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Quels lendemains pour la marche pour le climat?

Les écologistes jugent que la classe politique doit agir dès maintenant

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Les effets de la manifestation monstre de vendredi ne se feront pas sentir dans l’immédiat, jugent des experts consultés par Le Journal, même si les groupes environnementaux réclament un changement d’attitude rapide des décideurs politiques. 

« Moi, si j’étais un parti politique, je me dirais que la crise climatique préoccupe et que je dois retourner à la table à dessin pour proposer quelque chose de crédible en environnement », juge Louis Couillard, co-porte-parole du mouvement La planète s’invite à l’Université.  

« Je pense que la manifestation va chambouler l’agenda des politiciens pour qu’ils offrent des plans plus crédibles », a ajouté l’étudiant de l’Université de Montréal. 

Plus de 300 000 personnes ont manifesté vendredi dans les rues de Montréal pour convaincre les décideurs politiques d’accorder plus d’importance à la crise climatique. Il pourrait s’agir de la plus imposante manifestation de l’histoire du Québec.  

Des centaines de milliers de Québécois ont marché à Montréal vendredi pour faire pression sur les leaders politiques à propos de la lutte aux changements climatiques. Malgré l’ampleur de la démonstration, l’impact de celle-ci ne se fera pas dans l’immédiat.
Photo Agence QMI, Joêl Lemay
Des centaines de milliers de Québécois ont marché à Montréal vendredi pour faire pression sur les leaders politiques à propos de la lutte aux changements climatiques. Malgré l’ampleur de la démonstration, l’impact de celle-ci ne se fera pas dans l’immédiat.

Par ailleurs, l’événement a eu lieu alors que la campagne électorale fédérale bat son plein. Une situation qui ne risque cependant pas d’influencer le plan de match des chefs fédéraux, croit la politologue associée à l’UQAM, Stéphanie Yates.  

Élan 

« Ça pourra cependant apporter un élan aux partis qui proposent déjà des engagements liés à l’environnement, que ce soit le Parti libéral, le Nouveau Parti démocratique, les Verts ou le Bloc québécois.  

Ces partis vont sans doute faire référence au mouvement citoyen pour cadrer leurs engagements », a-t-elle expliqué. 

À l’inverse, la mobilisation du 27 septembre pourrait « mettre sur la sellette les deux partis dont le programme en matière d’environnement est un peu en décalage avec ce qu’on a vu [vendredi], soit le Parti conservateur et le Parti populaire ».  

« Mais ces partis-là ne s’adressent pas aux mêmes électeurs [alors] je pense qu’ils assument en quelque sorte ce décalage », a-t-elle nuancé. 

Une opinion qui a trouvé un certain écho auprès du sociologue Guy Rocher, qui juge que la mobilisation doit se solidifier avant qu’on puisse voir s’exécuter de réels changements. 

« Le mouvement n’a pas encore de racines profondes. Les racines sont encore en surface », a précisé le sociologue. 

L’importance du vote 

Ceci étant dit, Agnès Le Rouzic, porte-parole chez GreenPeace Canada, reste convaincue que les politiciens n’auront aucun choix d’écouter la jeunesse, surtout que les 18-35 ans représentent près de
27 % de la population qui peut exercer son droit de vote. 

Cependant, Karel Mayrand de la Fondation David Suzuki soutient que « les jeunes doivent aller aux urnes avec leur espoir et leur indignation » le 21 octobre prochain, alors que le pouvoir sera dans leur cour. 

« J’invite les gens à aller voter et à offrir leur vote à leurs enfants. Dans les quatre, cinq prochaines années – pas dans 20 ans – il faudra complètement changer de direction. On ne peut plus continuer à bâtir des pipelines en disant qu’on combat les changements climatiques. On ne peut plus se permettre de faire une chose et son contraire », affirme-t-il. 

– Avec l’Agence QMI 

Une démonstration qui pourrait marquer l’histoire 

La marche pour le climat de vendredi dernier a marqué l’histoire du Québec en raison de son ampleur, mais seul le temps pourra confirmer s’il s’agissait là d’un réel tournant, croient deux experts consultés par Le Journal.« De mémoire, comme ça, je ne connais pas d’équivalent. C’est une mobilisation extraordinaire par son ampleur, par le ralliement qu’elle a pu créer », a indiqué sans détour Louise Bienvenue, professeure en histoire à l’Université de Sherbrooke. 

« C’est vraiment dur de prédire l’avenir, mais vraiment, c’est d’une ampleur inédite », ajoute celle qui jugerait prématuré d’y voir déjà un tournant historique. 

Un précédent 

Pour le sociologue Guy Rocher, il est beaucoup trop tôt pour parler d’une éventuelle « révolution sociale », mais « c’est possiblement un moment qui marquera l’histoire » du Québec, soutient-il. 

Mme Bienvenue ajoute qu’il est fort probable que la mobilisation crée un précédent, particulièrement parce qu’elle est portée par des jeunes. 

« Le fait que la parole soit portée par des enfants, des adolescents, c’est extrêmement puissant. Ça fait partie du succès de cette mobilisation-là », a-t-elle expliqué. 

« Quant à savoir si elle va tout faire basculer... De mon point de vue, il y a quelque chose d’important qui se passe », a-t-elle ajouté. 

Sur la masse 

Si l’impact de la marche ne se fait pas sentir dès maintenant, nul doute qu’elle est de bon augure pour l’avenir du mouvement écologique. 

« Il faudra voir quelles en sont les conséquences, les suites », a précisé M. Rocher, qui croit que le mouvement doit perdurer dans le temps pour avoir un réel impact. 

« Normalement, les actions prises dans un jeune âge vont vraiment imprégner les individus. Sur la masse, on peut penser que vont émerger des leaders d’opinion », a expliqué de son côté l’historienne.