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La dérive autoritaire de Donald Trump, épisode 983

La dérive autoritaire de Donald Trump, épisode 983
AFP

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Avec ses réactions de plus en plus déjantées au déclenchement d’une enquête qui pourrait mener à sa destitution, Donald Trump poursuit une dérive autoritaire qui ne date pas d’hier.  

Que penseriez-vous si le chef d’État d’une république de bananes quelconque en appelait à l’arrestation d’un parlementaire pour des propos tenus dans le cadre de ses fonctions ou qualifiait le geste d’un lanceur d’alerte d’espionnage et de trahison, tout en rappelant sa nostalgie pour le bon vieux temps où les espions et les traîtres étaient sommairement passés au peloton d’exécution? Comme la plupart des gens raisonnables, vous auriez sans doute tendance à déplorer un tel penchant pour l’autoritarisme. C’est pourtant ce qui arrive aujourd’hui-même aux États-Unis, en ce 983e jour de la présidence de Donald Trump.  

Un échantillon partiel de déclarations récentes du président Trump par le biais de son média social préféré, Twitter, illustre la poursuite de sa dérive autoritaire. Je dis la poursuite de cette dérive, car ce n’est certainement pas la première fois que j’en parle (voir ici, ici et ici, entre autres).   

Ce matin, le président a réclamé l’arrestation du président de la commission du renseignement de la Chambre des représentants, Adam Schiff, qui s’était permis un brin d’ironie à l’égard du président dans une de ses interventions à la Chambre. Il importe peu pour le président que l’article I, section 6 de la Constitution protège tout discours tenu par un représentant en Chambre contre les poursuites judiciaires.   

Ce n’était pas un cas isolé. Hier, Trump accusait déjà Adam Schiff de trahison. Du même souffle, il exigeait qu’on démasque et qu’on accuse d’espionnage les professionnels du renseignement qui ont parlé au lanceur d’alerte, qui agissait dans le cadre de la loi et dont le rapport est particulièrement incriminant pour le président.     

De plus, ces accusations de trahison et d’espionnage ont été faites peu de temps après que le président lui-même ait déclaré sa nostalgie pour l’époque où les traîtres et les espions étaient sommairement condamnés à la pendaison ou au peloton d’exécution.  

Avant-hier, le président qualifiait ni plus ni moins que de «sauvages» les démocrates qui ont pris l’initiative d’entamer une enquête qui pourrait mener à sa destitution, tout en prenant soin de dénoncer particulièrement les présidents de commissions Schiff et Nadler, ainsi que la représentante Alexandria Ocasio-Cortez et ses trois compagnes qu’on surnomme «l’escouade». Ce n’est sans doute que le fruit du hasard que les personnes ciblées soient deux juifs et quatre femmes de couleur.  

Finalement, il ne faut pas oublier cette longue citation que le président s’est senti obligé de reproduire dans un autre tweet, où un pasteur conservateur mettait en garde l’audience de Fox News qu’il risquerait d’y avoir une guerre civile si les Congrès réussissait à destituer le président. Ce n’est pas la première fois et sans doute pas la dernière où Donald Trump envoie des signaux qui pourraient être interprétés comme des tentatives de légitimer, à mots plus ou moins couverts, d'éventuels recours à la violence par ses partisans.   

Au risque de me répéter, de tels écarts de langage ne doivent pas être minimisés comme de simples exemples d'un anti-politicien qui aime en découdre avec les conventions et se laisse emporter par son penchant notoire pour l'hyperbole. De la part de n’importe quel autre chef d’État ou de gouvernement, ce genre de déclaration, qui sont devenues presque routinières de la part de Donald Trump, seraient considérées comme des signes alarmants d’une dérive autoritaire. Pourquoi faudrait-il les interpréter autrement dans le cas de l’actuel président des États-Unis?  

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM