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Le superman de la politique?

Simon Jolin-Barrette
Photo d'archives, Simon Clark Simon Jolin-Barrette

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Dans ma carrière, j’ai rencontré des politiciens de tous genres. Des brillants, des admirables, des veules, des authentiques et des cyniques. Dans une rencontre lundi dernier, le jeune ministre Simon Jolin-Barrette m’a impressionnée, je l’avoue. Par sa sincérité et sa détermination. Faudrait-il que je lui invente des failles pour plaire à ses détracteurs ?

« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». Ce vers de Corneille le décrit bien. À 32 ans, le leader parlementaire du gouvernement caquiste hérite de projets de loi explosifs. Il est responsable de l’immigration, de l’intégration et désormais de la francisation.

L’homme poli, réservé, a rougi lors de notre rencontre, trahissant une timidité, signe d’une sensibilité incandescente sous son apparence bon enfant.

Il appartient à une nouvelle génération de politiciens, mais à l’opposé des flamboyants ou des forts en gueule. C’est un studieux qui séduit par son sérieux, sa connaissance des dossiers et une détermination que certains qualifient d’arrogance.

Dauphin

François Legault a une affection particulière pour son jeune ministre qui fait preuve d’une loyauté, d’un courage, d’une assurance tranquille, et qui pourrait être son dauphin.

Il a compris qu’il était un garçon différent à onze ans. Le règlement de l’école imposait le silence aux élèves dans les corridors à l’entrée en classe. Or un jour, deux enseignantes se criaient d’un bout à l’autre du couloir. Le jeune Simon a interpellé sa titulaire. Pourquoi ces maîtresses avaient-elles le droit de parler bruyamment quand on obligeait les enfants à se taire ? Cette prise de conscience fut le début de son engagement contre l’injustice, assure-t-il.

Le ministre croit aux vertus de la politique. Pragmatique, il ne jure que par les débats d’idées. Il ne supporte pas la fourberie, la politicaillerie et la démagogie.

Il a mené un combat sans relâche en faveur de la laïcité sans se laisser impressionner par les attaques. Par ailleurs, il avoue que la violence verbale exprimée par certains députés à l’Assemblée nationale le rend inconfortable.

Nationaliste

Son nationalisme repose sur sa conviction profonde que les Québécois ne méritent pas d’être méprisés et humiliés. Le ministre n’a pas le complexe du minoritaire.

La rectitude politique l’irrite cependant. Rationnel, il tente de résister au louvoiement si fréquent chez les politiciens. Il se veut transparent et authentique.

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C’est un travailleur acharné, qui s’entoure à la fois de jeunes collaborateurs aussi allumés que lui et de gens d’expérience, car il croit à la sagesse.

Son respect des lois lui vient sans doute de son père policier. Mais sa passion pour la politique, il l’attribue à sa grand-mère. Il allait souvent manger, le midi, avec celle qui habitait près de son école. Elle était libérale, et il aimait la provoquer, dit-il avec un sourire qui en dit long sur son affection respectueuse pour elle.

Égalité des sexes

L’égalité homme-femme le préoccupe comme beaucoup de Québécois de sa génération. Il a voulu que sa petite fille porte seulement le nom de Jolin, qui est celui de sa propre mère. Il se sent coupable, dit-il, d’être si absent de chez lui. C’est la seule réserve qu’il exprime quant à sa carrière politique au point d’admettre qu’il comprend les politiciens qui abandonnent le métier à cause de leur famille.

Issu de la classe moyenne, il a vécu toute sa vie sur la rive sud de la métropole tout en travaillant comme avocat à l’Hôtel de Ville de Montréal. C’est peu dire qu’il n’a pas l’esprit du Plateau-Mont-Royal.

La future contestation devant les tribunaux de la Loi sur la laïcité aura de quoi perturber son sommeil. Mais il est discret sur le sujet. D’ailleurs, il s’épanche rarement, estimant peut-être qu’en politique les débordements émotionnels sont vite déplacés.

Le ministre Simon Jolin-Barrette au parcours quasi sans faute à ce jour est-il une exception ? Ou bien annonce-t-il une nouvelle manière respectueuse et idéaliste d’exercer le pouvoir ? Seul l’avenir le dira.