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Élections 2019: silence sur les paradis fiscaux

Élections 2019: silence sur les paradis fiscaux
Photo d'archives

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Les partis politiques parlent de la gravité du réchauffement climatique et promettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, ils adoptent des mesures «pragmatiques» qui vont polluer encore plus. Le pire, dans ce domaine, est le Parti conservateur d’Andrew Scheer. Les libéraux de Justin Trudeau ne sont pas très loin derrière, malgré la candidature «écologiste» de Steven Guilbeault. Maxime Bernier, lui, continue de nier les faits, tout comme Don Cherry.  

Quant à la concentration de la richesse et à la montée scandaleuse des inégalités économiques, les candidats conservateurs, libéraux et populaires tiennent ça mort et proposent des politiques qui vont les accroître, par exemple en réduisant les impôts des compagnies, en n'augmentant pas les impôts sur les gains en capital et sur les options d’achat d’actions, ou en n'instaurant pas, comme en Europe, une taxe sur les transactions financières ou un impôt successoral sur les héritages, comme il y en avait un auparavant au pays. Et il faut toujours allonger davantage de fonds publics en subventions aux entreprises: «Les ultra-riches s’enrichissent plus rapidement que les autres Canadiens».  

Ces Crésus ne sont pas nombreux, mais détiennent le gros de la richesse collective grâce à la lâcheté des politiciens complices: «Les deux Canadiens les plus riches ont autant que les 30% les plus pauvres».  

Et cette injustice honteuse est planétaire, grâce, entre autres, aux traités de libre-échange et aux paradis fiscaux qui sont un droit acquis pour nos sultans: «Le 1% possède 82% de la richesse mondiale».  

Le fléau des paradis fiscaux  

Andrew Scheer et François Legault se veulent les champions, du moins en théorie, de l’art de remettre de l’argent dans les poches des Canadiens et des Québécois, pas du monde ordinaire, mais des plus riches, avec la réduction de la taxe scolaire et la «modernisation» des chauffeurs de taxi par la CAQ, le fractionnement du revenu, la hausse de la contribution annuelle du CELI à 10 000 $ et le relèvement à 67 ans du droit de percevoir la pension fédérale. Au moins Justin Trudeau a-t-il eu le courage de ramener les pensions de vieillesse à 65 ans au bénéfice des personnes âgées moins riches et de hausser l’impôt sur le revenu des personnes déclarant un revenu fiscal supérieur à 200 000$ l’an, faisant passer à cinq le nombre de paliers d’imposition. Pour un impôt plus équitable, il faudrait ramener à au moins 10 le nombre de paliers d’imposition, comme en 1985.  

Facile de mettre fin aux paradis fiscaux  

Mes amis et les autres, la seule façon de mettre fin à l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux est d’éliminer ces mêmes paradis fiscaux qui comptent souvent moins de 100 000 habitants, comme les îles Vierges britanniques, les îles Turks et Caicos, les îles Caïmans, les Bermudes, etc.   

Il s’agirait seulement, pour les élus des pays occidentaux, d’interdire à leurs individus et entreprises de faire affaire dans ces endroits, qui doivent être déclarés illégaux, d’interdire à des havres fiscaux d’utiliser leur monnaie et à leurs banques d’y faire des négociations ou d’utiliser leur chambre de compensation. Et hop! sans se fatiguer, on règle ce problème criminel qui est à la base de tant d’injustices et qui empêche les pays d’investir dans leurs services publics juste pour faire plaisir à une minorité de millionnaires. Les paradis fiscaux alimentent les inégalités économiques et amputent dramatiquement les notions d’égalité des chances et de liberté.  

C’est drôle, mais nos bons pays occidentaux ne se gênent nullement pour frapper d'embargos économiques certains pays qui refusent de se soumettre au désordre établi, alors que jamais ils ne touchent aux paradis fiscaux de ceux qui, dans les faits, dirigent le monde. Et, faisant le comique, François Legault vient nous dire sans rire que: «Les surplus ne sont pas pour les syndicats, prévient Legault».  

Les surplus budgétaires sont donc pour qui, je vous le demande?  

Avis à ceux qui veulent remettre de l’argent dans nos poches  

Monsieur Andrew Scheer, le chef du Parti conservateur du Canada, dit vouloir remettre de l’argent dans les poches des Canadiens. Qu’il lise le titre de cet article: «Paradis fiscaux: une somme colossale de 353 milliards a quitté le Canada en 2018».  

En 2018 seulement. En une année. Pourquoi n'aborde-t-il jamais la question de l’évasion fiscale en campagne électorale?  

Il préfère se moquer des gens et profiter de leur ignorance en promettant des baisses d’impôt sur le revenu à tous, même aux nantis, par exemple en réintroduisant le fractionnement du revenu des couples instauré par son prédécesseur Stephen Harper, une autre mesure qui profite surtout aux riches. Il va même jusqu’à formuler des promesses fiscales qui vont coûter 8 milliards de dollars par année, sans toutefois toucher, «supposément», aux services essentiels, comme la santé et l’éducation. Il dit même vouloir augmenter de 3% l’an les sommes consacrées à ces programmes sociaux, tout en promettant d’atteindre le déficit zéro en quelques années. Est-ce qu’on a une (grosse) poignée dans le dos? Les libéraux du Québec nous ont fait le coup: ils ont baissé les impôts et atteint le déficit zéro, mais grâce à leurs draconiennes mesures d’austérité. Je demande à M. Scheer d’arrêter, par respect pour la population, de jouer au mystificateur et à l’illusionniste pour changer de cassette idéologique. Hameçonner le monde avec des baisses d’impôt – qui profitent surtout aux riches –, des réinvestissements en santé et en éducation, tout en atteignant l’équilibre budgétaire, c’est du déjà-vu. Pourquoi ne pas s’attaquer aux paradis fiscaux qui perdurent depuis déjà trop longtemps?  

Une autre idée pour lui. S’il veut vraiment faire preuve d’équité fiscale et aider la classe moyenne, je lui suggère de lire cet article: «Des géants qui ne paient rien au fisc. Netflix, Google, Amazon, Apple et autres géants d’internet sont passés maîtres dans l’art d’éviter l’impôt».    

Ces mastodontes américains paient des impôts et des taxes en Europe, mais pas au Canada. Voilà un domaine où Scheer pourrait damer le pion à Justin Trudeau, qui est trop peureux pour les taxer et ainsi obtenir plus de justice fiscale.   

Le Canada parle et jase, mais ne fait rien  

En campagne électorale, je le répète, les candidats doivent arrêter de passer sous silence les paradis fiscaux et doivent afficher leurs positions. En matière de lutte contre l’évasion fiscale, le Canada est un cancre, comme le démontre le titre de cet article: «Panama Papers: 22 États ont récupéré 1,2 milliard. Au Canada, 116 vérifications ont généré 15 millions en impôts et pénalités» (Le Devoir, 4 avril 2019). Et la ministre libérale du Revenu qui vient nous dire, vaincue, qu'«Ottawa admet son impuissance à saisir de l’argent caché à l’étranger».  

Pas de l’impuissance, mais plutôt un manque de volonté.