/news/health
Navigation

Première victoire contre la maltraitance en CHSLD

Une action collective a été autorisée par la Cour supérieure du Québec

Coup d'oeil sur cet article

 

 L’autorisation d’une action collective visant à obtenir jusqu’à 500 millions $ du gouvernement québécois pour les résidents maltraités en CHSLD est une première victoire pour donner le coup de barre dont ces établissements ont vite besoin, selon les demandeurs.  

 

 « Ça prend une sanction pour faire comprendre à toux ceux qui dirigent ces établissements-là que ce n’est pas une joke. Ils ont des services à rendre et ils doivent prendre tous les moyens possibles [pour y arriver] », tranche le président du Conseil de la protection des malades (CPM), Paul Brunet. 

Paul Brunet.
Conseil de la 
protection des 
malades
Photo courtoisie
Paul Brunet. Conseil de la protection des malades

 

 L’organisme est le demandeur devant le tribunal au nom des quelque 37 000 résidents des CHSLD gérés par l’État. L’action réclame jusqu’à 750 $ par mois, par résident, en dommages et intérêts, depuis juillet 2015.  

 ÉCOUTEZ l’entrevue de Marguerite Blais, sur QUB radio:

 400 inscriptions  

 

 La demande d’action collective avait été annoncée il y a un an, et depuis, près de 400 personnes s’y sont inscrites pour dénoncer leurs conditions de vie ou celles de leurs proches, souligne M. Brunet.  

 

 Dans sa requête, le CPM déplore « la honte et l’humiliation » que vivent les résidents de CHSLD maltraités par des soins inadéquats, rappelant que les établissements doivent être des milieux de vie.  

 

 « Il faut que ça cesse [...] Les choses se sont vraiment aggravées depuis 2015. On ne parle pas juste de soins négligés, mais d’atteintes à des droits constitutionnels comme le droit à la sécurité et à la dignité », plaide-t-il. Selon lui, le montant de 500 millions $ correspond aux sommes coupées dans le réseau par les mesures d’austérité libérales.  

 

 « Été horrible »  

 

 « [...] les conditions de vie ainsi que la dignité des personnes vulnérables hébergées sont au cœur de nos priorités. Notre gouvernement a une vision à court et à long terme, et est en action », répond par courriel la ministre Marguerite Blais, responsable des Aînés et des Proches aidants.  

 

 Mais le temps presse, selon Daniel Pilote, qui est la personne désignée pour représenter l’action collective.  

 

 L’homme de 57 ans, atteint de dystrophie musculaire paralysant son corps presque entier, dit que « l’été a été horrible ».  

 

 Il vit au CHSLD Champagnat en Montérégie, où la rotation de personnel est si grande, qu’il a l’impression de devoir constamment coacher les nouveaux employés sur ses soins.  

 

 « Ce sont toujours de nouveaux visages, toujours à recom­mencer », dit-il.  

 

 « Et personne ne se nomme », déplore-t-il, alors qu’une kyrielle d’inconnus défile dans son intimité.  

 

 Il a choisi d’être le porte-voix pour les autres résidents, incapables de dénoncer les soins trop brusques ou les erreurs, fait-il valoir.  

 

 Les 22 Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) et Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) responsables des 336 CHSLD de la province peuvent encore porter en appel la décision du tribunal.  

 

 Listes des problèmes allégués  

 

 

 Le Conseil de la protection des malades soulève de nombreux manquements dans les CHSLD de la province, par exemple:   

  •  Imposer le port d’une couche à des résidents qui ne sont pas incontinents plutôt que de les emmener aux toilettes 
  •  Une hygiène dentaire insatisfaisante, entre autres en n’offrant pas de traitements contre les caries 
  •  Un manque de soins basiques­­­, comme couper les ongles de doigts et d’orteils 
  •  Ne pas assurer la prise de médicaments respectant les prescriptions 
  •  Un recours abusif aux médicaments antipsychotiques pour plonger les résidents dans un état d’apathie ou de somnolence 
  •  L’utilisation excessive de moyens de contention physique 
  •  Le manque de temps et de ressources nécessaires pour permettre aux résidents de profiter de leur repas 
  •  Les familles obligées de payer au noir des membres du personnel pour obtenir des soins auxquels les résidents ont droit 
  •  Les horaires de réveil rigides négociés entre le personnel et l’administration, qui ne respectent pas le mode des résidents  

 

 Lui-même en CHSLD depuis cinq ans, Daniel Pilote qualifie la qualité des services d’« inadéquate, insuffisante et déficiente »:   

  •  Le personnel le heurte en le plaçant trop rapidement dans son fauteuil roulant 
  •  Il n’est pas lavé adéquatement. Les soins sont impersonnels et empreints d’incompétence 
  •  Sa médication est mal gérée et est l’objet d’erreurs médicales 
  •  Il est levé en retard, ce qui lui cause un grand inconfort