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Donald Trump au banc des accusés

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L’issue du processus de destitution enclenché suite au dernier scandale qui éclabousse Donald Trump est incertaine, mais le processus enclenché mardi était presque inévitable, et son échec pourrait avoir de profondes conséquences.

L’affaire ukrainienne est venue à bout de la patience des démocrates. L’enquête est lancée à la Chambre des représentants et mènera à des accusations formelles contre le président.

Il est loin d’être assuré que les républicains du Sénat consentiront à démettre le président de ses fonctions, mais ce ne sera pas parce qu’il n’y a aucune bonne raison de le faire.

En fait, quand les fondateurs ont conçu le processus constitutionnel de destitution, en 1787, pour éviter que l’État central américain ne tombe aux mains d’un président corrompu qui abuserait ouvertement de ses fonctions, c’est précisément le genre de choses qu’on reproche aujourd’hui à Donald Trump qu’ils souhaitaient prévenir, car ils ne croyaient pas vraiment que la sanction des urnes suffirait à protéger la nouvelle république contre les abus de pouvoir.

Abus flagrant

Les preuves qui ont incité les législateurs démocrates à agir sont accablantes. Donald Trump a demandé à son homologue ukrainien de s’ingérer dans la campagne électorale de 2020 afin de nuire à son principal rival, en échange contre l’aide militaire américaine.

Si un tel abus de pouvoir n’est pas dénoncé à l’aide du seul instrument formel dont dispose le Congrès pour sanctionner un président qui dépasse les bornes, aussi bien jeter la Constitution à la poubelle.

Lourd acte d’accusation

Si ce scandale a été la goutte qui fait déborder le vase, il ne faut pas oublier le reste du vase.

Par exemple, le rapport Mueller contient de solides preuves que Trump a agi de manière déloyale en acceptant l’aide russe et a ensuite nettement fait entrave à la justice.

Les infractions aux lois électorales qui ont envoyé son avocat Michael Cohen en prison, et dont Trump était complice, seront probablement aussi mises en évidence, de même que ses nombreux conflits d’intérêts et ses infractions à la clause des émoluments.

Il ne faut pas non plus oublier son obstruction systématique aux travaux du Congrès, qui va à l’encontre de l’esprit et de la lettre des lois et de la Constitution.

Principes en jeu

Les raisons ne manquaient pas pour mettre le président sur le banc des accusés, mais les démocrates hésitaient par calcul politique.

On craignait que les accusations galvanisent les républicains et qu’un acquittement au Sénat rende Trump invincible, mais l’inaction n’aurait servi qu’à cautionner les comportements aberrants du président, ce qui, en plus d’être politiquement nuisible, aurait compromis les principes mêmes de la Constitution.

Pour contrer les abus de pouvoir, les pères fondateurs doutaient de la sagesse du peuple. Si les preuves contre Trump s’avèrent solides, mais que l’hyper-partisanerie des sénateurs républicains lui évite la destitution, le jugement reviendra aux électeurs. Reste à savoir s’ils auront plus de sagesse que les pères fondateurs leur en attribuaient pour défendre les principes de leur Constitution.