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«Traverser la nuit» de Marie Laberge: la renaissance d’une femme

Marie Laberge
Photo Ben Pelosse Marie Laberge

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Dans Traverser la nuit, un roman court, percutant, où les émotions sont à fleur de peau, la talentueuse Marie Laberge dépeint la vulnérabilité d’une femme très âgée, malade, mais combative, et la lente renaissance de celle qui en prend soin. Cette rencontre entre une guerrière alitée et une femme mutique qui n’attend plus rien de la vie s’avère finalement très puissante et porteuse de messages importants.

Emmy Lee, une femme dans la cinquantaine, décide un jour de fuir son conjoint brutal et de recommencer sa vie dans une autre ville, dans la plus grande discrétion.

Elle s’installe à Joliette et trouve un boulot comme préposée dans un centre de soins pour personnes âgées.

Cette femme maltraitée qui n’attend plus grand-chose de la vie sait mieux que personne comment prendre soin des délaissés.

Emmy, femme discrète qui ne parle presque pas, ne réclame rien, ne se plaint pas, encaisse tout.

Elle attire néanmoins l’attention de Jacky, une femme très âgée, affaiblie, qui s’avère une grande guerrière malgré sa maladie.

Révoltée, Jacky ne craint plus rien et dit ce qu’elle a à dire.

Des questions de société

Marie Laberge aborde des questions de société dans son nouveau roman : la fin de vie, les personnes de confiance, les tensions qui peuvent exister, les regrets qui sapent le moral, les personnes âgées qui deviennent invisibles aux yeux de la société.

Emmy était un mystère pour elle : quelqu’un qui n’a pas été bien traité, quelqu’un qui n’a pas eu grand-chose de la vie, mais qui ne se présente pas en victime.

«Elle ne tape pas du pied pour demander et exiger. Elle n’attend rien de personne», dit l’écrivaine.

Marie Laberge dit qu’elle ne connaît personne comme cette femme, transparente comme un fantôme.

«Ce ne sont pas des gens qui veulent s’imposer : c’est le contraire de s’imposer. Je dirais que dans notre ère présente, s’imposer, c’est l’une des choses qui arrivent le plus souvent. Emmy n’est pas une émotive et elle n’est pas une idiote du tout. C’est une déshéritée qui n’a pas de hargne, qui n’a pas de colère, qui est juste en train d’essayer de vivre.»

Mais qu’est-ce que vivre, justement? «C’est ce qui se présente à elle, à un moment donné, parce qu’elle s’occupe de gens qui finissent de vivre.»

Emmy, effacée, commence à vivre quand elle se débarrasse de situations qui lui pourrissent la vie. Et Marie Laberge est convaincue que des Emmy, il y en a beaucoup.

«Je vais le découvrir quand les gens vont le lire... C’est un roman très court qui arrive au mitan de sa vie. Mais en même temps, le temps que ça prend pour faire confiance, quand on a été trompé et abusé, c’est sûr que c’est très long.»

Une «fausse faible»?

Un lien de confiance s’installe entre les deux femmes et Jacky, la guerrière, va «aller au batte», comme le dit Marie Laberge, à la place d’Emmy.

«Jacky a des colères, elle a de la hargne, elle a de l’ardeur batailleuse... ce qu’Emmy n’a pas du tout. À un moment donné, elle lui dit : est-ce que vous êtes une fausse faible, comme je suis une fausse forte?»

L’auteure a aimé raconter toutes ces émotions, ces sentiments, ces passages de vie à travers le roman.

«On dirait que dans notre société, on ne veut que du jeune, du brillant, de l’étincelant, du tonitruant. Mais les mots murmurés par quelqu’un d’âgé peuvent être des mots très importants, ils peuvent nous aider et nous servir de balises pour le restant de notre vie.»


♦ En librairie le 1er octobre.

♦ Marie Laberge est écrivaine, auteure dramatique, comédienne et metteuse en scène.

♦ Ses livres sont lus dans toute la francophonie.

♦ Elle rencontrera les visiteurs du Salon du livre de la Péninsule acadienne, du Salon du livre de l’Estrie et du Salon du livre de Montréal.

 

EXTRAIT

<i>Traverser la nuit</i><br />
Marie Laberge<br />
Éditions Québec Amérique<br />
184 pages
Photo courtoisie, Éditions Québec Amérique
Traverser la nuit
Marie Laberge
Éditions Québec Amérique
184 pages

«Le matin de ses cinquante ans, Emmy Lee referme la porte de l’appartement qu’elle occupait. Sur la table, à l’endos d’un reçu d’épicerie, elle a griffonné “Parti. That’s it.” et laissé sa clé sur cette note laconique. Elle ne se pose aucune question concernant ce message. C’était venu comme cela. C’est ce que Ghyslain clamait quand c’était définitif : that’s it! Qu’il manque un “e” à “parti” lui est complètement égal. Dans sa vie, il manque bien davantage qu’un “e”.»

– Marie Laberge, Traverser la nuit, Éditions Québec Amérique