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Notre rôle dans la guerre civile américaine

Lincoln conférant avec des généraux
Photo Wikipedia Lincoln conférant avec des généraux

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Rassurez-vous, je ne parle pas des tensions actuelles aux États-Unis, mais bien de la guerre de Sécession. Notre voisin en vit encore aujourd’hui les séquelles dans l’antagonisme exacerbé qui oppose les États bleus aux États rouges. Vous allez me dire que tout cela est bien loin de nous dans l’espace et dans le temps. Pas tant que ça. Montréal était un nid d’espions confédérés !  

En 1863, le président sécessionniste Jefferson Davis a envoyé le lieutenant colonel Jacob Thompson à Montréal pour diriger des opérations secrètes contre le pouvoir fédéral américain. Effectivement, quelques mois plus tard, un détachement de soldats confédérés commandés par le lieutenant Bennett Young partit de Montréal pour attaquer et occuper la ville de Saint Albans au Vermont, pillant les trois banques de la localité de plus de 200 000$. Les soldats sudistes se sont ensuite repliés sur Montréal où ils ont été arrêtés à la demande des États-Unis.  

Un juge montréalais a décidé que parce qu'ils étaient en service commandé, le Canada, officiellement neutre, ne devait pas les extrader. L’objectif du raid était de forcer Washington à détourner des troupes fédérales pour protéger la frontière nord des États-Unis et aussi de recueillir des fonds pour le trésor des confédérées. D’ailleurs les autorités coloniales britanniques n’ont remis que 88 000$, soit moins de la moitié de l’argent volé aux Américains. Le reste avait sans doute déjà servi à financer d’autres activités d’agents secrets confédérés opérant ici, parmi lesquelles se trouvait John Wilkes Booth le futur assassin du président Lincoln.  

Si les élites anglo-montréalaises sympathisaient avec les sudistes, les francophones canadiens appuyaient l’Union. Selon Jean Lamarre, professeur au Collège militaire royal de Kingston, entre 10 000 et 15 000 Canadiens français se sont portés volontaires du côté nordiste dans la guerre de Sécession. Mille d’entre eux sont morts au combat et près 1500 ont été blessés. À la fin de la guerre en avril 1865, les enrôlés canadiens-français se sont vu offrir des terres gratuites et un grand nombre d’entre eux s’installèrent aux États-Unis.  

Mais nos cousins de Louisiane, eux, combattaient de l’autre côté. C’est même le plus illustre d’entre eux, le général Pierre Beauregard, qui a déclenché la guerre de Sécession le 12 avril 1861 en donnant l’ordre de bombarder Fort Sumter à Charleston en Caroline du Sud aux mains des forces fédérales. Il venait pourtant tout juste d’être nommé commandant de l’académie militaire (fédérale) de West Point... Fils d’un planteur louisianais, Pierre Beauregard n’a appris l’anglais qu’à l’âge de 12 ans. Ses parents l’avaient envoyé étudier à New York pour qu’il l’apprenne.  

Les sudistes lui doivent la victoire de la première bataille de Bull Run, trois mois après le début des hostilités. Son plus grand triomphe a été de bloquer en juin 1864 l’avance des forces fédérales à Petersburg en Virginie et ainsi sauver Richmond, la capitale confédérée.  

En avril 1865, le général Beauregard et son commandant, le général Johnston, ont convaincu Jefferson Davis et son cabinet de mettre fin aux hostilités. La paix revenue, Beauregard s’est fait le défenseur de l’extension du droit de vote aux Afro-américains. Malgré cela, le monument honorant sa mémoire été déboulonné de son socle à La Nouvelle-Orléans en 2017.  

Après l’effondrement des États confédérés, leur président, Jefferson Davis, a trouvé refuge ici à Montréal, accueilli par James Lowell, l’éditeur bien connu du bottin des adresses de la ville qui habitait rue Union où se trouve le magasin La Baie. Deux fils de Davis sont diplômés de l’Université Bishop de Lennoxville.   

Les suites financières de cette guerre se sont poursuivies jusque dans les années 2000 pour le gouvernement américain. La veuve d’un vétéran de la guerre de Sécession, Gertrude Grubb, a reçu jusqu’à son décès en 2003 à 93 ans une pension de veuve d’un ancien combattant de cette guerre qui s’était terminée 138 ans plus tôt! Elle avait marié John Janeway, un soldat nordiste en 1927, 62 ans après la fin de la guerre alors qu’il avait 81 ans et qu’elle en avait 18.  

Mais toutes les veuves de la guerre de Sécession n’ont pas été aussi choyées. La dernière veuve connue d’un vétéran de la guerre de Sécession, Maudie Hopkins, est décédée en 2008. À l’âge de 19 ans en 1934, elle avait épousé William Cantrell, âgé de 86 ans qui s'était enrôlé dans l'armée confédérée à l'âge de 16 ans.   

Elle ne recevait pas de pension de veuve parce que l’Arkansas, un des États confédérés, avait adopté une loi dans les années 1930 stipulant que les femmes qui se mariaient avec des vétérans de la guerre civile n’en seraient plus bénéficiaires. Des vieillards se servaient de cet incitatif économique pour convaincre de très jeunes femmes à les marier.