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Une campagne électorale surréaliste

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Photo Agence QMI, Toma Iczkovits et capture d'écran, TVA Nouvelles Jagmeet Singh et Yves-François Blanchet ont hérité de la même mission : tenter d’assurer la survie de leur parti politique.

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De mémoire d’analyste, je ne me souviens pas d’une campagne électorale fédérale aussi surréaliste. Les deux principaux adversaires aptes à prendre le pouvoir, Justin Trudeau et Andrew Scheer, sont tous les deux – et en même temps – à côté de leurs pompes politiques.

Le premier ministre sortant et chef libéral peine à se remettre de la publication de quelques photos de jeunesse où on le voit maquillé en noir ou en brun. Il s’en est excusé à profusion. Un peu plus et il se serait mortifié lui-même physiquement en guise d’expiation.

Cela dit, M. Trudeau n’allait déjà pas très bien. Avec l’échec patent de son voyage en Inde – encore trop de déguisements – et, surtout, sa gestion chaotique de l’affaire SNC-Lavalin, il n’était plus l’idole dorée de 2015.

Quant au chef conservateur, Andrew Scheer, c’est à se demander s’il sait faire campagne autrement qu’en attaquant Justin Trudeau sur n’importe quel front. Une immense déception pour ses troupes, il survivrait difficilement à toute défaite de son parti aux élections du 21 octobre.

Panne d’inspiration

Ce qui frappe aussi dans cette campagne est la spectaculaire panne d’inspiration dont souffrent ces deux mêmes chefs. Zéro vision. Zéro capacité à susciter l’enthousiasme, y compris chez leurs propres troupes. Du moins, jusqu’à maintenant. Messieurs Trudeau et Scheer n’en ont que pour les « poches » des familles qu’ils promettent de garnir modestement à coups de mesurettes peu imaginatives.

De fait, les deux seuls chefs qui, étonnamment, prennent cette campagne au sérieux sont ceux qui, jamais, ne pourront accéder au pouvoir : le néo-démocrate Jagmeet Singh et le bloquiste Yves-François Blanchet. Après de graves conflits internes sous l’ex-chef Martine Ouellet, M. Blanchet a réussi à sortir le Bloc des soins palliatifs.

Son ton calme et clair en impressionne plusieurs. L’indépendance s’éloignant de plus en plus du radar des Québécois, M. Blanchet a préféré puiser dans la potion magique nationaliste de la CAQ. Son choix s’est avéré le bon.

La même mission

De son côté, Jagmeet Singh essaie encore de se faire connaître des électeurs. Malheureusement pour son parti, il le fait un peu trop tard dans la joute. Nul doute que sa personnalité chaleureuse et ses idées progressistes sont bien réelles. Ses propositions, dont celle d’une assurance dentaire plus que nécessaire pour les moins nantis, en sont le parfait reflet.

Son problème n’en est pas moins gargantuesque. À des planètes de la vague orange de 2011 sous Jack Layton, le NPD croupit au 36e dessous depuis son arrivée. À 12 % seulement d’appuis selon le dernier Léger, ça sent presque la catastrophe.

En cela, Jagmeet Singh et Yves-François Blanchet ont tous deux hérité de la même mission : tenter d’assurer la survie de leur parti politique. Le premier, pour qu’une voix plus fortement progressiste persiste à la Chambre des communes. Le second, pour que la voix nationaliste québécoise puisse continuer à s’y faire entendre.

Bref, comme le veut le vieil adage populaire : dans les petits pots, les meilleurs onguents...