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Les conseils d’un «gosseux de poils de grenouille»

Daniel Green
Photo Antoine Robitaille Daniel Green

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Si jamais l’écologiste Steven Guilbeault devenait ministre de l’Environnement d’un gouvernement libéral après le 21 octobre, il devrait toujours avoir en poche une lettre de démission.

C’est le conseil du bien nommé Daniel Green, candidat du Parti vert dans Outremont et militant depuis des décennies.

Le candidat Guilbeault l’est aussi depuis longtemps, mais il a choisi une voie plus susceptible de le conduire au pouvoir : briguer les suffrages pour le PLC.

Truc de Léger

Pourquoi une telle lettre? Parce qu’un ministre de l’Environnement est considéré par les autres membres du gouvernement comme un emmerdeur.

On le bombarde de demandes de compromis.

Dans son local électoral, avenue du Mont-Royal, Daniel Green rappelle avec plaisir l’anecdote (peut-être romancée, convient-il) au sujet du premier des ministres de l’Environnement du Québec (1976-1981), Marcel Léger. «On dit qu’il se promenait avec sa lettre de démission qu’il réécrivait tous les lundis. Tout ce qu’il avait besoin de faire, c’est de regarder Lévesque et de pointer sa poche.»

Dans cette élection à l’ère de l’«urgence climatique», chaque parti ou presque veut être plus vert que les autres : les verts, le NPD, le Bloc, les libéraux.

Cela contraste avec la première entrevue que j’avais faite avec M. Green, pour Voir, à l’occasion des élections fédérales de... 1993.

À l’époque, les sondages indiquaient que la question de l’environnement ne préoccupait «plus la population autant que par le passé». Green, qui était alors président de la Société pour vaincre la pollution le constatait : «La vague s’est résorbée.»

Lucide

Vingt-six ans plus tard, tout le monde se veut vert, mais Daniel Green a l’honnêteté de dire : «Le Parti vert ne va pas former une majorité en chambre.»

Le pouvoir «a quelque chose d’illusoire», soutient-il, rappelant qu’après la politique, Lise Payette a écrit un livre intitulé Le pouvoir, connais pas. Et les verts n’y sont souvent pas heureux. «Pensons à Nicolas Hulot en France ou à Luc Ferrandez à Montréal», note Green.

Les temps ont certes changé, mais périodiquement, des politiciens s’en prennent aux verts dans des termes rappelant la fameuse expression de l’ancien ministre Guy Chevrette : «Gosseux de poils de grenouille.» La caquiste Suzanne Dansereau se moquait tout récemment des défenseurs des rainettes dans son comté.

Daniel Green réplique que les écolos veulent protéger la biodiversité pour protéger l’être humain. Chaque espèce rend des services à son milieu. «Le chevalier cuivré, par exemple, est un grand prédateur des moules zébrées.»

Enfin, Green est un «aptonyme» (nom prédestiné) parfait. Dans un procès, un avocat l’a déjà accusé d’avoir changé son nom «pour la cause». Il avait même dû sortir son permis de conduire pour prouver que c’était son vrai patronyme.

Mais souvent, c’est pratique. Dans le porte-à-porte, l’une de ses lignes c’est : «Au Parti vert, on rend l’élection facile avec un code de couleur, “Vote green for green”.» D’ailleurs, le PV a trois autres candidats portant le nom de Green! Robert, Arthur et Judy.