/news/society
Navigation

Cour supérieure du Québec: Catherine La Rosa veut humaniser la justice

La future juge en chef associée milite pour une démocratisation du système judiciaire

Catherine La Rosa, qui endossera sous peu les fonctions de juge en chef associée de la Cour supérieure, entend faire de la démocratisation et de l’accessibilité à la justice ses priorités. 
Photo Jean-François Desgagnés Catherine La Rosa, qui endossera sous peu les fonctions de juge en chef associée de la Cour supérieure, entend faire de la démocratisation et de l’accessibilité à la justice ses priorités. 

Coup d'oeil sur cet article

La future juge en chef associée de la Cour supérieure se donne pour mission de redonner un « visage humain » au système judiciaire afin de regagner la confiance des citoyens.

Spécialisée en droit de la famille, la juge Catherine La Rosa endossera ses nouvelles fonctions à compter du 3 octobre prochain. À la même date, le juge Robert Pidgeon, qui occupait cette chaise depuis près de 20 ans, tirera sa révérence.

« Je voulais avoir le poste. Je le vois comme une continuation de ce que je fais maintenant depuis une dizaine d’années », avance celle qui a été nommée à la Cour supérieure en 2006, avant de devenir coordonnatrice de la Chambre de la famille pour la division de Québec, deux ans plus tard.

Travail à faire

Pour la juge La Rosa, un « réel travail » est à faire pour démocratiser la justice et exposer ses facettes positives. « Parce qu’on va surtout s’attarder sur les drames qui surviennent, sur ce qui ne va pas bien. C’est ça qu’on voit, si on suit le fil de l’actualité judiciaire. Dix fois sur dix, c’est des meurtres, des procès qui tournent mal et des choses comme ça », souligne-t-elle.

« Est-ce qu’on parle des choses qui vont bien, qui peuvent faire en sorte qu’un citoyen peut avoir confiance ? Pas [tellement]. Pas assez », déplore-t-elle. Dans l’optique de pallier cette problématique, Mme La Rosa a accepté de collaborer à la série documentaire Les coulisses du palais, qui offrait un accès inédit au fonctionnement judiciaire. « Ça a contribué à faire comprendre ce qu’on fait et comment ça marche », avance-t-elle.

Aimer la justice

Ce projet, diffusé l’automne dernier, ne doit pas être le seul du genre, estime la magistrate. « C’est pas juste les juges qui doivent protéger la justice. C’est la société en général. Pour que la société en général puisse protéger la justice, il faut qu’elle l’aime, c’est important, il faut qu’elle ait confiance en la justice. Donc, il faut lui mettre un visage humain à cette justice-là », plaide-t-elle.

La juge La Rosa compte aussi travailler sur l’accessibilité à la justice, le cheval de bataille de son prédécesseur. « C’est ce qui m’anime au plus haut point », assure-t-elle, ajoutant vouloir plancher avec son équipe sur une justice « plus juste, plus rapide, plus efficace, plus simple », et ce, « pour tous ». « C’est tout un défi, mais c’est ça pareil ! »

Allié de taille

Elle pourra d’ailleurs compter sur l’actuel juge en chef pour la suite des choses. Bien que retraité de cette fonction sous peu, Robert Pidgeon siégera comme juge surnuméraire jusqu’à ce qu’il atteigne l’âge limite de 75 ans, en juin prochain.

« Ce qui est pour moi une chance inouïe. Lui, avec son œil de juge en chef, il revient sur le plancher, il va siéger à de nombreuses reprises et il va probablement voir des choses qu’il va me rapporter. Je le vois comme si je bénéficiais du meilleur de son expérience pour m’outiller dans mes nouvelles fonctions. C’est un travail d’équipe. Il me passe le témoin dans la course à relais, et moi je continue », dit pour terminer la juge La Rosa.

 

Qui est la juge Catherine La Rosa ?

  • Bachelière en droit à l’Université Laval, elle est membre du Barreau depuis 1986.
  • Elle entame une carrière de 20 ans comme avocate spécialisée en droit de la famille et droits de la personne au sein de quatre cabinets différents.
  • Nommée juge à la Cour supérieure en 2006.
  • Coordonnatrice de la Chambre de la famille pour la division de Québec depuis 2008.
  • A siégé pendant deux ans au sein du comité national en lien avec l’application de la Convention de La Haye en matière d’enlèvement international d’enfants.
  • Née d’un père italien et d’une mère québécoise, elle parle français, anglais et italien.

 

Un système pour trouver des solutions

« Je vois le système de justice comme un endroit où l’on trouve des solutions », estime la future juge en chef associée de la Cour supérieure, qui souhaite s’inspirer d’un projet pilote novateur destiné aux familles déchirées auquel elle a largement contribué.

La plupart du temps, la recherche de solutions en justice passe par un jugement. Mais pas toujours, souligne la juge Catherine La Rosa, citant en exemple le projet pilote PCR (Parentalité-Conflit-Résolution).

Collaboration du Barreau, du ministère de la Justice du Québec et de la magistrature, ce programme s’adresse aux familles dont les enfants souffrent d’une communication difficile ou d’une rupture de lien totale avec l’un ou l’autre de leurs parents à la suite d’une séparation.

« La voie de l’avenir »

« Ça se fait à aucun endroit au monde. C’est ça la voie de l’avenir. Surtout en matière familiale. Si on veut régler les problèmes et qu’on veut aider les familles », lance avec enthousiasme la juge La Rosa.

« Créé de toutes pièces » en chambre familiale à la Cour supérieure, PCR se veut collaboratif. Il propose aux parties d’être entendues par un seul et unique juge, en plus d’être accompagnées sans frais par un psychologue. Une fois son travail complété, le psychologue fait rapport au juge, qui demeure maître du dossier.

« Le psychologue s’implique au sein de la famille. Il va les faire cheminer, il va les coacher un peu sur la façon de faire, pour qu’en fin de compte on puisse mettre de la paix au sein de la famille, dans l’intérêt de l’enfant.

En expansion

Une quinzaine de cas ont été entendus lors de la première phase du programme, en 2015. Une subvention a été attribuée l’an dernier pour 80 dossiers supplémentaires. Douze sont actifs.

Et le projet fait des petits : Saguenay entend se lancer d’ici les prochains mois. Le projet pourrait d’ailleurs être étendu à la grandeur du Québec. La juge travaille d’ailleurs sur une formation à cet effet.