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«Kukum» de Michel Jean: l’histoire de son arrière-grand-mère

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Après avoir raconté la vie de sa grand-mère dans Elle et nous, l’écrivain, chef d’antenne et journaliste Michel Jean fait revivre dans Kukum, son nouveau roman, l’histoire hors normes de son arrière-grand-mère, Almanda Siméon. Et c’est toute l’histoire d’une région, de ses gens, qu’ils soient pionniers ou autochtones, qui s’illumine grâce à sa prose.

Michel Jean raconte, avec justesse et sensibilité, la vie de cette orpheline amoureuse qui n’hésitera pas une seconde à partager la vie des Innus de Pekuakami.

À 15 ans, elle dit au revoir à sa famille adoptive pour embrasser une existence nomade auprès de Thomas, un jeune homme solide, engagé, qui l’aime profondément. Almanda appren­dra la langue, les valeurs ancestrales, la vie des Innus.

Inspiré par les histoires émouvantes qui lui ont été racontées par sa famille et par ses recherches documentaires, Michel Jean a recréé une époque, une atmosphère, en décrivant la beauté du lac Saint-Jean, mais aussi les drames vécus par ceux qui vivaient sur ses berges.

Cette histoire, il fallait qu’il l’écrive. «C’est devenu obsédant, avec le temps, commente-t-il. À travers toute l’histoire d’Almanda, c’est aussi la fin d’un mode de vie traditionnel et ses conséquences que je raconte. C’est pas juste dans le passé, c’est aussi dans le présent, et ça explique des choses.»

C’est aussi l’histoire de Roberval et d’Alma qu’il évoque. «Roberval était un boom town : il y avait un hôtel presque aussi gros que le Château Frontenac. Ils ont connu un âge d’or, et l’exploitation excessive des ressources a mené à son épuisement. Je raconte comment les deux communautés ont vécu cela.»

«Un très fort caractère»

Michel Jean a connu son arrière-grand-mère, décédée en 1976, quasi­­­ centenaire, mais ne l’a pas vue souvent. «J’ai bâti le tempérament d’Almanda à partir de ce que tout le monde en disait. Les plus vieux se souviennent encore très bien d’elle parce qu’elle avait un très fort caractère. Elle parlait. Elle ne se privait pas de se mêler de politique. Après qu’ils eurent été sédentarisés, elle a insisté pour qu’ils apprennent à faire de l’artisanat, pour ne pas que les méthodes, le savoir, la culture se perdent.»

Michel Jean a vécu de grandes émotions en écrivant Kukum. «Je me sentais proche d’elle. Je me sentais la responsabilité de bien décrire les choses parce que ce n’est pas juste mon histoire à moi : c’est celle de toute ma famille. La réalité que je décris, c’est celle des Innus en général. Cette histoire permet de raconter celle, plus large, de tout un peuple.»

Pour lui, Almanda était une femme forte, éprise de liberté. «Elle ne se voyait pas vivre sur une ferme. Elle n’a pas eu peur de partir à l’aventure. Il y a beaucoup d’hommes qui se sont mariés à des autochtones — les coureurs des bois. À mon avis, Almanda, c’est une coureuse des bois à sa manière, qui a adopté le mode de vie autochtone et qui a été adoptée par les autochtones. C’est peut-être la seule de toute l’histoire du Québec.»

Vie romanesque

Almanda a eu une vie romanesque et son histoire d’amour avec Thomas a duré.

«C’est un personnage qui tranche avec le reste de sa société, et avec son siècle. Je pense que c’était une femme assez différente des autres femmes de son époque. Elle avait une volonté de fer et elle a tracé son chemin elle-même. Elle l’a fait par amour, et par amour de la liberté.»


► Michel Jean est écrivain, chef d’antenne et journaliste d’enquête à TVA. Il a écrit huit livres.

► C’est un Innu de la communauté de Mashteuiatsh. Ses origines autochtones résonnent dans plusieurs de ses écrits, dont le collectif Amun, qu’il a dirigé et qui sera bientôt offert au Canada anglais et en Allemagne.

EXTRAIT

<b><i>Kukum</b></i><br>
Michel Jean, Éditions Libre Expression, 224 pages
Photo courtoisie, Éditions Libre Expression
Kukum
Michel Jean, Éditions Libre Expression, 224 pages

«Il parlait à peine le français et moi, pas encore l’innu-aimun­­­. Mais ce soir-là, sur la plage, enveloppée des arômes de viande grillée, du haut de mes quinze ans, pour la première fois de mon existence je me sentais à ma place. J’ignore comment l’histoire de notre peuple se terminera. Mais pour moi, elle commence par ce repas, entre la forêt et le lac.»

– Michel Jean, Kukum, Éditions Libre Expression