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Fin de l’histoire de Sico à Québec

L’usine de Beauport a officiellement fermé ses portes jeudi, un an après l’annonce de sa fermeture

Fin de l’histoire de Sico à Québec
Photo Pierre-Paul Biron

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Une page d’histoire s’est tournée de triste façon jeudi à Québec, où l’usine Sico a fermé définitivement, au terme d’une longue agonie, presque un an après l’annonce de sa fermeture en novembre 2018. 

Pour les employés rencontrés par Le Journal et leur syndicat, la dernière année aura été un long deuil de l’usine qui opérait à Beauport depuis plus de 80 ans. Sico avait été racheté par le géant américain de la peinture PPG en 2012. Environ 70 personnes y ont perdu leur emploi. 

«Ça a comme été un service funèbre qu’on laisse étirer trop longtemps. Il faut que ça finisse un moment donné», confie un employé qui travaillait chez Sico depuis huit ans. 

Selon ce dernier, c’est le cœur gros que les employés qui restaient voient cette page d’histoire se tourner. Surtout que les travailleurs québécois ont perdu leur gagne-pain au profit de ceux de l’Ontario. 

«C’est surtout de la tristesse de voir Sico quitter Québec pour Toronto», ajoute ce travailleur, soulignant que les deux courtes grèves qui ont marqué les dernières années de l’entreprise à Québec n’ont probablement pas aidé. 

«On s’est sentis un peu délaissés par les Américains dans la dernière année. [...] On sent qu’ils sont peut-être un peu orgueilleux.» 

La direction de Sico avait arrêté la production il y a environ deux semaines et une vingtaine d’employés s’affairaient jusqu’ici au démantèlement. Deux personnes termineront le travail en octobre. 

«Ça m’écœure» 

La journée a aussi un goût amer pour la présidente du Conseil central Québec/Chaudière-Appalaches de la CSN, qui représentait les travailleurs.  

Elle déplore que la tête d’une entreprise américaine décide encore du sort de gens d’ici. 

«De voir une compagnie américaine mettre la main sur un fleuron québécois et prendre une décision d’actionnaire à des kilomètres de chez nous, ça m’écœure», confie Ann Gingras, précisant toutefois que les employés ont choisi eux-mêmes, en assemblée, de ne pas lutter contre la décision de PPG. «La page était tournée, pour ces gens-là.»

Certains travailleurs qui avaient plus d’ancienneté prendront leur retraite, alors qu’un programme de reclassement du gouvernement a permis à d’autres de retourner aux études ou de trouver un autre emploi. 

«Avec le phénomène de pénurie [de main-d’œuvre], beaucoup de personnes [sont parties] avant la fin de la production, de façon volontaire, sans renoncer à leurs primes», explique Ann Gingras. 

82 ans d’histoire 

Fondée en 1937 par Marcel Deslauriers, Sico avait fait son chemin jusqu’à avoir un chiffre d’affaires de 300 M$ annuellement au début des années 2000. 

L’entreprise avait été rachetée par la compagnie européenne AkzoNobel en 2006, avant d’être acquise par PPG en 2012. La fermeture de l’usine de Québec et de l’entrepôt de Longueuil avait été annoncée l’an dernier, la production étant déplacée en Ontario. 

Fraîchement élu, le premier ministre François Legault s’était immiscé dans le dossier, appelant au boycottage des produits Sico. 

La sortie lui avait valu de fortes réactions de commerçants qui dépendent de ces produits. Elle lui était aussi revenue au visage dans les mois suivants, après que le Parti libéral eut dévoilé que son appartement de fonction avait été peint avec des produits Dulux, une marque de PPG fabriquée en Ontario.