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Trump aimerait garder les snowbirds deux mois de plus

Plus d’un million de Québécois vont chaque année sous le soleil de la Floride

Danny Bélanger
Photo courtoisie, Danny Bélanger Le résident de Lachenaie Danny Bélanger passe six mois par année en Floride dans un complexe de North Miami Beach, où 90 % des 150 condos sont occupés par des Québécois comme lui. Sur la photo, on le voit devant son condo.

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Québec pourrait perdre au change si les snowbirds acceptent l’offre de Donald Trump de passer deux mois de plus par année en Floride pour faire rouler l’économie américaine... plutôt que la nôtre.

« En tant que snowbird, c’est vraiment plaisant de passer cinq jours sur la plage et d’avoir notre fonds de pension qui rentre tout le temps », lance Danny Bélanger, un retraité québécois de 61 ans de North Miami Beach.

Comme lui, plus d’un million de Québécois fréquentent chaque année les plages chaudes de la Floride. « Si ça passe [le projet de loi], ça deviendrait quasiment notre résidence principale. On retournerait au Québec quatre mois, et on reviendrait ici huit mois », ajoute-t-il.

50 ans et plus

Jeudi dernier, le sénateur républicain de Floride, Marco Rubio, a déposé le projet de loi « Canadian Snowbirds Act » pour que les Canadiens de 50 ans et plus, qui possèdent ou louent une résidence là-bas, puissent rester deux mois de plus, soit huit plutôt que six.

​Une bénédiction pour les snowbirds qui voient « la Floride comme un paradis », selon l’administratrice de la page Facebook « La Floride de Marie », Marie Poupart.

Vache à lait

Or, pour les Américains, les snowbirds canadiens sont une vraie vache à lait. Ils injectent 6,5 milliards $ dans l’économie par année, une mine d’or pour l’État.

Mais le projet de loi qui fait saliver les snowbirds et les élus américains pourrait priver les coffres du gouvernement du Québec d’une partie de l’argent que ces retraités dépensent chez nous en ce moment.

« Si l’argent est dépensé dans une autre juridiction, les taxes sont dépensées là-bas, et non pas ici », souligne Martin Caron, directeur principal en fiscalité et mobilité internationale chez Raymond Chabot Grant Thornton.

Selon lui, le projet de loi ne devrait pas avoir d’impact sur les impôts, mais bien sur les taxes. « Prenez les deux mois supplémentaires multipliés par le nombre de personnes qui vont séjourner plus longtemps en Floride, vous obtiendrez des recettes de taxes de vente qui sont moins élevées pour le Canada et le Québec », illustre-t-il.

Une vision que nuance le directeur du Québec de l’Association canadienne des Snowbirds (ACS), James Leroux. « On est d’accord qu’il y aurait des pertes monétaires avec le nombre de snowbirds à travers le Canada, excepté que le gros avantage, c’est que l’on ne bloque pas les cliniques durant l’hiver », répond-il du tac au tac.

M. Leroux souligne que les snowbirds sont libres de faire ce qu’ils veulent avec leur argent. « Le fait que l’on paye nos impôts au Canada et au Québec, ça nous donne le privilège de faire ce que l’on veut avec notre vie », insiste-t-il.

Assurance maladie

Même son de cloche chez le directeur de la Chambre de commerce Canada Floride, Maxime Veillette. « Je ne crois pas que c’est de l’argent qui va partir et qu’il y aura un manque dans l’économie du Québec », analyse-t-il.

Pour Paul Arseneault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat et directeur du Réseau de veille en tourisme, la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) devra étirer sa protection de six à huit mois pour éviter que les snowbirds soient pris à payer des factures salées de soin de santé... Sans ce changement beaucoup resteront ici.

Questionné à ce sujet, Alexandre Lahaie, attaché de presse de la ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Danielle McCann, a fermé cette porte. « Pour le moment, nous maintiendrons les règles actuelles du six mois », a-t-il indiqué.