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Le livreur de Fedex

Trudeau serait si facile à battre!

Le livreur de Fedex

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Ça ne doit pas être drôle tous les jours, être conservateur.

Quand il regarde Andrew Scheer à la télé, il doit s’agripper au fauteuil en espérant quelque enthousiasme, une arythmie dans la bonhommie, un sursaut de l’électrocardiogramme...

Et sans doute croise-t-il les doigts dans l’espoir que les sondages tiennent jusqu’au 21 octobre... Et qu'il n’y ait pas d’autres bozos dans le régiment...

Notre Père qui êtes aux cieux faites qu’Andrew se rende au but... Et que le pays évite la faillite.

Allah pourrait-il quelque chose aussi? 

Peut-être le Frère André, tiens... André, c’est presque Andrew...

Mais Scheer, c’est l’antithèse du chouchou des médias. L’exact contraire du Grand Caméléon Canadien. On ne le voit d’ailleurs pas aussi souvent que le plus Grand Lecteur Vivant mais, à bien y penser, c’est peut-être mieux ainsi...

Avec son petit veston bleu, son flegme et ses sourires polis, on dirait le livreur de Fedex prenant l’air sur la pelouse. 

Il déplie sa feuille de papier, sourit à quelques-uns ou à personne et parle de ceci ou de cela comme s’il vérifiait l’adresse de la livraison.

Le livreur de Fedex
Photo AFP

Certains jours toutefois, il fait penser à un amiral de la marine québécoise défonçant un quai quelque part sur la Côte-Nord.

Ainsi, au lendemain d’une marche des régiments CSN contre les changements climatiques, les stratèges conservateurs lui ont dit de parler de pétrole. Noooon! Ouuuui!

«Je choisis le pétrole du Canada», a laissé tomber le Géant Bleu Marin sur le ton de celui qui choisit le menu du jour...

Et, pour bien marquer le coup, il était flanqué de Jason Kenny, le Petit Pétroleux Albertain, qui invita à nouveau les Québécois à choisir entre un pipeline et la péréquation... Superbement vendeur, ça, dans la Belle province. 

Sont à 20% les Bleus, au Québec... Ne devraient-ils pas espérer mieux? Peut-être bien mais on dirait que, plus le temps passe, plus l’incertitude les guette.

À l’inverse, le Bloc n’a qu’à baîller pour avoir du succès; Yves-François Blanchet mène une campagne provinciale que les impartiaux professionnels jugent très favorablement.

Qu’il abrite des communistes patentés semble sans importance puisqu’il sera toujours fondamentalement inoffensif.

Alors donc, on dit une bonne campagne bloquiste. Pourrait-il en être autrement? Le NPD agonise, les Verts sont fanés et l’indépendance restera l’apanage du PQ ou du Saint-Esprit...

Remarquez aussi que celui qui s’exclut d’emblée du pouvoir n’effraie personne; le Bloc reprend donc le refrain de la défense des intérêts du Québec comme un artiste en fin de carrière ses vieux succès.

La surprise, plutôt mauvaise, vient des Bleus. Avec toutes les possibilités qu’offrait le Grand Barbouillé Libéral, un politicien avec quelque mordant aurait pu rafler la mise.

Écoutez, quand un type dit qu’il lit tellement qu’il ne sait plus quel livre il lit, tous les angles d’attaque sont possibles. 

Andrew Sheer n’est peut-être pas assez méchant pour faire de la politique... 

Les augures sont donc bizarrement mauvais pour le livreur de Fedex, au Québec en particulier, où la gauche habite littéralement l’inconscient collectif... 

Le livreur de Fedex
Photo d'archives

Son message un tant soit peu sexy consiste à soustraire la TPS des factures d’électricité. Ce n’est pas rien dans une province branchée à l’aspirateur des trop-perçus... Été comme hiver.

Scheer peut se réconforter avec l’idée que l’électeur conservateur n’a jamais été une pute sensible aux simagrées, fut-il un amateur de teinture.  

Sauf que la résilience des autres n’est jamais garantie. Ceux qui s’agrippent à leur sofa ces jours-ci risquent d’en rester là le 21, trop en criss pour se lever...