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Séparer les garçons des filles à l’école en 2019

Dans leur cours de science, les garçons feront de la robotique et les filles, du jardinage.

Séparer les garçons des filles à l’école en 2019
Joël Lemay / Agence QMI

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Cette histoire circule depuis une semaine sur les médias sociaux. J’hésitais à en parler parce que, somme toute, c’est un «incident» assez isolé. Je ne voulais pas faire une tempête dans un verre d’eau. On est bons là-dedans parfois, nous, les médias.   

Mais là, l’affaire est rendue dans les journaux et je me suis dit que, même si cette situation particulière est rare, elle existe à une moins grande échelle dans plusieurs écoles du Québec.   

Je vous parle d’une école en Outaouais. Je vous parle d’une école primaire où on a entrepris de séparer les élèves de 5e année en fonction de leur sexe. Pour ceux qui regardent leur calendrier en ce moment et se demandent en quelle année tout ça se passe. On est bien en 2019. Donc en 2019, dans une école québécoise, on pratique le ségrégationnisme selon le sexe.   

Mais ne soyons pas de mauvaise foi. Quand j’ai vu ça passer, je me suis dit qu’il devait bien y avoir une raison pour qu’une direction d’école aille de l’avant avec ce genre de politique. Je me suis dit qu'il existe tout de même des différences entre les garçons et les filles. Je me suis dit qu’on ne peut pas non plus nier les difficultés auxquels font face les jeunes garçons à l’école. Ils décrochent plus, poursuivent moins aux études supérieures. Bref, on a vraiment un problème avec nos garçons et l’école.   

Quand j’ai lu les explications des enseignants de ladite école sur ce que feraient les élèves dans leurs classes séparées, je suis tombée sur le derrière. Les enseignants titulaires de ces classes ont expliqué qu’en ce qui a rapport aux sciences, notamment, la classe de garçons fera «plus de robotique, de techno, de programmation», tandis que dans celle des filles, les sciences seront plus axées «sur les plantes, le jardinage».  

EUH PARDON? Hey, c’est clair que parce que j’ai un vagin, je m’intéresse vraiment plus au jardinage et aux plantes. Sérieusement, est-ce que vraiment les préjugés selon lesquels les petites filles aiment le rouge à lèvres et les petits garçons les dinosaures sont encore d’actualité? Oui si l’on en croit cette école de l’Outaouais. Je n’imagine même pas les parents qui ont dû expliquer à leurs enfants du «sexe faible» que, ben coudonc, elles allaient devoir faire du jardinage au lieu de la robotique.   

RIEN dans la recherche actuelle en pédagogie n’indique que c’est une bonne chose de ne pas séparer les garçons des filles ou de les séparer. On n’a aucune donnée scientifique sur les vertus de ce ségrégationnisme. Je répète, aucune.     

Alors pourquoi? Pourquoi? Le Québec a abandonné les classes non mixtes en même temps qu’il a abandonné la religion catholique. Parce que c’est pour ça qu’on séparait les garçons des filles, avant. On avait peur que les petits gars pis les petites filles fassent des cochonneries dans la cour d'école.   

Mais là, on n’est plus là pantoute. Et c’est vraiment aberrant de constater qu’il y a encore des adultes qui pensent que séparer les gars des filles est LA solution aux problèmes pédagogiques.   

Je vous l’ai dit, ça existe à une échelle moins drastique dans plusieurs écoles de la province. On voit encore des journées pédagogiques où on sépare les enfants selon leur sexe et où on fait faire du sport aux garçons tandis que les filles se voient offrir des activités de fifilles comme se mettre du vernis à ongles ou se coiffer.   

La Commission scolaire des Draveurs se défend en disant que c’est une initiative enseignante que de séparer les élèves de 5e année de cette école outaouaise. Me semble que c’est le rôle de la direction d’école et des commissions scolaires d’établir le genre d’écoles et de classes où nos enfants vont évoluer.   

Est-ce qu’on veut vraiment apprendre aux garçons et aux filles qu’il y a des activités qui devraient davantage les intéresser selon leur sexe? Il faut travailler avec les intérêts de chacun, on ne peut pas faire de généralisation, chaque enfant est différent.  

Après ça, on se plaint qu’il y a moins de filles intéressées par les sciences ou la politique. On se plaint qu’il n’y a pas assez de profs de sexe masculin ou d’infirmiers. Je veux dire ça commence là, spécifiquement là, dès la petite enfance, quand on dit aux petites filles qu’elles devraient préférer le jardinage.   

Geneviève Pettersen anime Les Effrontées, tous les jours en semaine de 13 h à 15 h sur QUB radio.