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À 31 ans, elle se découvre cinq demi-soeurs

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TOULOUSE | D’abord une, puis deux, puis cinq. Cassandre*, une Française de 31 ans, est dépassée : après des tests ADN, elle a découvert en deux ans l’existence de ses demi-sœurs, toutes nées d’une procréation médicalement assistée (PMA), et craint qu’il y en ait « des dizaines d’autres ».

Son inquiétude s’exprime peu avant l’examen qui s’annonce animé par les députés français de la première grande réforme sociétale du président Emmanuel Macron : l’extension de la PMA, aujourd’hui réservée aux couples hétérosexuels et motivée par des raisons médicales, à toutes les femmes, seules ou en couple.

« J’ai toujours eu des doutes sur ma filiation, je suis très brune par rapport à ma famille », raconte la jeune femme à l’AFP. À 22 ans, Cassandre questionne sans relâche ses parents qui finissent par lui avouer que, le père étant stérile, sa sœur aînée, son petit frère et elle ont été conçus par don de sperme.

« Un séisme » dans la vie de l’étudiante en droit, qui confie avoir eu l’impression de perdre d’un coup une partie de son identité.

La loi française encadrant la PMA été promulguée en 1994. Un enfant sur trente (3,4 %) en France est aujourd’hui conçu grâce à une technique de PMA, qu’il s’agisse d’une fécondation in vitro ou d’une insémination artificielle.

« Mais la pratique existait sans encadrement légal depuis l’après-guerre », affirme Cassandre, expliquant avoir été conçue dans un cabinet de gynécologie privé à Toulouse, dans le sud-ouest de la France, avec du sperme d’un donneur rémunéré.

« À l’époque, les médecins disaient aux parents de garder le secret. Une PMA visait à “réparer la fierté du père stérile” », souligne-t-elle.

Un premier test ADN (illégal en France mais possible grâce à des sociétés américaines) lui permet de se découvrir des origines italiennes. Puis un « déclic se produit », qui la pousse à aller plus loin : l’attentat islamiste de Nice (86 morts), auquel elle réchappe en 2016.

« Irresponsabilité »

Elle réalise alors trois autres tests ADN et accède à plusieurs bases de données. 

La première découverte a lieu en 2018. « Une fille me contacte, m’envoie sa photo et là, c’est l’électrochoc, c’était mon clone », se souvient Cassandre. Leur ADN ne laisse aucune place au doute : elles sont demi-sœurs.

En juin dernier, une deuxième jeune femme se manifeste, avec deux petites sœurs, toutes les trois issues du même donneur. Et mi-septembre, les résultats d’une cinquième jeune femme tombent : pareil.

Heureuse de s’être trouvée des « sœurs bonus », Cassandre est aussi inquiète.

« Avec ma sœur aînée, ça fait sept femmes issues du même donneur. Et sachant que la plupart des personnes de notre âge nées d’une PMA ne le savent pas, et que peu de gens font des tests, je crains qu’on soit des dizaines de demi-frères et sœurs à Toulouse », s’affole-t-elle, accusant le gynécologue « d’irresponsabilité ».

« Je l’ai appelé. La première fois il m’a raccroché au nez. La deuxième il m’a dit qu’il ne se souvenait de rien ».

La jeune femme, aujourd’hui célibataire, a une hantise : se mettre, sans le savoir, en couple avec un demi-frère. « Si je me fais draguer par un homme brun de Toulouse, je ne vais pas plus loin ».

« Petits bouts d’identité »

« Ca n’arrivera probablement jamais parce que je fais attention, mais ceux qui ne savent pas ? Et puis avec la prochaine génération de nos enfants, c’est ingérable », lance-t-elle.

Mais surtout, pour elle, la quête n’est pas finie : elle veut retrouver l’homme avec qui elle partage la moitié de son ADN.

« Je ne veux pas d’un père, j’en ai déjà un. J’aimerais juste récupérer des petits bouts d’identité, mettre un visage sur cet homme pour comprendre à qui je ressemble, et peut-être même le rencontrer s’il est d’accord ».

Elle se sent parfois incomprise dans sa démarche, et déplore aussi que le sujet reste tabou. « La preuve, aucune de mes demi-sœurs n’a accepté de témoigner ». Au-delà de son noyau familial, personne ne sait non plus que Cassandre est issue d’une PMA.

La jeune femme, qui milite au sein d’une association d’enfants issus d’une PMA, se félicite que le projet de loi bioéthique examiné à partir de mardi par les députés français prévoie notamment le droit pour les enfants à naître d’accéder à leur majorité à l’identité du donneur. C’est aujourd’hui impossible puisque l’anonymat est l’un des piliers du don de sperme en France.

Mais pour les enfants nés avant cette réforme, « l’accès au donneur ne pourra avoir lieu que si ce dernier se manifeste par initiative propre », regrette Cassandre.


*Le prénom a été modifié.