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Pauline et Gérald

Ton métier, le mien, le Québec, Pauline Julien et Gérald Godin, Éditions Leméac
Photo courtoisie Ton métier, le mien, le Québec, Pauline Julien et Gérald Godin, Éditions Leméac

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Les gars de ma génération qui ont fréquenté les boîtes à chansons dans les années soixante, nous étions tous en amour avec Pauline Julien. Elle chantait avec son cœur mais aussi avec ses tripes. J’ai revu Pauline, lorsqu’elle habitait dans l’ouest de la ville, près de la rue Côte-des-Neiges, dans la maison qu’elle partageait avec Gérald Godin et qui servait également de bureau et d’entrepôt des éditions Parti pris.

C’est là que j’ai été initié au métier de correcteur, par le poète Gilbert Langevin, alors que je corrigeais sur galées les premières épreuves du livre Le lundi de la matraque. J’étais complètement baba de côtoyer deux héros, Pauline la pasionaria et Gérald l’intellectuel engagé. J’ai revu Pauline et Gérald à Paris durant mon exil. J’ai entretenu une correspondance épisodique avec l’une et l’autre. Éditeur, j’ai publié un récit de voyage, Népal : L’échappée belle, puis les trente-deux chansons écrites par Pauline, dans un ouvrage de Michel Rheault intitulé Les voix parallèles de Pauline Julien, et finalement un récit autobiographique, Il fut un temps où l’on se voyait beaucoup. Inutile de dire que je les aimais beaucoup.

Véritable régal

Ces « fragments de correspondance amoureuse et politique (1962-1993) », découverts par hasard dans les archives de la BAnQ, plus de 70 lettres parmi les 456 nouvelles lettres, démontrent, si besoin en est, que nous avons affaire à deux doués de la parole et de l’image. C’est un véritable régal que de lire leurs échanges épistolaires, aussi fous que l’était l’époque où ces lettres s’inscrivent. « Brûlez-vous la cervelle, écrivez des articles qui ne tiennent ni debout ni couché. Mouchez-vous avec votre chemise », écrit Pauline à son Gérald.

On sent chez eux un réel besoin d’écrire, de communiquer. Ces lettres existent pour raconter la vie, leurs joies, leurs peines, et surtout l’amour. L’amour fou, l’amour passion, l’amour qui dévore, qui arrache des cris, des soupirs, des doutes, des larmes, l’amour quand l’autre est loin, car ces deux-là seront souvent séparés, en raison de leur travail — d’où le titre : Ton métier, le mien, le Québec —, surtout Pauline, qui se promène d’une scène internationale à une autre. Et elles servent à ça, aussi, les lettres, à dire la douleur de l’absence, à mesurer la profondeur de l’amour, à combler l’absence de l’être cher.

Ces lettres témoignent également d’une époque aujourd’hui révolue. La passion est dans l’amour, mais aussi dans la quête du pays avec ses artistes engagés, les Miron, Giguère, Chamberland, Maheu, qui gravitent autour de la revue Parti pris. Dans ces lettres défilent des cinéastes, des peintres, des chanteurs, le FLQ, des militants de la première heure. Je dis « époque aujourd’hui révolue » parce que plusieurs de ces acteurs sont décédés et que la relève se fait attendre, parce qu’on ne trouve plus cette si ardente passion, cette ferveur qui semblait couler de source. Époque révolue alors que des poètes et des écrivains refusaient le prix du Gouverneur général et sa bourse.

On assiste en direct à la mort de l’hebdomadaire Québec-Presse. « C’est une tragédie. J’étais au bord des larmes mercredi matin. La grande aventure, la guérilla journalistique, la liberté d’expression absolue, le jeu politique avec les centrales : toute cette dynamique qui a été très profondément ma vie pendant cinq ans venait d’être balayée. » En direct également la victoire de Gérald contre Bourassa, le 15 novembre 1976. « Je crois que je vais faire un bon député. Parce qu’il y a beaucoup d’amour en moi. » Et Pauline, celle qui « se tient debout », affirme que jamais elle ne sera « la femme du député », revendiquant du coup un autre statut.

Un livre émouvant qui redonne le goût de l’amour et du pays. Je tiens à signaler une erreur qui me concerne : À la note 97, page 149, il est dit que le livre Il fut un temps où l’on se voyait beaucoup, a été publié par les éditions Leméac, alors que c’est ma maison, Lanctôt éditeur, qui l’a fait.

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Yvon Rivard, Éditions Leméac

 

Cet ouvrage s’adresse surtout aux professeurs du cégep, ce lieu où l’on est censé connaître « tout d’une chose », selon l’expression de Pascal. Yvon Rivard livre un vigoureux plaidoyer en faveur de l’institution du savoir, celui qui s’enseigne à l’intérieur de murs conçus à cet effet, entre un élève avide d’apprendre et un professeur, cet éveilleur du désir d’apprendre. Mais Yvon Rivard s’adresse également à ces écrivains en herbe, à ceux qui sont tentés par l’expérience littéraire, qui devront « faire de la lecture et de l’écriture les deux versants d’une même expérience de l’être qui consiste tantôt à essayer de contenir ce qui nous excède, tantôt à nous y abandonner comme à notre part la plus vraie, la plus intime ».

Perdre la Terre

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Nathaniel Rich, Éditions du Seuil

 

Est-il déjà trop tard ? On savait déjà, il y a trente ans, en 1979, ce qui nous guette aujourd’hui avec les changements climatiques : fonte des glaciers, montée des eaux, érosion des berges, multiplication des phénomènes climatiques destructeurs, sécheresse et dévastation, disparition d’espèces végétales et animales, etc. Pourtant nous n’avons rien fait, nous dit l’auteur, nous avons préféré nous boucher les yeux et les oreilles. Il est donc normal que des plus jeunes que nous disent craindre le pire et lancent des cris d’alarme. « À un moment donné, peut-être pas si lointain, la peur des jeunes l’emportera sur celle des vieux. Et bientôt, les jeunes posséderont assez de pouvoir pour agir. » C’est à souhaiter.