/opinion/columnists
Navigation

Les vieux qui idolâtrent les jeunes

GEN-MANIFESTATION-CLIMAT
Photo Agence QMI, Joêl Lemay La guerre des générations est une régression sociale.

Coup d'oeil sur cet article

C’est un phénomène qu’on a encore une fois observé lors de l’impressionnante communion collective dont le clou a été la présence de la jeune papesse de l’environnement. En effet, Greta Thunberg a pris le relais des enfants de Fatima et de Bernadette Soubirous devenue sainte, qui ont servi de porte-parole à la Vierge Marie, intermédiaire entre Dieu et eux.

Greta Thunberg est aujourd’hui la dépositaire des prophéties annonçant la fin du monde. Nombre de jeunes à qui les adultes n’ont transmis que des doutes, à qui ils ont fait subir les déchirements de leurs séparations et leurs divorces, à qui ils ont imposé leur vie de frénésie, de narcissisme et d’adoration du veau d’or, ces adultes les ont transformés, ces enfants-rois, en enfants-prophètes. Pour leur plus grand malheur peut-être.

Et voilà que nombre de ces vieux ressentent le besoin de déifier les enfants et les ados dans un pathétique espoir de se déculpabiliser sans doute. Mais aussi dans une tentative de se rajeunir eux-mêmes, car l’angoisse de mourir les dévore.

Ils accordent donc aux jeunes des vertus : la beauté, l’énergie, la pureté d’intention, la tolérance et la clairvoyance qu’ils estiment avoir perdues alors qu’ils ne les ont vraisemblablement jamais possédées eux-mêmes.

Instrumentalisation

En ce sens, ces adultes peuvent instrumentaliser les jeunes. C’est peut-être aussi le cas des parents de Greta Thunberg, qui ont assisté à son calvaire lorsqu’à dix ans, elle a plongé dans une longue dépression. Alors, comment ne pas être inquiet de l’avenir personnel de la jeune Suédoise, propulsée au sommet d’une gloire planétaire où des politiciens et des militants vont chercher leur oxygène ? Qui s’intéresse à cette enfant si différente des autres avec son regard fuyant et son rare sourire malaisé ?

Découvrez À haute voix, une série balado sur les enjeux de la société québécoise contemporaine, par Denise Bombardier.

Sur les réseaux sociaux, de vieux « croûtons » au passé peu reluisant ou terne, dénonçant leur propre génération dont ils s’excluent, sont en extase devant les jeunes. Cela est assez pitoyable.

La guerre entre les générations est plutôt une affaire de radoteux des deux côtés. Les jeunes, pressés de mettre au rancart les vieux, qui encombrent les lieux dont ils se croient les héritiers sans égard à leur compétence et leur talent, ne sont pas plus adéquats que les vieux croulants qui radotent sur leurs « exploits » irremplaçables.

N’oublions jamais que l’intelligence, le talent et la sensibilité relèvent avant tout de qualités personnelles. Un jeune con sans expérience risque avec l’âge de devenir un vieux con avec expérience.

Régression

La guerre entre générations au nom du jeunisme pratiqué par les aînés ou de l’âgisme appliqué par les jeunes qui excluent les vieux est avant tout le signe d’une société en régression sociale, morale et spirituelle.

Il existe autant d’enfants avec une vieille âme que de vieillards avec une âme d’enfant. Le respect, l’affection et l’admiration mutuelle sont garants d’équilibre psychologique entre adultes et enfants.

L’aveuglement, la bêtise et l’ignorance n’ont pas d’âge. La sagesse est affaire de personnalité. Comme la capacité d’être heureux. Comme la lucidité. La guerre entre générations est une absurdité.