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Sainte-Marie: des maisons inondées disparaissent morceau par morceau

Le nombre de maisons à démolir continue de grimper à Sainte-Marie, où les résidents se dépêchent de revendre les matériaux de maison toujours en état.

Sainte-Marie: des maisons inondées disparaissent morceau par morceau
Photo Arnaud Koenig-Soutière

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SAINTE-MARIE | Des centaines de résidents de Sainte-Marie disent adieu à une partie de leur vie, alors que leur propriété tombe sous les pics des démolisseurs. Certains citoyens tentent de limiter les dégâts en revendant leur maison à la pièce avant que tout ne soit rasé.

Pendant que les pelles mécaniques mettent à terre plusieurs bâtiments chaque jour, les sinistrés revendent littéralement pièce par pièce leur maison avant qu’elle ne soit rasée.

Plusieurs vendent des « morceaux » de leur ancienne maison sur internet. On peut notamment y trouver poêles et matériaux de construction.
Capture d'écran
Plusieurs vendent des « morceaux » de leur ancienne maison sur internet. On peut notamment y trouver poêles et matériaux de construction.

Les matériaux vendus à bas prix dans les petites annonces vont dans toutes les directions : des portes d’extérieur, des fenêtres, des foyers, du revêtement de vinyle, des poutres de soutien, des rambardes de balcon.

Plusieurs vendent des « morceaux » de leur ancienne maison sur internet. On peut notamment y trouver poêles et matériaux de construction.
Capture d'écran
Plusieurs vendent des « morceaux » de leur ancienne maison sur internet. On peut notamment y trouver poêles et matériaux de construction.

«Tout le monde fait ça», constate Réjean Marcoux, rencontré samedi sur la rue Notre-Dame à Sainte-Marie, où il achevait de détruire un bâtiment, aux commandes de sa pelle mécanique.

«S’ils se font 100 $, c’est 100 $ de plus. C’est pour ça que toutes les maisons sont désossées de même. Il y avait des maisons fraîchement rénovées là-dedans. Tout se revend», poursuit-il.

Dany Cloutier est l’un des nombreux Beaucerons à avoir été actif dernièrement dans les petites annonces. Le résident de Sainte-Marie a rapidement trouvé preneur pour l’ensemble de ses fenêtres, évitant ainsi qu’elles prennent le chemin des conteneurs à déchet quand son domicile sera démoli cette semaine.

«J’ai tout revendu ce que je pouvais vendre. C’est un petit montant. J’ai fait des prix et c’est parti assez vite», raconte M. Cloutier.

Des maisons en démolition.
Photo Arnaud Koenig-Soutière
Des maisons en démolition.

Jean-Bernard Gilbert a suivi une voie semblable, donnant quelques matériaux et en gardant d’autres pour des travaux futurs, que ce soit à son érablière ou dans la nouvelle résidence familiale. L’exercice ne s’est pas fait sans pincement au cœur, comme l’exprime la planche commémorative recelant plusieurs souvenirs familiaux qu’il a installée sur le terrain, maintenant vide.

«La majorité de la maison était neuve. On y a vécu une vie, mais les inondations nous l’ont détruite chaque fois. La meilleure solution est de dire adieu à notre passé et d’aller de l’avant», se résigne M. Gilbert, lequel attend toujours le dernier versement d’indemnisation du gouvernement, près de deux mois après la démolition de sa maison.

La famille Gilbert, qui vivait sur l’avenue Saint-Patrice, à Sainte-Marie, a placé cette pancarte en souvenir de son ancienne résidence et de son chat, Clochette, disparu lors des inondations.
Photo Arnaud Koenig-Soutière
La famille Gilbert, qui vivait sur l’avenue Saint-Patrice, à Sainte-Marie, a placé cette pancarte en souvenir de son ancienne résidence et de son chat, Clochette, disparu lors des inondations.

Affaires en or

Si ces échanges donnent aux sinistrés un peu de souffle pour les aider à se reforger une demeure, ils constituent aussi de bonnes affaires pour les acheteurs.

Une quinquagénaire a fait près de trois heures de route à partir de Saint-Roch-des-Aulnaies, près de La Pocatière, pour démonter une porte ancestrale. «Avec de beaux vitraux comme ça, ça coûte quelques milliers de dollars. J’ai une maison centenaire, donc ça permet de rénover avec des matériaux de la même époque», indique-t-elle.

«Dans cette triste réalité que vivent les gens de Sainte-Marie, nous voyons l’occasion de sauver un petit bout d’histoire», estime Roxane Bégin, qui souligne le côté écologique derrière la récupération des matériaux.

Plus de 200

Les pronostics initiaux prévoyaient qu’entre 125 et 150 maisons de Sainte-Marie seraient rasées. Or, les avis de démolition ne dérougissent pas.

Ce sont maintenant quelque 214 maisons et immeubles à logements qui laisseront place à des terrains vagues, dont la vocation reste à déterminer par la Ville de Sainte-Marie.

«On a encore une liste. Il y en a plusieurs autres qui s’en viennent», laisse entendre le conseiller municipal Claude Gagnon.

«Le problème, c’est la relocalisation. Il n’y a presque plus de terrains», s’inquiète-t-il.

Tristes souvenirs

Sur cette photo, on voit des secours à Sainte-Marie, en Beauce, le 21 avril dernier.
Photo d'archives, Dominique Lelièvre
Sur cette photo, on voit des secours à Sainte-Marie, en Beauce, le 21 avril dernier.

Les Beaucerons vont se rappeler longtemps l’inondation d’avril 2019, au cours de laquelle environ 9000 résidences ont été prises d’assaut par les eaux de la rivière Chaudière, dont plus de la moitié à Sainte-Marie. La crue a paralysé le centre-ville de la municipalité pendant plusieurs jours, laissant la désolation derrière elle. Le gouvernement du Québec a rendu admissible aux résidents son programme d’indemnisation, la Ville de Sainte-Marie le rendant même plus accessible encore, afin de relocaliser le plus de résidences possible à l’extérieur des zones inondables.

L’inondation d’avril 2019 à Sainte-Marie

1200 sinistrés

500 maisons inondées

214 résidences vouées à la démolition, 60 étant déjà démolies

♦ Les maisons de Sainte-Marie dont les dommages représentent plus de 33 % de la valeur sont admissibles au programme d’indemnisation