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Un juge veut s’impliquer en santé mentale

À sa retraite complète en juin prochain, le magistrat Robert Pidgeon souhaite redonner à des organismes

Le juge en chef associé de la Cour supérieure Robert Pidgeon.
Photo Stevens Leblanc Le juge en chef associé de la Cour supérieure Robert Pidgeon.

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Il n’est pas encore retraité que le juge en chef associé de la Cour supérieure a déjà une panoplie de projets sur la table, dont celui de s’impliquer en santé mentale, un domaine qui le touche de façon particulière, son fils étant affecté par la maladie.

Véritable pilier de la justice, le juge Robert Pidgeon se retirera officiellement de ses fonctions le 3 octobre pour siéger comme juge surnuméraire jusqu’à l’âge limite de 75 ans, qu’il atteindra en juin prochain. Cette transition en douceur lui permettra d’absorber le choc, confie-t-il. Car il sera grand.

Discours difficile

« C’est difficile. Je me suis adressé aux juges pour la dernière fois lors de l’assemblée de la division de Québec. Je faisais une revue du passé, j’adressais l’avenir... J’ai eu de la misère à me rendre à la fin. Je pleurais. J’étais trop pogné intérieurement. Ça a tout pris pour que je termine », explique-t-il, sans retenue.

C’est que le juge Pidgeon a toujours aimé travailler. Comme avocat, coroner, maire de Gaspé, juge à la Cour supérieure, puis d’appel, avant d’être nommé juge en chef associé de la Cour supérieure. Il a l’habitude d’arriver à l’aube à son bureau, de ne le quitter qu’en fin de journée, pour ensuite se pencher sur ses dossiers le soir. Et le week-end.

« Moi, j’aime les gens avec qui je travaille ici. C’est la famille. J’ai encore beaucoup d’énergie, de vigueur, et là, je lâche. C’est une fonction que j’aime, mais la réglementation me dit que je dois partir à 75 ans », résume celui qui est père de deux enfants et grand-père à deux reprises.

« Plus humain »

À l’aube de sa retraite, le juge en chef associé de la Cour supérieure du Québec n’a qu’une certitude pour cette nouvelle « phase » de sa vie : il continuera de travailler. Et il aimerait s’engager en santé mentale. Pour son fils notamment, un grand gaillard de 49 ans qui a été frappé de plein fouet par la schizophrénie, alors qu’il était à l’université.

« C’était un coureur cycliste. Il était membre d’un club, il faisait de la compétition, il faisait des courses à Montréal, à Toronto, il faisait le tour de la Gaspésie en vélo. Et tout d’un coup, paf ! C’est un réel coup dur. C’est un deuil. Quelle est la raison pour laquelle ça s’est déclenché ? On ne le sait pas », résume le juge Pidgeon, qui assure être devenu « plus humain » au travers de cette épreuve.

Son fils vit aujourd’hui avec ses parents. Il est fonctionnel, gère ses finances et occupe un emploi spécialisé pour les personnes atteintes de troubles de santé mentale. Il évoque au passage la force de son épouse, sa femme des 51 dernières années, actrice de premier plan dans la famille. « Ma femme, c’est une sainte », tranche-t-il.

S’impliquer

Le juge Pidgeon a été approché par le passé pour s’impliquer auprès d’organisations en santé mentale. Chaque fois, son devoir de réserve lié à ses fonctions l’en empêchait.

« Ça m’a toujours peiné de leur dire non. Je me sens comme endetté envers eux. Et un jour, je vais faire quelque chose pour la santé mentale. Parce que — ça l’est moins —, mais c’est l’enfant pauvre de la santé. C’est terrible », explique-t-il, ajoutant qu’il aura la liberté de s’impliquer à 75 ans.

Peu habitué aux vacances, anxieux à l’idée de prendre sa retraite, le juge Pidgeon visualise tout de même l’avenir.

Trois cabinets ont sollicité des rencontres. Il a décliné. Pas question pour lui de discuter d’offres dans le domaine du droit avant ses 75 ans.

« Qu’est-ce que je vais faire ? Je ne le sais pas. Mais m’installer pour regarder la télévision, ce n’est pas moi », termine-t-il, large sourire aux lèvres.