’ai arrêté d’avoir peur, et ça m’a aidée à ouvrir sur toutes sortes d’autres thèmes : le quotidien, la nature, les arbres, les animaux... toutes les choses que j’aime.»

Double deuil

Brèches aborde aussi la question du deuil. «Pendant l’écriture, j’ai perdu mes deux sœurs. J’étais en deuil, donc ça paraît. On était trois filles. Je suis la plus jeune, et mes parents sont décédés depuis longtemps, donc je me suis retrouvée sur la première ligne. Et quand ça arrive, c’est comme un choc électrique. C’est comme si les gens qui m’ont connue ne sont plus là. Je n’ai plus de miroir.»

L’écriture l’a beaucoup apaisée et l’a ramenée dans le présent – elle évoque le fameux «chi», l’énergie vitale dont parle la spiritualité chinoise.

«Je cherchais la lumière. Je cherchais les moments où toutes les choses se réunissent, forment un tout, et où on est juste correct, à sa place, juste bien, comme illuminé, comme si tout à coup, tout prenait sens. Je cherchais ça, et écrire m’a aidée. L’écriture aide toujours.»


►Charlotte Gingras a été deux fois lauréate du Prix littéraire du Gouverneur général en littérature jeunesse.

►Elle a aussi remporté le Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal en 2009 pour Ophélie.

►Son premier roman adulte, No man’s Land, a été publié en 2014.

 

EXTRAIT

Charlotte Gingras
Photo courtoisie

«Assise au fond de la classe avec les pas bonnes, j’essaie de comprendre comment me comporter. Tous les matins, en entrant dans la classe, nous devons nous approcher du bureau de la maîtresse et dire bonjour, mademoiselle. À la fin de la journée, debout à côté des pupitres, nous lançons en chœur au revoir et merci, mademoiselle. Entre les deux, je ne me rappelle rien, sauf de l’odeur piquante de la poudre verte que le concierge répand dans les corridors.»

– Charlotte Gingras, Brèches, Lévesque Éditeur