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Les hauts et les bas de la nouvelle ère caquiste

Francois Legault et Sonia Lebel
Photo Simon Clark Francois Legault et Sonia Lebel

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L’élection du gouvernement Legault a marqué le début d’une nouvelle ère en politique, avec un nationalisme assumé qui plaît à la majorité historique francophone, mais qui heurte de front certaines minorités du Québec. À la demande de notre Bureau parlementaire, des experts de tous les horizons se sont penchés sur cette première année au pouvoir d’un parti qui promettait le « changement », après des décennies d’alternance entre le PLQ et le PQ.

Nos experts

Eric Montigny

Francois Legault et Sonia Lebel
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Professeur adjoint et directeur de programmes 2e et 3e cycle en science politique de l’Université Laval.


Frédéric Boily

Francois Legault et Sonia Lebel
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Professeur titulaire en science politique au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta.


Thierry Giasson

Francois Legault et Sonia Lebel
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Directeur du département de science politique de l’Université Laval et directeur du Groupe de recherche en communication politique.


Louis Balthazar

Chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand de L’UQAM et professeur émérite du département de science politique de l’Université Laval.


Éric Bédard

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Historien et professeur à la Téluq.


Luc Godbout

Francois Legault et Sonia Lebel
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Professeur titulaire à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke.


Dominic Champagne

Francois Legault et Sonia Lebel
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Initiateur du Pacte pour la transition, qui invite la population à réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

 

3 bons coups

Une transition réussie

Francois Legault et Sonia Lebel
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Le politologue Éric Montigny évoque d’emblée la « transition réussie ». Même si les nouveaux ministres n’avaient jamais gouverné (sauf Marguerite Blais), l’équipe caquiste a réussi à « faire avancer son agenda législatif avec des mesures phares » au cours de cette première année. « Ça lui a permis de dégager, dès le début du mandat, des dossiers plus controversés, comme ceux de la laïcité et de l’immigration », dit M. Montigny.

Le dossier de la laïcité

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Frédéric Boily souligne la gestion du dossier de la laïcité par le ministre Simon Jolin-Barrette. « Même si ça a été mené de manière très directive, notamment avec l’utilisation de la clause dérogatoire, ils ont réussi à faire passer la loi sans grandes turbulences, dit-il. Enfin, sans faire dérailler la société québécoise dans un débat qui perdurerait, peu importe ce qu’on peut penser du projet de loi. »

L’importance de la communication

Francois Legault et Sonia Lebel
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Le choix de Thierry Giasson peut étonner. « Ça va paraître dur, mais c’est le renvoi de MarieChantal Chassé du cabinet », dit le directeur du Groupe de recherche en communication politique à l’Université Laval. Début janvier, le premier ministre Legault lui a retiré ses fonctions de ministre de l’Environnement, après des interventions laborieuses dans les médias. Le premier ministre a ainsi démontré qu’il comprenait l’importance de la communication dans la gouvernance, affirme le chercheur. « M. Legault a envoyé un message à ses élus et leurs cabinets ministériels : la récréation était terminée », ajoute-t-il.

3 mauvais coups

Les trop-perçus d’Hydro-Québec

Francois Legault et Sonia Lebel
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Les mauvais coups sont principalement liés à des attentes créées dans la population ou à l’image du Québec projetée hors de la province. « Ils tentent de corriger le tir, mais ils l’ont échappé en refusant de rembourser, initialement, les trop-perçus d’Hydro-Québec. La perception, en politique, c’est important, observe Éric Montigny. Puisque la CAQ était revenue régulièrement sur cette thématique dans l’opposition, ça devenait un engagement aux yeux du public. » Thierry Giasson, de son côté, souligne le report de la réforme du mode de scrutin. « Ça a le potentiel d’être très dommageable pour M. Legault, pour l’image de son gouvernement, prédit le professeur. Il a signé quelque chose, et là, il va renier sa signature. »

L'affaire de « l’énergie sale »

Sur la scène interprovinciale, Frédéric Boily estime que le premier ministre François Legault a fait un faux pas en début de mandat lorsqu’il a qualifié le pétrole de l’Ouest canadien « d’énergie sale ». Idem quand il a rappelé cet été à son homologue albertain, Jason Kenney, que la péréquation est un « droit » prévu « dans la Constitution depuis le jour 1 du Canada ». La péréquation a plutôt débuté en 1957 et est inscrite dans la Constitution depuis 1982, lui a rétorqué M. Kenney. « Lorsque François Legault sort du Québec pour aller sur la scène interprovinciale, il s’enfarge dans les fleurs du tapis », affirme M. Boily.

Les 18 000 dossiers d’immigration annulés

Francois Legault et Sonia Lebel
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L’annulation de 18 000 dossiers en attente, dans le cadre de la réforme de l’immigration pilotée par le ministre Simon Jolin-Barrette, a aussi envoyé « un message très négatif » hors des frontières du Québec, estime Louis Balthazar. « C’est absolument odieux, quand on sait à quel point c’est difficile et pénible d’émigrer dans un autre pays », dit-il.

