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Avant l'arme et le badge

Ils ne sont pas humains que dans les séries télé

Avant l'arme et le badge

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Souvent, je sors pour aller écrire, histoire de m’aérer l’inspiration et surtout pour observer les gens, un de mes grands plaisirs dans la vie. Aujourd’hui, j’aimerais vous entretenir sur une sorte d’individus que j’aime particulièrement et dont la vocation me touche beaucoup. Plus que ça, qui me bouleverse. Je veux vous parler des policiers.  

D’emblée, il n’est absolument pas question ici d’occulter cette réalité, que partagent d’ailleurs tous les corps de métiers, et qui veut que, parmi eux, il y ait de très mauvais policiers, viscéralement imbus de leur pouvoir, qui ont la brutalité facile et la contravention frénétique. Je ne chercherai pas plus, à travers ces lignes, à nier qu’il y en ait d’autres qui n’ont tout simplement pas de façons et qui dégagent la bienveillance comme un arracheur de dents transpire l’honnêteté.   

Cependant, je remarque que, depuis tout jeunes, nous sommes conditionnés par un genre de tradition sociale à nous méfier et à mépriser les policiers et les policières, et ce, même et curieusement si nous n’avons strictement rien à cacher ou à nous reprocher. C’est comme si ça venait tout seul, que ça faisait état de notre « courage », en plus de s’accompagner de l’intégral de la bassecour pour les qualifier de bœufs, de cochons, de poulets et alouette.   

Je me souviens : chaque fois que j’entendais un truc du genre, je fronçais les sourcils dans mon coin en me disant : « OK, mais qui est-ce que tu appelles quand tu es dans la merde? Quand tu es blessé, quand un proche disparaît, qu’on te vole ou qu’on t’attaque? » C’est amusant de remarquer comme, dans ce temps-là, l’étable au grand complet reste en sourdine, tellement elle est heureuse de les voir débarquer toutes cerises dehors.   

Je suis bien consciente que, culturellement, « détester les flics » constitue l’abécédaire du bon révolutionnaire, puisqu’ils sont le fer de lance de l’ordre établi et que notre histoire comporte son lot de grosses bavures policières. Octobre 70 et 2012 ne sont pas si loin derrière.   

Mais admettons qu’on regarde plus loin. Personnellement, je vois des hommes et des femmes qui ont les nerfs d’acier des premiers répondants. Qui savent intervenir, protéger et rassurer quand rien ne sait plus le faire. Des hommes et des femmes qui forment la première ligne dépêchée aussitôt que ça va mal quelque part et sur qui ont compte aveuglément. C’est ce qui fait que j’ai toujours trouvé l’irrespect spontané et traditionnel triste et foncièrement stupide. Je trouve que ça endommage continuellement la confiance et, finalement, le tissu social qui nous unit tous.    

Enfin, je constate que ce comportement nous fait fermer les yeux sur le fait qu’avant d’être des policiers, ces hommes et ces femmes, sont nos voisins, nos amis, nos anciens camarades de classe, nos cousins, nos oncles, nos tantes, nos enfants, nos frères et nos sœurs. Bref, avant de porter l’arme et le badge, ils sont d’abord et avant tout des nôtres. Des volontaires parmi nous.   

Il m’est arrivé à plusieurs reprises d’avoir affaire à eux. Non pas parce que je me plais à braquer des banques dans mes temps libres, mais parce que je me suis notamment souvent retrouvée la première sur des lieux d’accident, allez savoir pourquoi. Dans tous les cas, ça m’a donné l’occasion d’observer chez eux une tendance très certaine à l’empathie et une dévotion sincère à la protection de la population.    

En outre, et ce n’est pas un moindre détail, ces hommes et ces femmes, si leur devoir l’exige, sont prêts à littéralement mourir pour nous. Maintenant, si on posait la question à l’envers : nous, serions-nous prêts à mourir pour eux? Alors, il me semble que la politesse et la courtoisie sont ici plus qu’élémentaires et que c’est la moindre des choses que de laisser tomber tout le bestiaire dégradant.    

Je crois que pour qui ne porte pas l’uniforme, il est très difficile de prendre la mesure des réalités humaines qui incombent à ceux et celles qui ont la vocation d’être les premiers appelés quand l’horreur ou la tragédie frappent quelque part. Il me semble que notre respect est la première et sans doute la meilleure marque de confiance et de reconnaissance que nous puissions leur démontrer, dans la simplicité des interactions quotidiennes. Même si ça semble bête de devoir le dire, ils ne sont pas humains que dans les séries télé et il nous revient d’enseigner à nos jeunes le réflexe d’aller vers eux et non de les craindre en cas de problème.   

C’est drôle, là où je me trouve présentement, il y a un policier qui dîne juste à côté de moi. En se levant, il m’a très gentiment salué. Je lui ai rendu la politesse d’un chaleureux signe de tête et, en le regardant partir vers sa voiture, j’ai souri en me disant que, la police, je ne lui dis pas seulement bonjour. Je lui dis merci.