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L’aventure fascinante de la toponymie

Nommer le monde
Photo courtoisie Nommer le monde
Henri Dorion et Marc Richard
Éditions Fides

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Quelle belle aventure que celle des toponymes : noms de rues, de villes, de pays, de montagnes, de rivières, etc., à laquelle nous convient les géographes Henri Dorion et Marc Richard. Car ces mots précieux et indispensables sont partout, ils nous habitent, servent de repères et définissent qui nous sommes. Ils sont notre mémoire sur terre.

Mais d’où viennent-ils, ces mots, comment naissent-ils ? En fait, la nature parle, l’homme écoute puis il les nomme, nous disent les auteurs. Les noms de lieux sont partout, ils sont dans tout. Dorion et Richard en recensent ici 1200. Sans nom, nous n’existerions pas. Pourtant, le plus curieux de l’histoire, c’est qu’il existe aussi des noms pour dire l’innommé : le lac Sans Nom ou le lac Pas de nom — il y en aurait une dizaine au Québec —, la Ville Sans Nom, la décharge Sans Nom, etc. Autant de « no name » qui en ont un et qui existent bel et bien.

Même chose avec le mot « blanc ». Juste au Québec, on dénombre une centaine de noms de lieux qui utilise ce mot : lac Blanc, mont Blanc, cap Blanc, rapide Blanc, l’île Blanche, les rapides du Cheval-Blanc, etc. Quant aux toponymes québécois qui incluent le mot « alouette », il y en aurait 90.

On apprend qu’au Québec, il faut un délai de dix ans avant d’ériger une statue en hommage à un premier ministre disparu, tandis que le délai normal pour officialiser une toponymie d’après le nom d’une personne est d’un an. Parlant de toponymie de rue, il existe au Québec une centaine de voies portant le nom de Cartier. Dans bien des cas, il s’agit du fameux découvreur Jacques Cartier. Mais il existe un autre Cartier, dont le prénom est George-Étienne, un des Pères de la Confédération qui déclara un jour à la reine Victoria : « Je suis un Anglais qui parle français. » Il a, lui aussi, quelques rues à son nom. Au début du XXe siècle, nous apprennent les auteurs, les autorités de la Ville de Québec ont renommé trois des rues qui aboutissent à l’avenue Cartier, pour, semble-t-il, réconforter les Anglais : Aberdeen, un gouverneur général du Canada, Saunders, un amiral qui accompagna Wolfe lors de la défaite de Québec, et Fraser, en l’honneur du régiment des Fraser’s Highlanders qui combattit Montcalm sur les plaines d’Abraham. « Comme quoi la toponymie est parfois complice involontaire de la politique. »

Rapprochement

Par ailleurs, rien n’interdit l’usage d’une marque commercial pour nommer un lieu public, comme le Colisée Pepsi, le Centre Bell ou l’amphithéâtre Québecor. Cette tendance est visible un peu partout dans le monde. Quant aux chiffres, ils figurent en grand nombre dans la toponymie québécoise, de Deux-Montagnes et Trois-Rivières à la rivière des Mille Îles, en passant par Sept-Îles et le ruisseau des Trente Arpents.

Que dire maintenant des dates célèbres, qui rappellent souvent des tragédies ? Qu’on pense à la tuerie du 6 décembre 1989, à l’École polytechnique de Montréal. Il y a une place qui porte désormais ce nom. Ou à l’incendie du 6 mai 1950, à Rimouski. Ou encore des guerres : Plaines d’Abraham, Waterloo, Verdun, Vimy, Stalingrad.

Bien sûr, il y a la toponymie amérindienne, souvent associée aux saisons, et surtout à l’hiver. Ainsi, la piste Qarqajuap Itillinga « désigne une piste que les Inuits peuvent emprunter quand le gel est venu ». Le lac Kivinilik signifie « où l’eau coule sur la glace », tandis que Chechiskushuweumaschekw signifie « le marais où l’on marche sur la glace ».

Plusieurs noms de fleuve ont leur explication. Le Pô est le « géant paisible », le Rhône, le « Fleuve-Dieu de la Provence », le Mississippi, le « Father of Waters ou le Vieux Démon », tandis que notre majestueux fleuve Saint-Laurent se veut « le Prince des fleuves ».

« Transparent ou non, un nom de lieu est toujours chargé de sens, affirment les auteurs, preuves à l’appui. Il peut évoquer une présence, une absence, un personnage, un événement, une découverte, une surprise, une crainte, une velléité, un interdit, un exil, un malentendu, une prière, une interrogation ».

Cet ouvrage nous rapproche inévitablement de nos racines tout en nous situant dans le grand concert des nations.