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Des résistantes face au malheur

<i>Les Foley</i><br />
Annie-Claude Thériault<br />
Marchand de feuilles<br />
296 pages
Photo courtoisie Les Foley
Annie-Claude Thériault
Marchand de feuilles
296 pages

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Il est de ces livres qui, partant d’un détail, nous font entrer dans un univers précieusement ciselé et qui va nous happer. C’est ce qui est à l’œuvre avec Les Foley.

Le roman Les Foley s’ouvre sur un court préambule. On est en 2019 sur une île marécageuse du Nouveau-Brunswick, à tirer sur une plante qui ne résiste pas parce que seuls des filaments la retiennent à la terre.

La Sarracenia purpurea est belle, souple, mobile, mais trompeuse, car elle mange tout insecte qui l’approche, raconte Laura, la narratrice, une biologiste installée à Micsou pour ses recherches.

C’est en fait une plante « impitoyablement seule », à laquelle elle craint fort de ressembler. « Surtout [...] ne pas être comme elle : vaporeuse, sans commencement ni fin, accrochée à de fragiles rhizomes, sans solides attaches pour me retenir à la terre ».

L’atmosphère est installée, l’histoire peut commencer.

Cinq récits se succéderont, chacun consacré à l’une des descendantes d’Eveline Foley. Ils seront traversés des mêmes repères. Le malheur, la guigne !, qui prend la forme d’un petit insecte dont la carapace beige est traversée de rayures noires. La douceur du lin. L’odeur de la tourbe et du caramel. La fleur pourpre de la Sarracenia purpurea.

Et la démission des hommes qui fait le malheur des femmes...

Eveline Foley est une fière Irlandaise. Mais la maladie de la pomme de terre, transmise par les « bêtes à patates », décime son pays. Elle en perd la tête et sa petite-fille Ann tente de faire face à cette folie soudaine causée par la misère et la terre stérile. Ann est surtout horrifiée qu’Eveline ordonne à son père de s’exiler avec ses enfants, direction le Canada. On est en 1847.

Les histoires suivantes prendront place en Acadie et avanceront pas à pas dans le temps : 1880, 1910, 1940, 1963. À chaque date sa narratrice, souvent adolescente, qui tente de garder le cap en dépit d’un père alcoolique, d’une agression que l’on tait, ou de la pesante misogynie.

Or, c’est moins de drames dont il est question ici, que d’une manière de résister et de s’accrocher aux beautés de la vie. C’est raconté avec finesse, presque de la volupté.

Faire germer l’espoir

Le récit « L’effondrement », mettant en scène Nelly, l’illustre parfaitement. Il s’attarde au plaisir de savourer un thé, de faire des gâteaux, d’entretenir un jardin et de se créer « des matins enveloppants ». « Que tout soit doux et moelleux » pour oublier le grand frère qui habite avec elle et qui est odieux. Mais il faut faire quelque accommodement avec sa conscience pour être aussi détachée...

Annie-Claude Thériault, à qui l’on doit d’autres écrits, dont Les filles de l’Allemand, a un grand talent : celui de savoir déposer tendrement les mots dans un monde dur et de semer des graines d’espoir. Qui germeront pleinement quand elle nous ramènera à Micsou pour fermer ce magnifique roman.