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Andrew Scheer: un cas désespéré?

Le véritable problème du chef conservateur, Andrew Scheer, est qu’il multiplie les coups d’épée dans l’eau.
Photo Jean-François Désgagnés Le véritable problème du chef conservateur, Andrew Scheer, est qu’il multiplie les coups d’épée dans l’eau.

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Le chef conservateur Andrew Scheer me fait beaucoup penser au légendaire personnage de l’inspecteur Clouseau. Toujours convaincu d’avoir trouvé en Justin Trudeau le grand « coupable » de quelque chose d’ignoble, on le sent surtout maladroit. On le voit même un peu perdu dans une joute politique qui, semble-t-il, le dépasse de plus en plus.

Ses hauts cris poussés depuis des mois, accusant le premier ministre Trudeau de « corruption » dans l’affaire SNC-Lavalin, ont fini par lasser bien des électeurs. Idem pour le faux scandale du soi-disant blackface d’un jeune Justin Trudeau. À force de traiter son adversaire libéral de « menteur », et pire encore, le tout s’est terminé en pétard mouillé.

Pour un homme dont l’ambition est de gouverner le Canada, sa maîtrise faiblarde du français soulève également le doute quant au rapport qu’il entretient vraiment avec le Québec. D’où l’immense défi qu’il aura à relever ce soir au Face-à-face diffusé à TVA.

Se démarquer

Si le chef conservateur ne réussit pas à se démarquer à la positive, le reste de la campagne pourrait lui paraître bien long. De l’affaire SNC-Lavalin au supposé blackface de Trudeau, le véritable problème d’Andrew Scheer est qu’il multiplie les coups d’épée dans l’eau.

Résultat : à moins de trois semaines du scrutin, il n’a toujours pas réussi à s’imposer comme un possible futur premier ministre. L’avance du Parti conservateur du Canada dans les intentions de vote se limite toujours à l’Alberta, au Manitoba et à la Saskatchewan. Les stratèges conservateurs en sont très inquiets.

Hormis pour sa promesse de remettre de l’argent « dans les poches » des Canadiens, la « vision » Scheer est en effet difficile à cerner. Au Québec, son parti pris pour la construction d’un nouveau pipeline, voué à l’exportation du pétrole albertain issu des très polluants sables bitumineux, soulève l’inquiétude.

Mauvais réflexes

Plus troublante encore est son insistance à jurer que s’il prend le pouvoir, il en « expliquera » la nécessité aux Québécois, comme s’ils n’avaient rien compris.

Bref, les réflexes politiques d’Andrew Scheer sont peu éclairés.

Au lendemain des grandes marches pour le climat tenues vendredi dernier à travers le pays — d’où il était absent —, il s’est montré aux côtés du premier ministre albertain Jason Kenney. Un très mauvais « timing ». Son but était de vanter leur « duo » politique dans la promotion de son idée de « corridor énergétique ». Un corridor qui, disons-le, se résume surtout à un nouveau pipeline.

Puis, il y a le conservatisme social marqué du chef conservateur. Un autre boulet à son pied. Ses positions personnelles passées contre le mariage gai et le droit à l’avortement — exprimées fort clairement alors qu’il siégeait déjà à la Chambre des communes — rament à contre-courant d’une société canadienne nettement plus ouverte.

Hier, Andrew Scheer proposait aussi de réduire de 25 % l’aide étrangère du Canada. Questionné, il ne semblait même pas se soucier des répercussions négatives qu’une telle compression aurait sur la réputation internationale du Canada. C’est à y perdre son latin.