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Joker, dangereux? C’est une «joke»

Joaquin Phoenix dans le film <i>Joker</i>.
Photo courtoisie Joaquin Phoenix dans le film Joker.

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Je ne me souviens pas de la dernière fois où j’ai eu aussi hâte à la sortie d’un film. Depuis que je vois les bandes-annonces de Joker (qui sort le 4 octobre), je me trémousse d’impatience parce que ce film semble d’ores et déjà un chef-d’œuvre, et que Joaquin Phoenix est époustouflant.

Mais avant même sa sortie, le film suscite une discussion complètement hystérique sur « la-violence-au-cinéma-qui-débouche-sur-de-la-vraie-violence-dans-la-vraie-vie ». Hé boy, il me semblait que ce dossier-là avait déjà été réglé.

DRÔLE DE CONTROVERSE

Todd Phillips, le réalisateur (et scénariste) du film, est déjà tanné d’entendre les critiques qualifier son film de dangereux. Dans Joker, Joaquin Phoenix incarne le personnage ennemi de Batman, qui glisse dans une psychose et se met à tuer un nombre impressionnant d’individus.

Or, certains journalistes qui ont vu le film (qui a remporté les honneurs à Venise après une ovation debout de huit minutes) s’inquiètent de la glorification de la violence.

Les détracteurs affirment que ce film dresse un portrait trop réaliste d’un perdant qui devient violent et commet des tueries de masse.

Une critique du Time a dit que le personnage du Joker serait un porte-parole parfait pour les incels ». Elle faisait référence aux « célibataires involontaires », un groupuscule de crinqués sur le net dont s’est inspiré le tueur de Toronto qui a attaqué des femmes avec un camion bélier.

Wooo, on se calme. Si on devait s’empêcher de créer des personnages violents ou dérangeants sous prétexte qu’un crackpot va le trouver cool et foncer dans une foule, on arrête tout de suite de faire des films. Ou alors, on ne fait que des mièvreries guimauves, consensuelles, avec des petits personnages inoffensifs qui gambadent dans la nature.

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« Je ne pense pas que c’est la responsabilité du réalisateur de faire des cours de morale », a déclaré Joaquin Phoenix à l’Associated Press. En effet, le rôle d’un réalisateur ou d’un auteur n’est pas de nous dire : « Voici le bien, voici le mal ». C’est à nous de départager le tout.

Le réalisateur Todd Phillips a déclaré à The Wrap : « Je pense que l’indignation est devenue une marchandise. Ce qui m’épate dans la discussion autour de ce film, c’est à quel point l’extrême gauche sonne comme l’extrême droit quand ça les arrange. Ça m’a vraiment ouvert les yeux ».

On est rendu là. Des familles de victimes de la fusillade de 2012 à Aurora dans un cinéma ont demandé que le studio Warner Bros. fasse un don aux organismes d’aide aux victimes de violence. Le studio a répondu en rappelant qu’il donnait déjà... et que ce n’est pas son intention de présenter le tueur comme un héros.

Misère ! On est rendu là, en 2019 ? Le réalisateur excédé a dû rappeler à tout le monde : « C’est un personnage de fiction, dans un film de fiction » !

DEVINE QUI VIENT SOUPER

Sérieusement, est-ce que Le Silence des agneaux vous a donné envie de manger votre voisin parce qu’on y voit le cannibale Hannibal Lecter ?

Ceux qui capotent sur le film Joker avant même sa sortie, ceux qui pensent que le problème c’est le cinéma (alors que c’est l’accès aux armes), ceux-là sont vraiment... des clowns.