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Les trois Condors de Wemotaci

Brillant joueur de hockey depuis sa tendre enfance, Arthur Quoquochi est une légende à Wemotaci.
Photo courtoisie, Arthur Quoquochi Brillant joueur de hockey depuis sa tendre enfance, Arthur Quoquochi est une légende à Wemotaci.

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C’est une de ces savoureuses histoires folkloriques du hockey senior. Mais celle-là est plus que savoureuse. Si on élimine deux ou trois bavures maladroites qui sentent la discrimination dans les entrevues, on va se promener de Nicolet à La Tuque jusqu’à la réserve atikamekw de Wemotaci, à une heure de La Tuque.

Une histoire rocambolesque de hockey senior, d’autochtones fous du hockey à Wemotaci en se rendant jusqu’à Arthur Quoquochi, gagnant de la coupe Memorial avec le Canadien junior de Gilbert Perreault, Marc Tardif, Réjean Houle et André Dupont. Un Atikamekw talentueux repêché par les Bruins de Boston.

Brillant joueur de hockey depuis sa tendre enfance, Arthur Quoquochi est une légende à Wemotaci.
Photo courtoisie, Arthur Quoquochi

Faut faire vite, l’espace est limité. Donc, vendredi dernier, le Condor de Nicolet affrontait les Loups de La Tuque au centre Denis-Morel. Les règlements de la Ligue senior AAA obligent une équipe à aligner un minimum de joueurs pour un match sous peine d’une amende de 750 $.

TROIS PETIQUAY SUR LE TROTTOIR

Mais les gars ne sont pas payés pour les matchs préparatoires et plusieurs ne pouvaient perdre une journée de travail pour se rendre à La Tuque.

Résultat, Sylvain Desgranges, le directeur général du Condor, a vite compris qu’il devrait payer l’amende.

À moins que...

Il est donc sorti de l’aréna et a jeté un coup d’œil dans la rue et le stationnement. Il a vu trois Atikamekw. Il connaissait leur réputation d’être fous du hockey.

– Ça vous tente de signer un contrat d’un match avec le Condor ? Je vous donne 50 $ et vous serez assis sur le banc.

Offre acceptée. Dylan Petiquay, Landon Petiquay et David Petiquay ont donc signé un contrat avec le Condor de Nicolet. Pour un match.

Vendredi dernier.

Martin Charest, vice-président des Loups, termine la première partie de l’histoire : « Les Indiens (sic) de Wemotaci sont fous du hockey et de la chasse. Je pense que deux d’entre eux se sont assis sur le banc du Condor et n’ont pas joué une fois. On a gagné 9-3 », dit-il.

Et les Loups ont tiré 70 fois.

DONNER UNE CHANCE

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. J’ai fini par parler à Lucie Petiquay, travailleuse communautaire à Wemotaci. Elle m’a parlé de cet amour fou des Atikamekw pour le hockey. Et du rôle joué par leur légende, le grand Arthur Quoquochi. Dont le centre sportif porte le nom.

Mais comment trouver Quoquochi et un des Petiquay ? Coup de fil (cellulaire) à David Fontaine, le chef de police de la réserve. Lui-même est un fou du hockey dont le fils Dave joue dans la Ligue junior A de l’Ontario.

« Il est heureux à Ottawa. Je pense surtout qu’il est respecté », a-t-il raconté.

Quant aux Petiquay et à Arthur Quoquochi, le chef Fontaine ne pouvait les joindre.

« Sans doute qu’il est dans le bois à son camp. Les autres, je ne les ai pas vus », de dire M. Fontaine, qui m’a parlé longuement du hockey dans les communautés atikamekw.

« Vous savez, il y a de bons joueurs de hockey dans les communautés. Mais encore faudrait-il qu’on leur donne une chance », ajoute le policier.

ARTHUR QUOQUOCHI ET LES BRUINS

J’espère joindre Arthur Quoquochi un de ces jours.

Natif de Wemotaci, l’enfant avait été envoyé dans des pensionnats en Abitibi pour finir au pensionnat de Pointe-Bleue, à côté de Roberval.

Rendu adulte, il a raconté à quel point on avait abusé de lui. De la façon que vous imaginez. La pire. Mais il avait tellement de talent qu’à 12 ans, il marquait sept buts dans un match en jouant au tournoi pee-wee de Québec... avec les Indiens du Québec.

Il a gagné la coupe Memorial avec le Canadien junior. La grande équipe de Perreault, Tardif, Houle, Martin, Dupont et tous les autres qui paquetaient le Forum avec 18 000 spectateurs.

Repêché par les Bruins, il a lutté contre la souffrance en abusant de l’alcool. À 30 ans, il est retourné aux études pour devenir travailleur communautaire dans son Wemotaci natal.

Une légende dans son pays...

DANS LE CALEPIN – J’aurais eu besoin d’un livre pour tout raconter. Comme l’histoire de Clint Butler, le père de Steven, qui joue pour le Condor. Il n’était pas à La Tuque vendredi parce qu’il renégocie son contrat. Il demande 400 $ la partie. J’adore. Let’s go Julien Rémillard, un chèque...