 

Une élection historique

L’historien Éric Bédard estime que le Québec « entre dans une nouvelle ère » avec l’élection du gouvernement caquiste. « Si bien qu’on cherche tous un peu nos repères, parce qu’on a vécu tellement longtemps avec cette tension souverainistes-fédéralistes où les deux camps avaient un malaise avec le nationalisme, rappelle-t-il. [...] Alors, tout à coup, on dirait qu’il y a de l’oxygène dans notre vie politique. On sort de cet antagonisme. Maintenant, ça ne veut pas dire qu’on sort de la question du régime canadien : ça va être comme un boomerang, ça va revenir. »

Un soulagement

De nombreux Québécois se sentent « soulagés » avec la fin du règne libéral, poursuit Éric Bédard. « Les libéraux étaient là depuis 2003 et il y avait des odeurs de corruption, de l’arrogance avec le gouvernement Couillard, dit-il. [...] Avec les libéraux, on avait l’impression que le gouvernement faisait la leçon au Québec français, alors que là, on est au diapason avec la population francophone. » Éric Montigny souligne aussi le contraste entre MM. Legault et Couillard. « L’enjeu de la laïcité, notamment, a dénoté un changement marquant avec le gouvernement précédent », observe-t-il.

Un gouvernement hyperactif

 « C’est un gouvernement hyperactif, estime Éric Montigny. Ils ont rappelé la chambre dès les premières semaines après l’élection. Ils ont fait avancer les éléments les plus difficiles de leur agenda [NDLR Laïcité et immigration] en début de mandat, mais ils ont tout de même réussi à se maintenir en lune de miel. » 

Frédéric Boily, de son côté, remarque une certaine « inexpérience » en début de mandat, notamment dans la réforme de l’immigration. Le ministre Jolin-Barrette s’est fait taper sur les doigts par la Cour supérieure, après avoir annulé le traitement des 18 000 dossiers en attente, avant même l’adoption de son projet de loi. « C’est vrai que le gouvernement agit des fois un peu trop rapidement, par contre c’est ce qui était annoncé. On avait promis, avec la fin du bipartisme traditionnel, que les choses avanceraient. Donc, c’est un peu normal qu’on ait senti au départ ce sentiment de précipitation. »

Quel type de nationalisme ?

Nouveau dans le paysage politique, le nationalisme de la CAQ est encore en train de se définir. L’historien Éric Bédard y voit un « nationalisme sans conséquence », comme celui qui prévalait avant la Révolution tranquille et le début des revendications constitutionnelles auprès d’Ottawa. « C’est comme à l’époque de ce qu’on a appelé “la survivance”, qui va, en gros, de 1840 à 1960, donc après les Patriotes. C’est un nationalisme plus symbolique, plus culturel, un nationalisme d’affirmation, mais non de contestation plus frontale. »

Relations avec Ottawa

L’administration caquiste a obtenu certains gains face à Ottawa, notamment avec le remboursement de 250 M$ pour la prise en charge des migrants irréguliers. Mais, pour Éric Bédard, le vrai test sera la réaction du gouvernement Legault face aux inévitables contestations du fédéral devant les demandes du Québec. La loi 21 pourrait donner lieu à ce premier affrontement, que ce soit en raison d’une contestation d’Ottawa ou d’un revers en justice en vertu de la Charte des droits et libertés. « Le régime canadien est attaqué par la loi 21, c’est une conception complètement différente de celle du multiculturalisme canadien. Et donc, le régime va réagir, croit Éric Bédard. Ça se peut qu’on trouve des astuces pour invalider des pans de la loi, pour la rendre plus ou moins caduque. » 

Prudence avec les surplus

Sur le front de l’économie, le gouvernement Legault a posé les premiers jalons de la réforme promise, notamment avec la transformation d’Investissement Québec pour l’axer sur le développement économique de la province. Il est encore tôt, par contre, pour en évaluer le succès. « Pour le moment, on ne peut pas juger du caractère positif ou négatif des changements, mais ceux-ci sont en cours », relève Luc Godbout.

Mais le fiscaliste salue surtout la prudence des caquistes face aux surplus dont ils ont hérité. Ces marges de manœuvre, note le fiscaliste, disparaîtront quand la conjoncture économique deviendra moins favorable. Ainsi, la CAQ a plutôt choisi d’utiliser les surplus pour réaliser, graduellement, ses promesses électorales, plutôt que d’annoncer des cadeaux aux contribuables. « Ils respectent leurs engagements avant de faire des baisses d’impôts tous azimuts », dit M. Godbout. D’ailleurs, dans l’éventualité d’une récession « modeste », la réserve de stabilisation du Québec devrait permettre au gouvernement de « respecter la loi sur l’équilibre budgétaire », estime le fiscaliste.

Où est le plan en environnement ?

Grande zone d’ombre du bilan caquiste, l’absence d’un plan concret de lutte aux changements climatiques a valu des critiques sévères de la part de l’initiateur du Pacte pour la transition, Dominic Champagne. « François Legault, présentement, dans ses décisions depuis un an, il se comporte comme un climatosceptique qui ne veut pas apparaître comme un climatosceptique », a-t-il déclaré la semaine dernière.

Le metteur en scène devenu activiste déplore entre autres l’appui de Québec au projet d’exportation de gaz naturel GNL Québec, dont l’exploitation en amont devrait créer 7,1 millions de tonnes de gaz à effet de serre annuellement. De la même façon, M. Champagne déplore que François Legault aille de l’avant avec le projet de tunnel entre Québec et Lévis. « Il a eu le culot de présenter le troisième lien comme un projet de développement durable. Il ne faut pas prendre les gens pour des épais, lance-t-il. Je pense qu’il aurait été outré, dans l’opposition, d’entendre ce genre de politique hypocrite. »

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.