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Croire aux indépendants

Jody
Photo Guillaume St-Pierre Hailey Hunter, Erika Thompson et David Cowling ont été séduits par le discours de Jody Wilson-Raybould.

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VANCOUVER | Plus d’une centaine de personnes font déjà la file devant l’imposante cathédrale St. George, dans le quartier grec de Vancouver. Dans environ une heure, une élue pas comme les autres montera sur scène.

Dans la rangée qui longe le bâtiment, un trio dans la mi-vingtaine bavarde près des palmiers. Ils sont parmi les plus jeunes du groupe.

Hailey, Erika et David sont venus entendre l’ex-ministre libérale Jody Wilson-Raybould et son alliée Jane Philpott, à l’occasion d’un premier grand rassemblement politique organisé par les candidates indépendantes.

Les deux femmes ont claqué la porte du cabinet des ministres de Justin Trudeau, avant d’être expulsées de la famille libérale, dans la foulée de l’affaire SNC-Lavalin.

Le jeune trio approche la trentaine, habite en ville et est particulièrement soucieux d’environnement et de justice sociale. Il forme l’électorat type qui a contribué à la victoire de Justin Trudeau il y a quatre ans.

« Je voulais n’importe qui, sauf le Parti conservateur. Et Trudeau semblait être le meilleur choix pour le remplacer », résume David Cowling, 27 ans.

Les libéraux devront encore une fois séduire un important contingent de milléniaux comme David et ses amies, s’ils souhaitent conserver le pouvoir, le 21 octobre prochain.

Mais à les entendre, rien n’est moins sûr. « J’ai été très déçue des décisions de Justin Trudeau quant à l’environnement », partage Hailey Hunter.

Erika Thompson déplore quant à elle l’abandon de la réforme électorale, qui devait aboutir à une forme de proportionnelle.

Choix déchirant

Les trois amis songent donc à faire un choix radicalement différent, déchirant même, en offrant leur soutien à la candidate indépendante Wilson-Raybould.

Dans notre système politique, les députés indépendants ont peu de moyens et leur pouvoir est limité. Hailey, Erika et David en sont bien conscients.

Ils ont besoin d’être rassurés.

La circonscription de Vancouver Granville est située à un jet de pierre du centre-ville. Elle offre une mixité surprenante entre la rue Main, jeune, branchée, un brin hipster, et ses luxueux quartiers plus à l’ouest où les voitures de luxe défilent les unes après les autres.

Lorsque la soirée commence, environ 250 personnes se trouvent à l’intérieur du centre communautaire adjacent à la cathédrale. La foule regroupe des proches et des fidèles des deux femmes, mais aussi de nombreux curieux.

Une invitée surprise réchauffe la salle : la chef du Parti vert, Elizabeth May. Sa présence étonne puisque son parti présente sa propre candidate...

Dans leurs discours, Mmes May, Philpott et Wilson-Raybould font abondamment référence aux mots « intégrité », « éthique » et « honnêteté ».

« Si “être difficile”, c’est de défendre son intégrité, alors je n’ai aucun problème avec cette étiquette », a lancé Jody sous les applaudissements, en référence à ceux qui les ont accusées de ne pas « jouer en équipe ».

Lutte serrée

Malgré tout, l’ancienne leader autochtone est loin de faire l’unanimité dans cette circonscription de Vancouver. Les sondages la placent au coude-à-coude avec son adversaire libéral Taleeb Noormohamed.

Ce dernier assure que l’affaire SNC-Lavalin est rarement mentionnée lors de son porte-à-porte. « Ce qui préoccupe les gens ici, c’est le climat, le logement et la santé », affirme-t-il en entrevue dans son local de campagne.

Nos conversations avec une douzaine d’électeurs croisés dans la rue semblent lui donner raison.

« Je ne voterai pas pour elle, lance sans ambages Marie-Hélène Rolland, une Québécoise installée sur la côte ouest depuis 10 ans. Je n’ai pas aimé son attitude durant l’affaire SNC. »

Pour la mère de famille, le coût de la vie constitue la principale préoccupation.

Dans le coin des indépendants

Lorsque les lumières se sont rallumées à la fin du rassemblement politique, Hailey, Erika et David avaient fait un pas de plus vers le camp des indépendants.

« J’ai été convaincue par leurs discours, particulièrement lorsqu’elles parlaient du pouvoir des femmes en politique », soutient Mme Thompson.

Elle aussi sous le charme, Hailey Hunter est toutefois moins pressée de faire le saut.

« Je me suis souvent sentie trahie par les politiciens. Ce qu’elle dit est de la musique à mes oreilles, mais je dois m’informer davantage pour savoir qui elle est vraiment. »